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Un projet de construction de bâtiments en bois de cocotier dans le Kerala, dans le Sud de l’Inde

Répondre à une demande pressante en logement, tout en participant à la sauvegarde de la cocoteraie kéralaise

Véronique WILLEMIN

02 / 1995

Une cocoteraie en déclin :

Une immense plantation de cocotiers couvre le Kérala, état du sud de l’Inde de 38 000 km2 (1/15 de la France). Près de la moitié de la population (33 millions en 1994)tire ses revenus de l’exploitation de la cocoteraie. Le cocotier, arbre sacralisé par les hindous, est aussi arbre de vie. Etymologiquement, KERALA signifie "terre du cocotier". Or, cette ressource économique vitale est aujourd’hui menacée par le vieillissement et par la maladie du Root Wild. La cocoteraie souffre :

-Trop vieille : 40% des cocotiers sont séniles; ils ont plus de 60 ans.

-Trop dense : 235 cocotiers par hectare alors que la densité optimale est de 130.

-Malade : la maladie du Root Wild affaiblit l’arbre et tend à réduire sa production de noix jusqu’à l’annuler. Elle touche en premier lieu les noix, puis les feuilles, mais le bois est épargné. En 1992, une enquête menée par le Central Plantation of KERALA dans huit districts du sud et du centre du KERALA dénombrait, sur 60 millions d’arbres, plus de 25 millions de cocotiers atteints par le Root Wild (dont 5 millions à un stade très avancés de maladie).670 000 hectares de cocoteraie, 150 millions de cocotiers, 40% d’arbres séniles, 30% d’arbres malades. La cocoteraie est en danger, son rendement chute de manière vertigineuse. Il est urgent de remplacer les arbres malades par des variétés hybrides résistantes à la maladie.

Depuis la guerre du Golfe, de nombreux Kéralais, partis travailler dans les émirats arabes, ont été rapatriés. Certains de revenir avec de grosses sommes d’argent, beaucoup d’entre eux n’avaient pas hésité, avant de partir, à s’endetter. Aujourd’hui, il faut rembourser. Comment faire ? Les Kéralais hindous propriétaires terriens cèdent à bas prix leurs cocoteraies qu’ils ont bien du mal à entretenir. La classe musulmane, plus riche, achète et remplace les cocotiers par des hévéas. Pour eux, le cocotier n’a rien de sacré et il rapporte peu. L’hévéa a besoin de très peu de main d’oeuvre et rapporte gros. Cependant, cette mutation agraire a des conséquences importantes : l’hévéa a des racines courtes qui ne retiennent pas le sol. Contrairement à la cocoteraie, aucune autre culture (banane, manioc, riz, ...)ne pousse sous l’hévéa. D’autre part, pour produire beaucoup de résine, l’hévéa exige plusieurs fumures par an à base d’engrais chimiques. Au Kerala, les fertilisants les plus utilisés, de bas prix, sont de très mauvaise qualité. Ils tendent à stériliser le sol : après deux ou trois générations d’hévéas, plus rien ne pousse.

Une énorme demande en logements populaires et en infrastructures

Le KERALA : 33 millions d’habitants, 20% de population urbaine, une densité supérieure à plus de 1000 habitants par km2 sur la côte. Cet Etat, communiste jusqu’en 1990, a la plus forte densité de population de l’Inde et le plus haut taux d’alphabétisation (75% contre 30% dans les autres Etats). Plus de la moitié de la population vit en dessous du seuil minimum de revenus. Les besoins en logements populaires sont énormes. Une solution : utiliser le bois des cocotiers vieux et des cocotiers malades qui ne produisent plus de noix pour créer un nouveau circuit économique : la mise en oeuvre du bois de cocotier dans l’habitat. C’est le projet qui a été proposé, en 1988, au Programme Solidarité Habitat (PSH)par l’association française Tropical Wood Housing (TWH).

Mots-clés

cocotier, exploitation forestière, espèce végétale, pénurie de logements, construction de logement, matériau local, habitat et économie, comportement culturel, conflit culturel


, Inde, Inde du Sud, Kerala

Commentaire

En théorie, le projet est clair, bien défini : le patrimoine végétal kéralais demande à être sauvegardé, la cocoteraie se porte mal, la maladie se propage vite. Mais notre volonté d’intervenir rapidement choque, dérange. L’immobilisme et le silence répondent à notre empressement. Nous n’avons pas la même notion du temps et il nous faudra admettre qu’aucune décision importante ne se prend sans l’avis préalable et le conseil d’un astrologue ou d’un maître spirituel. Une relation de confiance et d’estime ne s’établira qu’au bout de nombreux mois pendant lesquels nous aurons dû apprendre à attendre les moments opportuns et favorables à la rencontre.

Notes

Véronique WILLEMIN est architecte, consultante indépendante, écrivain.

Cette fiche a été réalisée dans le cadre d’une mission d’évaluation de TWH, en partie financée par la FPH.

Possibilité, pour ceux qui sont intéressés, d’organiser une exposition de photos.

Source

Récit d’expérience ; Texte original

Tropical Wood Housing - 69 rue du Montparnasse, 75014 PARIS. FRANCE. Tel 40 44 68 71. Fax 40 44 58 34 - France

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