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dialogues, propositions, histoires pour une citoyenneté mondiale

Pour une nouvelle philosophie de l’action humanitaire

De la compassion à la réciprocité

Claire MOUCHARAFIEH

05 / 1994

L’action humanitaire est aujourd’hui paradoxale. Prétendant "défendre tout individu, à tout moment et à tout endroit de la planète", elle peut s’entendre comme l’aboutissement de la lutte pour les droits de l’homme. Mais, en même temps, elle pervertit le combat pour les droits de l’homme en ceci qu’elle se propose de fait comme un substitut à l’action (du)politique.

L’action humanitaire prend son essor dans un contexte particulier : celui d’une crise de confiance plus générale vis-à-vis du politique et en même temps de crise des solidarités. La méfiance à l’égard du politique est pour une part à rapprocher de la défiance à l’égard des Etats, au moment d’ailleurs où les social-démocraties et l’Etat-providence sont eux-mêmes mis en question. La crise des solidarités, elle, apparaît tandis que la montée des exclusions à "l’intérieur" de la société et l’élargissement du fossé entre le Nord et le Sud à l’"extérieur" sollicitent des interventions humanitaires. Faut-il pour autant parler de repli (individualiste, nationaliste...)? En fait, il y a un décalage énorme entre le sentiment de vivre à un niveau mondial, l’accélération de l’internationalisation du monde, et la nécessité pour l’individu de s’inscrire dans le cadre d’une collectivité qui le rassure. Dans ce contexte propice aux contradictions, l’action humanitaire est elle-même porteuse d’ambiguïtés ou d’ambivalence. Ainsi par exemple le principe émergeant selon lequel "il n’y a pas de revendication juridique égalitaire que partagée par l’ensemble de la "terre-patrie" (Edgard Morin)peut conférer à l’action humanitaire une portée éthique. Et à l’approche en terme de Droit se juxtapose une approche en terme de devoir, l’individu étant "responsable de tous les autres hommes". Il ne s’agit pas seulement de la "forme décadente de la mauvaise conscience", mais aussi ou surtout de l’apparition de la revendication de dignité. Une telle démarche pourrait être à la fois politique, dépassant l’individualisme, et a-politique, parce qu’elle prétendrait refuser le politique et toute médiation du politique. En même temps, ces démarches humanitaires interviennent dans des situations de dénonciation des exactions de l’appareil d’Etat.

Mais l’action humanitaire préfère "le soulagement ponctuel d’une détresse à l’attente messianique d’un salut total". Pour Pierre Hassner, pour qui Etat de droit, respect des droits des individus, souveraineté populaire, sont indissociables de la démocratie, la revendication "égalitaire" induite par l’action humanitaire ne peut se satisfaire de réponses évacuant le politique, sans quoi "la défense des victimes accroit de façon irrésistible le décalage entre ces dernières et ceux qui veulent les prendre en charge". L’humanitaire n’a de sens qu’en sortant les victimes de leur statut de victime, en créant les conditions d’une reconnaissance mutuelle et d’une réciprocité, et un cadre national et international susceptible de transformer la victime en égal, au sein d’une communauté mondiale.

Mots-clés

droits humains, ingérence internationale, solidarité, crise de l’Etat, réhabilitation du politique


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dossier

Construire la paix : éléments de réflexion à partir des pratiques des organisations non gouvernementales et de quelques instances nationales et internationales

Commentaire

L’action humanitaire peut donc se concevoir comme un terrain d’action où s’inventent des formes inédites de respect de la dignité humaine. Loin de la seule action dans l’urgence, l’humanitaire, se doublant d’un travail sur les droits de l’homme, peut retrouver sa vraie dimension politique, au sens où les individus et les victimes deviennent des sujets.

Source

Articles et dossiers

MONGIN, Olivier in. PROJET, 1994/10, N°37, Olivier Mongin est directeur de la revue Esprit.

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