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De la défense civile à l’intervention civile

Claire MOUCHARAFIEH

06 / 1994

L’Institut de Recherche sur la Résolution Non-violente des Conflits (IRNC)a pour principal objet de mener des recherches scientifiques pluridisciplinaires sur les modalités de règlement non-violent de conflits de toute nature (interpersonnels, sociaux, raciaux, internationaux), notamment en matière de défense contre les agressions extérieures ou de menaces intérieures contre la démocratie.

Créé en 1984 par des chercheurs proches du MAN (Mouvement pour une Alternative Non-Violente), l’IRNC a longtemps travaillé sur la dissuasion civile et le développement de recherches appliquées à partir de ce concept : application aux secteurs de l’énergie, des associations, des collectivités locales. L’IRNC s’intéresse aussi au rôle de l’Etat, aux conflits dans l’entreprise, à l’éducation à la paix. Outre ses activités de recherche, l’IRNC mène un travail de concertation avec diverses institutions, dont le Secrétariat Général de la Défense Nationale: tous les 2-3 mois, l’Institut rencontre ses représentants afin de traiter des apports possibles de la non-violence aux problèmes de la défense.

Ces dernières années, l’IRNC a élargi sa recherche fondamentale aux stratégies civiles de défense et, depuis peu, aux « interventions civiles » dans les conflits extérieurs. Ce projet est encore à ses débuts et le travail de clarification théorique est toujours en cours. Par « intervention civile », l’IRNC entend une intervention non armée de forces extérieures (mandatées ou non par une autorité internationale)s’engageant dans un conflit local ou régional pour accomplir, sur les lieux mêmes de l’affrontement, des missions d’observation, d’interposition et de médiation. Ces missions ont pour but de créer les conditions d’une solution politique du conflit qui reconnaisse et garantisse les droits fondamentaux de chacune des parties en présence et leur permettre de définir les règles d’une coexistence démocratique.

Jusqu’ à présent, les missions d’intervention ont été, pour l’essentiel, accomplies par les « Casques bleus » de l’ONU. Par définition, ils constituent une force militaire qui entend remplir une fonction de dissuasion vis-à-vis des parties en présence. Dans certains conflits les « Casques Bleus » ont eu recours à leurs armes, mais dans certains cas ils ont été amenés à jouer principalement un rôle d’interposition et de médiation non armées, alors même qu’ils n’étaient ni formées, ni préparés à cela.

L’IRNC entend appuyer sa recherche sur les trois approches suivantes: 1)mener une réflexion conceptuelle et stratégique sur la notion de « projection de forces » en matière d’intervention non armée; ce concept, utilisé par les stratèges militaires, consiste à évaluer les différents scénarios qui puissent peser directement sur le rapport des forces en présence;

2)décrire et analyser des formes actuelles d’interventions civiles dans l’ensemble des conflits actuels: il s’agit notamment d’examiner attentivement les résultats obtenus par les « Casques bleus », dans le cadre d’opérations de maintien de la paix (nature du mandat, obstacles rencontrés, échecs, succès, progrès accomplis);

3)confronter le concept d’intervention civile avec la réalité des conflits en ex-Yougoslavie (Slovénie, Croatie, Bosnie Herzégovine, résistance civile du Kosevo), à partir notamment d’une série d’entretiens avec des ONG et des mouvements démocratiques locaux, des représentants de l’ONU, des diplomates et des mouvements associatifs européens.

Parallèlement, des recherches plus opérationnelles seront menées sur la codification internationale de l’intervention civile, les opportunités pour l’ONU, les interventions civiles conduites par des ONG.

Depuis des années, les Brigades de Paix Internationales (BPI)expérimentent une forme d’interposition non- violente, notamment au Salvador et au Guatemala, en assurant un accompagnement protecteur des personnes directement exposées aux représailles des forces de répression. Cette expérience de présence étrangère continue a montré qu’il était possible d’exercer une dissuasion sur les pouvoirs publics. Ces derniers doivent alors tenir compte de l’impact que pourrait avoir auprès de l’opinion publique internationale le meurtre d’un de ces volontaires. La question qui se pose est de savoir s’il est possible d’envisager des formes d’interposition non-violente qui n’assurent plus seulement la protection d’individus contre la répression de la police, mais plus largement, la protection de populations civiles contre l’agression d’une armée.

Le pari d’une intervention civile repose sur l’idée qu’elle pourra dissuader les parties engagées dans un conflit de mener la politique du pire qui les aménerait dans une impasse. Le fait d’annoncer clairement que les forces engagées dans une telle mission n’auront recours qu’à des méthodes non-violentes a son importance car cela contribue à neutraliser les réactions de rejet suscitées par une ingérence étrangère, et faciliter la mise en oeuvre d’une médiation. L’expérience montre que toute mission d’interposition non-violente n’a de sens et d’efficacité que si elle est accompagnée d’une mission de médiation. Celle-ci consiste à prendre contact avec tous les interlocuteurs de la société civile qui s’opposent à la logique de guerre afin d’élargir le plus possible l’espace des négociations.

Pour qu’elle puisse être opérationnelle et avoir prise sur les évènements, une intervention civile ne peut être organisée à un niveau exclusivement militant. Le cadre institutionnel est ici indispensable. Toutefois, si l’encadrement doit être composé de professionnels, il est souhaitable qu’il soit ouvert à des citoyens qui se porteraient volontaires pour une durée limitée. La création d’un cadre ad hoc permettant de mobiliser et d’intégrer des compétences strictement civiles est primordial.

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