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La formation technique proposée aux jeunes miliciens libanais leur permet d’avoir un autre type d’arme en main !

Bérengère CORNET

05 / 1994

Bien qu’elle ait connu des années de développement économique rapide dans les années 70 puis subi les bouleversements dus à 17 années de guerre civile, la société libanaise est restée assez conservatrice, très attachée à ses racines, à son identité communautaire, confessionnelle, clanique. Les valeurs d’intégrité et d’accueil continuent à être centrales, y compris chez les jeunes qui restent intérieurement assez structurés. Il faut également souligner que la proportion de jeunes qui a effectivement porté les armes est inférieure à 5% (environ).

L’aspect « recyclage » des miliciens, bien qu’il ait un côté médiatique, ne doit pas être considéré comme central. Ces miliciens avaient d’abord pour caractéristique d’être jeunes, d’être nés pour la plupart pendant la guerre, d’avoir de ce fait perdu - ou jamais eu-, par manque de perspectives, le sens des projets. Par certains côtés, notre société n’a pas de leçons particulières à leur donner. Même si elle ne se traduit pas dans les armes, la violence est aussi chez nous, dans la nature des rapports que les gens entretiennent les uns avec les autres. Le déracinement, l’exclusion, l’abandon de toute échelle de valeurs rend peut-être la réinsertion de certains groupes de jeunes plus difficile ici que là-bas !

Lorsque la guerre s’est arrêtée et que les milices ont été démobilisées, l’essentiel du travail n’a donc pas été, comme on pourrait le croire, de restructurer les jeunes miliciens. Il s’agissait plutôt de leur permettre de retrouver des perspectives, de les remettre dans une dynamique de projet, de les aider à dépasser le cercle vicieux de la violence qui ne mène à rien.

Après les accords de Taëf, leur mise en application et l’arrêt des combats, le couvent Saint-Sauveur, qui comptait déjà une section d’apprentissage, s’est ouverte à des jeunes miliciens. Ceux-ci, âgés de 13 à 25 ans, provenaient de milices à la fois druzes, chiites, sunnites et chrétiennes. Une formation de 750 heures à la mécanique automobile leur a été proposée.

Jusque là, ces jeunes gagnaient leur vie en dollars, payés par les milices. Il s’agissait de les inciter à détenir un autre type d’arme entre les mains, c’est-à-dire une formation qualifiante et un métier. Sur les 80 miliciens concernés par le projet, 70 ont trouvé du travail dans les villages environnants comme garagistes, mécaniciens ou dans la gendarmerie et l’armée reconstituées.

C’était ça le grand défi : à travers un enseignement professionnel, donner à ces jeunes l’idée qu’ils pouvaient être électriciens ou mécaniciens, gagner leur vie avec une « arme » nouvelle et élaborer, à partir de là, un projet professionnel, familial, …

Le projet était d’autant plus novateur que l’enseignement technique a toujours été négligé au Liban. L’Etat n’en a jamais fait la promotion et lui a fourni très peu de moyens. Ce projet a donc permis de réhabiliter ce type d’enseignement qui donne aux jeunes la possibilité d’avoir non seulement des connaissances et des compétences mais aussi un diplôme reconnu.

En dehors de l’aspect strictement technique, cette formation a eu une dimension pédagogique non négligeable. Les milices, contrairement à l’armée, sont des structures anarchiques. Les jeunes y ont davantage appris la loi du plus fort que la discipline. Le seul modèle de rapport humain était pour eux le rapport de force. Le plus gros travail a donc été de leur faire comprendre que les conflits peuvent se régler autrement que par la violence.

Ce projet, en ayant permis à des jeunes issus de milices opposées de poursuivre un objectif commun, d’apprendre un métier au sein d’une même section d’apprentissage, a été pour eux l’occasion de découvrir un modèle de convivialité basé sur le dialogue inter-confessionnel. Pour les anciens miliciens, déposer les armes se traduit par l’abandon d’un certain pouvoir. La formation professionnelle leur permet d’accéder à un nouveau type de pouvoir et d’être ainsi reconnus et valorisés. Elle leur donne l’occasion d’être associés au développement et de mettre leurs nouvelles compétences au service de la reconstruction du Liban.

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