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dialogues, propositions, histoires pour une citoyenneté mondiale

De la notion d’intervention civile

Claire MOUCHARAFIEH

03 / 1994

Il faut distinguer entre résistance et intervention civile, qui correspondent à des situations différentes. Le cas le plus typique de résistance civile au cours de cette dernière décennie est celle des citoyens polonais face à l’oppression communiste. Des individus d’abord peu nombreux, puis rejoints par des couches toujours plus larges de la société s’étaient organisés en réseaux, créant le socle de la démocratie, c’est à dire le pouvoir des citoyens.

Dans l’intervention civile il y a un tiers, qui joue un rôle d’observation, de médiation et d’interposition. Les Brigades de Paix Internationales (BPI)qui existent en Suisse, en France mais aussi au Canada et aux Etats-Unis, en font leur principal axe d’action, à une très petite échelle. Le Mouvement pour une Alternative Non-Violente (MAN)participe au réseau des BPI, et sa contribution consiste notamment à former des Brigadistes à l’intervention non-violente. L’action principale des BPI, notamment en Amérique Latine et au Sri-Lanka, consiste à pratiquer l’accompagnement non-violent de responsables politiques ou syndicaux, et de militants des droits de l’homme dont la vie est menacée dans des Etats totalitaires. Cette technique, inspirée de la philosophie ghandienne, revient à assurer leur protection rapprochée. Cet accompagnement, du matin au soir, d’un militant menacé de mort, de disparition ou de représailles a pour principale fonction de dissuader les escadrons de la mort ou autres forces para-militaires. On ne peut plus s’en prendre aux personnes ainsi protégées sans s’en prendre aux Canadiens, aux Français ou aux Suisses qui les accompagnent, et provoquer un incident diplomatique. Le Brigadiste joue de son statut d’étranger. La tierce personne n’a pas d’autorité, mais elle a une capacité de résonance. Si le Brigadiste est témoin et surtout victime d’un incident, des réseaux de solidarité se mettent en place un peu partout et font connaître à l’opinion internationale les exactions commises, ouvrant la porte à d’éventuelles sanctions internationales.

Depuis peu, les Brigadistes de la paix tentent d’élargir leur action. En Haïti par exemple, ils réfléchissent sur le concept d’accompagnement appliqué à un village. Il ne s’agit plus de protéger des individus, mais de manifester une présence dans un village ou une région. L’expérience montre que le taux de violence diminue du fait de cette présence extérieure dissuasive. C’est ce que fait le mouvement américain « Cry for Justice ». La limite de ce type d’engagement est la disponibilité des « volontaires » (six mois pour s’acclimater et réaliser une intégration minimale), et les qualités requises (équilibre, formation à la non-violence). Sollicité notamment en Haïti, au Tchad et en Palestine, le MAN se heurte au problème du recrutement, de l’insuffisance des moyens financiers et de l’importance des risques. A l’heure actuelle, un projet est en cours avec le « Balkan Peace Team », qui doit partir en ex-Yougoslavie.

Mais pour avoir une réelle portée, l’intervention civile doit passer du plan militant au plan institutionnel. Quelques rares exemples existent, mais leurs résultats sont mitigés. En Haïti, la mission civile dépêchée par l’ONU et l’Organisation des Etats américains (OEA)pour faire respecter les droits de l’homme et éliminer toutes les formes de violence, s’est heurtée à de très nombreux obstacles. En revanche, la mission au Kosovo s’est révélée plus utile : lorsqu’en juillet 1993, M. Milosevic a refusé de renouveler son mandat, tous les observateurs ont constaté dès le départ une recrudescence de la répression. L’expérience prouve que la présence d’observateurs étrangers ou mandatés par les organisations internationales peut jouer un rôle dissuasif. Mais il faut tirer les leçons des échecs (Congo, ou Sud-Liban)et le bilan des diverses opérations des Casques Bleus. Pour cela, il faut définir précisément les tâches des « forces de paix » de l’ONU, qui oscillent entre l’interposition humanitaire et l’intervention militaire. Si ces forces ont le droit de riposter, elles sont dans une logique de guerre. Une force d’interposition n’a de sens que si elle se situe dans une problématique de médiation au service d’un projet politique, c’est à dire dans le cadre d’une diplomatie internationale. En Bosnie, la proposition de paix est inacceptable, car elle valide le fait accompli serbe et dépèce la Bosnie en cantons ethniques. C’était précisément ce qu’il ne fallait pas faire, et c’est là que réside l’échec de la FORPRONU, qui ne vient aucunement renforcer un plan de paix élaboré par la communauté internationale. En fait, il n’existe ni plan de paix, local ou régional, ni processus diplomatique de négociation, ni propositions. Là, les mouvements de citoyens, et notamment les Eglises et les syndicats, ont un rôle important à jouer…

Il existe un antécédent intéressant : il s’agit du processus d’Helsinki, comme cadre de règlement des conflits régionaux, avec ses trois volets : démocratisation/droits de l’homme, coopération économique et démilitarisation.

Sanctions et embargos pour prévenir la guerre

Actuellement, on assiste à une vaste campagne de délégitimation de l’embargo, lequel n’aurait que des effets pervers. Les partisans de sa levée font valoir que c’est un moyen d’affamer les peuples. Mais des acteurs aussi directement concernés que l’Evêque de Jérémie en Haïti, ou le Président de la république autoproclamée du Kosovo, défendent énergiquement le principe de l’embargo. Il est aujourd’hui admis que l’embargo sur l’Afrique du Sud a participé à l’accélération du processus de transition démocratique. N’oublions pas que Mgr Tutu avait été un partisan de ces sanctions, même si elles pénalisaient aussi les plus démunis. Les effets pervers existent, certes, et il faut les corriger, en empêchant par exemple que l’embargo ne touche à la santé, à l’alimentation et aux communications. Il existe des mesures sélectives, comme le gel des avoirs des dictateurs, qui sont autrement plus efficaces. Le MAN est engagé dans ce travail de réflexion et de contre-propositions pour tenter de contrecarrer cette propagande, issue notamment de tous les régimes qui subissent l’embargo et qui tentent de retourner leurs peuples contre l’opinion internationale. Mais comme l’intervention civile, l’embargo n’a de sens qu’en tant qu’élément d’une stratégie globale et d’une diplomatie effective.

Mots-clés

intervention civile, non violence, ingérence internationale, droit d’ingérence, ONU, embargo, solidarité


, Bosnie-Herzégovine, Yougoslavie, Haïti, Amérique Latine, Kosovo

dossier

Construire la paix : éléments de réflexion à partir des pratiques des organisations non gouvernementales et de quelques instances nationales et internationales

Ébauche pour la construction d’un art de la paix : Penser la paix comme stratégie

Source

Entretien

Entretien avec Jean-Marie Muller, président du MAN(Mouvement pour une Alternative Non violente, 114 rue de Vaugirard, 75006 Paris, FRANCE - Tél/Fax : 00-33 (0)1 45 44 48 25 - manco@free.fr - http://manco.free.fr)

FPH (Fondation Charles Léopold Mayer pour le Progrès de l’Homme) - 38 rue Saint-Sabin, 75011 Paris, FRANCE - Tél. 33 (0)1 43 14 75 75 - Fax 33 (0)1 43 14 75 99 - France - www.fph.ch - paris (@) fph.fr

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