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Les baies d’une plante d’Ethiopie et les moules zébrées ou comment une technologie de Tiers Monde permet de résoudre un problème dans les pays industrialisés

Mohamed Larbi BOUGUERRA

02 / 1995

Depuis 1985, les Grands Lacs américano-canadiens sont infestés par une moule, Dreissena polymorpha, d’origine européenne, communément appelée moule zébrée . Cette invasion provoque de grands dégâts à toutes les industries utilisant l’eau et les atteintes à l’environnement sont difficiles à prévoir pour le moment. Les mollusques s’attachent fortement à toute surface et entr’elles. Les colonies réduisent les débits et peuvent boucher les tuyaux d’eau de refroidissement . Elles peuvent aussi bloquer partiellement les filtres et les turbines. On estime les pertes à 5 milliards de dollars pour la prochaine décennie, rien que pour les Grands Lacs. L’infestation peut être spectaculaire: la période de reproduction dure neuf mois et une femelle produit par saison 300 000 oeufs qui peuvent atteindre le stade reproducteur en une année. Un mètre carré peut compter jusqu’à un million de moules fermemement attachées. La présence du mollusque est signalée aussi sur la côte est, les fleuves Mississipi et Ohio entre autres. On voit donc l’ampleur du problème.

En juin 1960, l’Université de l’Ohio aux Etats Unis a décerné un doctorat honoris causa au Dr Aklilu Lemma de l’Institut de Pathobiologie de l’Université d’Addis Abeba en Ethiopie. Justice était ainsi rendue au travail du Dr Lemma pour ses travaux sur l’épidémiologie de la bilharziose, l’utilisation de la baie de l’endod pour la lutte contre le vecteur de cette parasitose ainsi que pour ses efforts inlassables pour l’avancement de la science et de la technologie en Afrique. A cette occasion, le Dr Lemma suggéra d’utiliser cette plante éthiopienne pour lutter contre la moule zébrée partant de ses travaux sur le mollusque vecteur de la bilharziose en Ethiopie. Les résultats se sont révélés très encourageants au laboratoire avec 90% de morts en 24 heures pour une concentration de 15-20 mg/l. On a fait aussi un essai grandeur nature, en 1992, sur les eaux d’une centrale électrique car le débit, les matières en suspension, la température jouent , bien entendu, un rôle. Les résultats sont ici aussi encourageants mais, comme les sédiments peuvent couvrir les moules, les doses et la durée de traitement doivent être mieux cernées.

L’Université de l’Ohio et le Dr Lemma ont déposé un brevet en commun, les résultats ayant été confirmés au Canada et en Finlande. Le produit étant biodégradable, il est sans effet sur l’environnement et les poissons notamment.

Mots-clés

espèce végétale, transfert technologique, eau, pollution


, Ethiopie, Etats-Unis, Canada

Commentaire

C’est un excellent exemple, à notre humble avis, d’une bonne collaboration Sud-Nord. L’Université de l’Ohio a joué le jeu semble-t-il et nommé le Dr Lemma comme professeur pour pouvoir lui attribuer sa part des bénéfices des revenus du brevet déposé en commun, les tests de laboratoire ayant été réalisés dans les locaux de l’Université et avec la collaboration de certains de ses spécialistes. On voit ainsi que le transfert de technologie peut être à double sens, dans l’intérêt de tous.

Lemma et son équipe de l’Institut de Pathobiologie d’Addis Ababa travaillent depuis de longues années sur les baies de l’endod pour contrôler les escargots, hôtes intermédiaires du protozoaire responsable de la bilharziose qui fait d’effroyables ravages dans toute la vallée du Nil: atteintes à l’arbre urinaire puis complications cardiaques notamment. Il a fait profiter ainsi de son expérience l’industrie des Etats Unis. Ce n’est que justice car on a longtemps ignoré son travail au Nord, la recherche étant considérée comme chasse gardée par certains.

Source

Articles et dossiers

LEE, H.H. in. DISCOVERY AND INNOVATION, 1993/09, vol.5, n°3

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