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dialogues, propositions, histoires pour une citoyenneté mondiale

La difficile collaboration entre une organisation populaire sénégalaise et les ONG

Le point de vue d’un dirigeant paysan

Bernard LECOMTE, Brigitte REY

10 / 1994

"Les gens des ONG sont là pour défendre leurs intérêts ; pas pour nous défendre. Parce que tant que les paysans sont incapables, les ONG ont leur place. Mais quand les paysans arrivent vraiment à prendre leurs responsabilités, petit à petit ces "intermédiaires" n’ont plus leur place. Prenons le cas de l’accès direct aux ressources financières des donateurs en Europe. Les ONG sont des intermédiaires. Elles sont situées entre les donateurs réels et les bénéficiaires. Nous, on est les bénéficiaires. Elles vont négocier des sous et viennent vers nous pour discuter avec nous ou s’imposer en nous disant de faire ça et ça. C’est alors pour répondre aux clauses qu’ils ont avec leurs donateurs. Certains viennent et disent : "Nous avons des comptes à rendre". Ils sont des intermédiaires. Et si on ne leur donne pas d’informations, ils ne peuvent pas faire de programme. Moi, une fois, j’ai demandé à la CEE (ex-Communauté Européenne)"Pourquoi des intermédiaires ? Pourquoi l’organisation de base ne traite pas directement avec la CEE ?" Et c’est vrai que ça serait beaucoup plus facile pour l’organisation de base d’arriver à traiter directement avec la CEE, il n’y aura pas de transformation de langage. Mais tant qu’il y a des intermédiaires, l’intermédiaire va se conformer à sa propre politique.

Quand nous avons eu fini de préparer notre programme pour trois années, nous avons organisé une table ronde entre nos partenaires. On leur a dit de se mettre ensemble pour financer notre programme, qu’ils se concertent et que chacun dise combien il prendrait de pourcent de notre programme... Mais je vois que jusqu’à présent, chacun tire de son côté.

Pratiquement, notre programme, aucun partenaire ne l’a pris intégralement. Chacun en a pris un morceau, et l’on revient toujours au système ancien du projet. Tel prend les moulins, prend l’animation, prend l’alphabétisation ; tel autre projet d’appui vient de son côté, prend quelques salaires, prend un véhicule, ne prend pas les moulins, prend une ou deux des formations. Donc, notre programme, en quelque sorte, est divisé en lots.

Nous avions aussi pensé qu’au lieu qu’il y ait des contrôles séparés de droite à gauche, il y aurait un seul audit de tel ou tel. A chaque fois que celui-là fait l’audit, on enverrait son rapport à tous. Ils avaient dit oui... En fait, aujourd’hui, c’est chacun pour soi ; chaque projet d’appui vient avec son système comptable et un système de décaissement ; ils imposent qu’il y ait un numéro de compte bancaire spécifique à leurs fonds. Et ils n’autorisent pas un ordre de décaissement sur leurs fonds quand il n’y a pas d’autorisation; hors-programme, il n’y a pas de moyens.

Et puis, comment ils ont financé chez nous, cela ne nous arrange pas du tout. Pour la partie destinée à la formation, on l’avait calculée en pourcentage du total. Mais quand c’est financé par morceaux, ces pourcentages-là n’existent plus. Quand l’un dit : "Je prends les moulins en charge", l’autre dit : "Je prends telle formation en charge", ils négligent carrément le pourcentage qui était destiné à toute la formation.

Enfin, les négociations durent beaucoup trop. Notre programme, normalement, devait commencer début 92. La négociation a traîné jusqu’en 94. Donc, 92, 93, 94 : cela fait deux ans de retard. L’année où on devait terminer le travail c’est l’année où le programme a démarré.

Or, quand on a soumis un programme à un bailleur, on attend. On ne va plus le soumettre à d’autres, même si d’autres bailleurs sont beaucoup plus rapides. Quand le programme est prévu "OK" quelque part, on attend. On se dit qu’il ne faut pas qu’on fasse d’autres négociations, pour éviter tout double emploi. Et ces gens-là négocient des écarts et peuvent créer des problèmes".

Mots-clés

négociation, organisation paysanne, ONG, financement du développement, cofinancement


, Sénégal, Sine Saloum

Commentaire

Un point de vue d’un dirigeant paysan expérimenté sur la collaboration peu satisfaisante entre son organisation et les ONG.

Notes

Entretien effectué par LECOMTE, Bernard.

Joseph SENE est un paysan qui a fondé l’Association des Jeunes Agriculteurs du Sine-Saloum(AJASS), en 1978, association qui depuis s’appelle Association Régionale des Agriculteurs de Fatick (ARAF)

Source

Entretien

1993/07/30 (France)

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