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Le fossé entre les organisations paysannes et les ONG qui financent des programmes

Bernard LECOMTE, Brigitte REY

03 / 1995

Mamadou CISSOKHO juge les méthodes et les attitudes des ONG dans leurs rapports avec les associations paysannes.

"Les ONG viennent proposer leurs programmes à une association paysanne qui leur dit : "Dans tout ce que vous avez prévu comme priorités, nous ne voyons pas ce qui nous intéresse; par contre, voilà nos priorités à nous". La difficulté des ONG est de tenir compte des priorités qui n’ont pas été préparées à l’avance par elles. Les ONG font leurs propres programmes. Une exception cette année : l’ONG NOVIB a fait un grand travail de critique de ses programmes; elle est arrivée à des conclusions et a alors invité des partenaires du Sud à définir quelques programmes. Nous-mêmes, organisations paysannes, en avons défini.

L’ONG est coincée par son propre financement, par son propre calendrier d’exécution. L’Etat est plus capable de s’adapter; il a la possibilité de modifier ses actions si la capacité des groupes de base à faire passer leur message est suffisante. Avec l’Etat, nous pouvons plus taper sur la table qu’avec une ONG qui dira : "Je comprends mais ce n’est pas prévu pour nous cette année" ou bien : "Ce sera pour une prochaine fois". D’une certaine façon, comme responsable dans un mouvement paysan, je "suis" membre de l’Etat mais je ne suis pas membre de l’ONG.

Il y a souvent des difficultés entre les ONG et les mouvements paysans à cause de la manière d’opérationnaliser. L’ONG te dira que pour un programme elle a un budget pour 12 mois et il faut qu’elle exécute son programme en 12 mois. Le mouvement, lui, en travaillant avec une ONG, ne prend pas en compte les programmes de l’ONG; il dit : "Voilà mon cheminement, voilà mes objectifs". Là est le fossé.

Les gens des ONG n’aiment pas trop collaborer de près avec les organismes fédératifs paysans. Ils ont une perception des mouvements comme si nous étions des concurrents. Les mouvements dérangent un peu les appuyeurs parce qu’ils ont réellement la force de la base derrière eux. Or, comme tous les appuyeurs parlent d’appuyer la base, quand la base elle-même s’organise jusqu’à devenir un mouvement national (comme c’est le cas de la FONGS), cela leur pose un problème.

Ce qui manque encore aux ONG, c’est de comprendre réellement le mouvement à la base. Les mouvements comprennent mieux les ONG que les ONG ne comprennent les mouvements; la difficulté des ONG a deux causes : les limites de leur vision globale des choses et leur faible capacité à mobiliser des ressources "souples" qui leur permettent d’appuyer correctement les priorités et les objectifs des organisations à la base.

Certaines actions ne sont pas des actions qui doivent être réalisées par des ONG : l’animation, l’alphabétisation, le fait de permettre aux associations de s’organiser, etc; cela est le domaine des associations. Par contre, les spécialisations techniques sont plutôt du domaine des ONG mais le but est de permettre que les associations deviennent capables de les relayer, tout en sachant que chaque pas positif dans un domaine technique pose de suite d’autres problèmes."

Mots-clés

organisation paysanne, ONG, financement du développement, projet de développement, coopération


, Sénégal

Commentaire

M.CISSOKHO montre combien les ONG sont coincées par leur propre méthode de financement qui les obligent à programmer, à l’avance, avant même, souvent, de discuter avec les organisations paysannes. Nous doutons, comme lui, de la volonté de beaucoup d’ONG de s’intéresser véritablement aux fédérations d’organisations paysannes qui leur paraîssent n’être que des intermédiaires.

Notes

Entretien effectué par LECOMTE, Bernard.

Mamadou CISSOKHO est le président de la Fédération des ONG du Sénégal (FONGS) qui, malgré son nom, est une fédération d’Unions d’organisations paysannes. Il a fondé, en 1978, le comité de Bamba Tialène qui a ensuite bourgeonné pour donner naissance à l’Union des "Ententes".

Source

Entretien

1993/10 (France)

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