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dialogues, propositions, histoires pour une citoyenneté mondiale

Vivre selon ses propres règles

La responsabilisation au sein des associations

Bernard LECOMTE, Brigitte REY

03 / 1995

M.CISSOKHO explique ce qu’il entend par la responsabilisation.

"Au niveau des associations, le problème n’est pas celui de la participation mais celui de la responsabilisation. Les gens se sont mis ensemble, ont réfléchi, ont décidé de leurs structures et ont défini leurs propres règles. Mais comment vivre ces règles ? Elles sont souvent ambigües car pour obtenir la reconnaissance juridique de l’Etat, ils y ont introduit des éléments modernes alors que le reste est basé sur leurs valeurs culturelles. Par exemple, les règles de chaque association ont prévu des diagnostics et des soins appropriés. Les règles permettent aussi de faire l’harmonie entre l’association et son milieu; entre le groupement et le village autour, entre le groupement et les chefs religieux. Ce n’est pas si simple. Puis de faire l’harmonie des relations entre les personnes au sein de l’association : les vieux et les jeunes, les femmes et les hommes, selon les règles définies dans le règlement intérieur, explicitement souvent et implicitement parfois.

C’est pourquoi dans beaucoup de groupements à la base, comme dans les fédérations, vous trouvez ce qu’on appelle les "conseillers" : vieux ou vieilles personnes chargées de faire vivre ces principes d’harmonisation et qui peuvent aussi faire des remarques au président. Ce sont des personnes libres qui ne sont pas dans la structure, qui ne doivent rien aux membres, qui ne sont pas impliqués dans les actions et qui, par leur âge, leur expérience, leur autorité, peuvent remettre les leaders dans le rang. Un règlement intérieur défini les responsabilités, les droits et devoirs de chaque membre et des instances. Toute la vie du mouvement tourne autour de cela.

Ce sont souvent les nouveaux membres qui critiquent les éléments du début de l’association. Si celle-ci a 15 ans, ceux qui vont venir après diront peut-être que certaines choses, dans les règles, n’ont plus de sens. C’est une vrai bombe entre eux et les anciens qui pensent que, puisque tout a fonctionné comme cela pendant 15 ans, il ne faut rien changer.

Un des problèmes est qu’il n’y a pas d’objectifs sans d’abord une cohésion car nos objectifs sont des actions qui doivent être menées en commun. Si les gens ne s’entendent pas, ils ne peuvent donc pas définir leurs objectifs. C’est pourquoi les associations, à leur naissance, "perdent" du temps sur ces questions. Mais une fois ces dernières réglées, le reste est facile. Cependant, même bien parties, les associations peuvent devenir malades. La première maladie est d’abord le manque de respect des règles. Souvent, celui-ci n’amène pas systématiquement l’exclusion parce que c’est une attaque directe contre l’entente. On négocie et à 99 % on peut ramener le membre dans le rang. Cependant, les exclusions sont systématiques lorsqu’il y a détournement de fonds, refus de payer ses dettes au groupe. On dit alors que la personne s’est détruite elle-même, par son action. La faute que vous commettez est l’élément de votre destruction.

La deuxième maladie est le manque d’intérêt pour la formation personnelle d’un membre; celui qui "sait tout" ou celui pour qui cotiser et être membre suffit. Ou bien de celui qui ne participe pas à la valorisation du groupement par de nouvelles idées de débats. Il y en a parmi les membres mais aussi parmi les leaders".

Mots-clés

organisation paysanne, responsabilité citoyenne, participation populaire, formation, dimension culturelle du développement


, Sénégal, Bamba Tialene

Commentaire

Le texte interpelle sur l’importance de l’établissement, par chacune des organisations de base, de ses propres règles et de l’évolution de celles-ci au moment où d’autres membres viennent adhérer à l’association. On y voit l’importance de la capacité d’autocritique des organisations paysannes et de chacun de leurs responsables.

Notes

Entretien effectué par LECOMTE, Bernard.

Mamadou CISSOKHO est le président de la Fédération des ONG du Sénégal (FONGS) qui, malgré son nom, est une fédération d’Unions d’organisations paysannes. Il a fondé, en 1978, le comité de Bamba Tialène qui a ensuite bourgeonné pour donner naissance à l’Union des "Ententes".

Source

Entretien

1993/10 (France)

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