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Les femmes ont leurs propres groupements

Bernard LECOMTE, Brigitte REY

03 / 1995

Les deux extraits d’entretiens suivants montrent la place de plus en plus importante prise par les femmes dans les Unions de groupements, en particulier à partir de la multiplication des groupements purement féminins. Le 1er auteur est un responsable paysan des Naam au Burkina Faso qui décrit ce qui s’est passé dans son village où le 1er groupement Naam a été fondé par lui-même en 1978. Le second, animateur et conseiller d’organisations paysannes dans la région du Sine Saloum, évoque l’importance des groupements de femmes dans les association.

1. A Somiaga, village au nord du Burkina Faso : "Il y a 3 types de groupements Naam; des groupements mixtes, des groupements féminins et des groupements masculins. En 1994, la majorité (6 sur 13)sont des groupements féminins. Chaque groupement est autonome et programme ses activités. Les groupements féminins font surtout de l’élevage, en particulier du mouton de case. Ce sont des projets viables et durables. Quelques femmes continuent à ne pas avoir de moutons mais avec les remboursements des autres femmes, elles auront leur prêt pour un mouton de case. A Somiaga même, il n’y a plus d’aide extérieure pour les moutons. Il y a aussi un moulin qui tourne tous les jours. Ce sont les femmes qui s’en occupent, la gestion leur est revenue. Même la banque de céréales, ce sont les femmes qui la gèrent. Essentiellement, les femmes. Elles ont élimité les hommes ! Au départ, nous n’avions confiance que dans les hommes mais il y a eu quelques fuites de fonds et on n’a plus confiance dans ces hommes, on a mis des femmes. "On", ce sont les membres des groupements." (Neb-Noma SAWADOGO)

2. Au Sénégal : "On trouve des gens qui résistent à la tutelle des administrations et des ONG à tous les niveaux, mais on les trouve plus parmi les femmes. C’est plus difficile parmi les hommes; il leur faut du temps. Mais pour les femmes, chaque fois on peut trouver quelques-unes qui pensent qu’elles peuvent commencer quelque chose sans aide. Sans rien attendre. Elles sont moins habituées à l’aide. Certes, chaque village a formé un "groupement féminin" qui est devenu membre de la Fédération des groupements féminins du Sénégal. Mais comme c’est quelque chose que l’Etat avait imposé, toutes les femmes de tous les villages sénégalais y "participent". Cela ne les a pas empêché de s’organiser autrement, parallèlement à cette structure qui est quelquefois artificielle dans les villages.

A Tattaguine, par exemple, nous nous sommes dit : "Il faut mobiliser cette capacité, cette créativité des femmes. Mais comment ? Si on ne sépare par les femmes des hommes, cette créativité et cete motivation seront étouffées". C’est pourquoi, dans la réorganisation faite récemment, toutes les femmes sont regroupées dans des groupements (de 10 à 30 membres)composés uniquement de femmes. Là elles ont plus d’initiative. On trouve parfois 4 à 5 groupements de cette sorte dans les villages. Et l’ensemble de ces groupements vont créer, à l’intérieur de l’Union, un "mouvement de femmes" qui aura des activités autonomes. Et comme chacun des groupement d’hommes et de femmes vont être représentés dans les structures, nécessairement nous allons avoir beaucoup de femmes. Au niveau de l’Union, elles sont d’ailleurs importantes dès maintenant et à tous les niveaux. D’ailleurs, à part les maraîchers, il n’y a que les femmes qui ont reçu cette aide. Il y a des femmes qui écrivent (en sérère)car malheureusement ce n’est que dans quelques gros villages qu’elles sont alphabétisées". (Pape Maïssa FALL)

Mots-clés

organisation paysanne, femme, autonomie


, Burkina Faso, Sénégal, Somiaga, Tattaguine

Commentaire

Les deux animateurs, l’un burkinabé, l’autre sénégalais, partagent un même constat : les femmes se regroupent entre elles et prennent des initiatives, entreprennent et souvent réussissent. Leurs analyses se recoupent : c’est parce que les femmes ont leur propre organisation distincte de celle des hommes, qu’elles parviennent à maîtriser leurs affaires et trouvent des solutions à leurs problèmes.

Notes

Entretien effectué par LECOMTE, Bernard.

Maïssa Pape FALL est un ancien instituteur qui a démissionné pour devenir animateur externe d’associations paysannes. De 1982 à 1994, il a contribué à la fondation de 3 Unions locales de groupements.

Source

Entretien

1994/10/00 (France)

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