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Le financement direct des ONG du Sud et des Organisations Paysannes par les Etats du Nord

Bernard LECOMTE, Brigitte REY

03 / 1995

Deux animateurs externes, l’un togolais l’autre sénégalais, ont vu arriver sur leur territoire la pratique du financement direct par les aides publiques bilatérales.

1. Au Sénégal : "Nous avons connu l’USAID par l’ancien chef de projet d’une ONG. Lorsqu’il a quitté cette dernière pour aller travailler à l’USAID, il nous a dit que seul l’appui "institutionnel" de l’USAID pourrait régler les problèmes de l’ARAF. Il nous a dit quel est cet appui aux ONG et qu’on pourrait être couverts par la banque. On a envoyé la demande. Mais avant, il faut qu’elle passe par la préfecture, elle est discutée par le CDD (Comité Départemental de Développement)et ensuite par le CRD (Comité Régional de Développement). On prend les procès-verbaux de ces réunions officielles et on les envoie à l’USAID en même temps que la demande.

Parfois, des organisations ont fait tout cela, mais ils refusent sous prétexte que "cette organisation ne peut pas gérer tant d’argent". Début août 1993, à Gossas au CDD, devant tous les chefs de secteur départementaux et les sous-préfets, un CDD spécial parlera de tout ce que l’ARAF doit faire avec l’USAID. Nous devrons expliquer nos activités avec le projet USAID.

Nous disons tous "USAID" mais le nom complet est "projet d’appui aux ONG, de l’USAID". C’est une organisation, une ONG qui a été créée au Sénégal pour appuyer les ONG avec l’argent de l’USAID. A la radio, on l’a dit, on l’a vu aussi à la télévision. L’USAID est une organisation de l’Etat américain. C’est un peu comme l’Etat sénégalais, je ne fais pas, quant à moi, la distinction entre l’Etat et l’USAID. A chaque fois qu’ils viennent nous voir, ce sont des gens des ministères qui viennent; ils disent : "La politique de l’USAID est pratiquement préparée comme celle de l’Etat". Parce que l’Etat américain est derrière l’Etat sénégalais.

2. Au Togo : "Les ONG du Nord ont peur de perdre "la clientèle" constituée des ONG du Sud. Il est vrai que de plus en plus, les grandes institutions internationales veulent directement financer les ONG du Sud. Par exemple, l’Association Village-Entreprise (AVE)a obtenu plus d’argent, en 1994, par l’ambassade de France que par l’ONG du Nord depuis 5 ans. L’AVE voulait faire du maraîchage en plus de petites retenues d’eau mais l’ONG du Nord n’a pas suivi. Cette dernière lui a alors demandé : "Quelles relations vont maintenant exister entre nous si vous arrivez à trouver certains financements directement sur place ?" De plus, elle ne veut pas que l’AVE soit financée, en partie du moins, par l’Etat togolais, arguant que l’association ferait alors le jeu du gouvernement. L’ONG ne peut imaginer que la possibilité de développer une stratégie (pour être un contre-pouvoir)tout en bénéficiant de l’argent de l’Etat existe réellement. La peur des ONG du Nord, mais aussi de celles du Sud, se crée également par la progression des organisations paysannes. Si celles-ci peuvent faire leurs dossiers et les adresser directement aux ambassades, les ONG n’existeront plus. On peut dire que les plus opposés à l’autonomie des organisations populaires sont ceux qui les aident".

3. Au Sénégal : "En 1993, il y a encore de nouvelles créations d’organismes d’encadrement ou d’aide, qui viennent sous forme de projets de l’Etat, qui s’installent dans notre zone et de temps en temps, ces gens-là choisissent d’autres gens qui sont moins organisés que nous. C’est le cas du projet-pilote (projet belge de l’Etat). Au début, lorsqu’ils sont arrivés, ils ont dit : "Nous voulons travailler dans des villages très petits où il n’y a encore rien". Alors ils ont choisi 4 villages; ils les ont encadrés, équipés de matériel agricole, fait de l’embouche à crédit, etc. Au bout de 4 ans, lorsque le projet s’est terminé, il fallait orienter ces villages-là vers d’autres mouvements qui existaient depuis très longtemps pour sauvegarder la vie de ce projet ! Alors, ils sont venus nous voir; on leur a dit : "Il fallait commencer par là au départ, essayer de mettre ces villages-là en rapport avec nous; il ne fallait pas attendre le dernier moment pour venir essayer d’intégrer à l’ARAF ces villages qui n’ont pas la même philosophie que nous. Si on le fait aujourd’hui cela ne va pas aller loin". Actuellement, dans ces 4 villages, il n’y a plus rien".

Mots-clés

organisation paysanne, ONG, bailleur de fonds, autonomie, intervention de l’Etat, cofinancement


, Sénégal, Togo

Commentaire

Il est cocasse de voir que la principale agence d’aide publique mondiale se fait appeler par son prénom, y compris quand elle agit comme ONG dans un pays comme le Sénégal. Les extraits montrent aussi le risque que l’Etat et la pseudo-ONG étrangère se liguent et forment une coalition puissante face aux organisations paysannes.

Notes

Entretien effectué par LECOMTE, Bernard.

Joseph SENE est un paysan qui a fondé l’Association des Jeunes Agriculteurs du Sine-Saloum(AJASS), en 1978, association qui depuis s’appelle Association Régionale des Agriculteurs de Fatick (ARAF)

Julien NYUIADZI est le fondateur de l’Association Village-Entreprise du Togo. Il a aussi été le secrétaire exécutif d’un collectif d’ONG togolaises.

Source

Entretien

1993/07/30 (France)

GRAD (Groupe de Réalisations et d’Animations pour le Développement) - 228 rue du Manet, 74130 Bonneville, FRANCE - Tel 33(0)4 50 97 08 85 - Fax 33(0) 450 25 69 81 - France - www.grad-france.org - grad.fr (@) grad-france.org

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