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Exemple d’un projet réussi de reconstruction d’urgence au Guatemala suite au séisme de Mars 1976 où la démarche prenait en compte le contexte culturel local

Tom ROBERTS

05 / 1993

Suite au séisme du Guatemala en 1976, de nombreuses agences d’aide s’investirent dans la reconstruction d’urgence. L’expérience qui suit fait partie de ces efforts.

Après quelques déboires par rapport aux différents projets entrepris, l’équipe d’urgence dont il est question décida de modifier son approche.

Si elle n’avait pas beaucoup de moyens en termes financiers et si cette limite devait être prise en considération pour déterminer l’action à entreprendre, il n’était plus question de s’engager dans un processus sans un minimum de réflexion.

L’action fut d’abord basée sur deux idées : la première était le leitmotiv de l’association "Ne pas travailler POUR mais AVEC..." et la seconde "qu’un million de sans-abri représentait deux millions de mains pouvant construire."

A partir de ces idées, il devenait désormais impossible de "larguer" une aide ou d’assister un groupe de sinistrés. Et dans la mesure des faibles moyens, une stratégie s’est dessinée.

Plutôt que de construire des maisons pour des gens, il s’agissait de bâtir une seule maison modèle, sur l’axe principal du village. La construction n’aurait d’autre but que d’utiliser des techniques parasismiques avec toutefois, deux critères supplémentaires :

- La maison devait être construite avec un minimum de matériaux qui étaient difficiles à trouver localement, et surtout dont le coût pouvait représenter un obstacle.

- Il était important que la construction, une fois finie, ne puisse se démarquer des autres maisons. Ce deuxième critère était plutôt une question esthétique... mais il est apparu par la suite qu’il s’agissait d’une dimension culturelle qui faisait toute la différence entre les abris "importés"(bois, plastique, papier goudronné...)et de ce fait, le projet devenait acceptable, intégrable et adaptable.

Le principe était simple : les constructions traditionnelles étaient en "adobe", c’est à dire fabriquées à partir de briques en terre et de paille mélangées. Celles-ci étaient posées à plat en absence de toute infrastructure. Le résultat donnait des murs épais (isolant thermique)mais meurtriers en cas de séisme. Une partie des victimes était morte, étouffée sous les décombres.

Il fallait aussi respecter un espace vide entre les murs et le toit pour l’évacuation des fumées (cuisine).

L’approche était donc basée sur le fait qu’une maison antisismique devait avoir des murs plus légers et une infrastructure destinée à maintenir l’ensemble... rigidifier en quelque sorte les murs. L’équipe opta donc pour une infrastructure en bois, avec une utilisation minimum de ce matériau afin d’en limiter le coût. Quant aux briques, il paraissait évident que celles-ci devaient être posées sur chant, ce qui donnait des murs à la fois suffisamment isolants tout en restants légers. Le seul problème restait la solidité des murs... chose qui trouva réponse dans l’utilisation de bandes métalliques, récupérées dans les chutes destinées à la fabrication de capsules de Coca-Cola.

Les bandes métalliques retenaient les briques et, posées en croix, ajoutaient une solidité à l’ensemble. Enfin, la structure était renforcée par l’introduction de "renforts", c’est à dire des bois d’angle et des techniques de "triangulation".

Une fois terminée, un crépi devait recouvrir le tout, rendant ainsi la maison identique aux autres.

Le but était donc de provoquer une réaction -une réflexion- des habitants locaux. L’équipe prit soin de ne pas se presser dans le travail, chaque étape dans la construction étant l’occasion de rencontres et de discussions. Si la technique se révélait intéressante auprès de la population, le reste, c’est à dire la propagation de l’idée, se ferait tout seule.

Quatre mois après, peu de temps avant le départ de l’équipe, celle-ci constata avec une certaine satisfaction que si la technique n’était pas adaptée d’une façon globale (d’ailleurs, ce n’était pas la prétention), de multiples exemples du principe de construction, réadaptés en fonction des matériaux immédiatement disponibles témoignaient qu’une petite expérience réfléchie, bénéficiant de peu de moyens, pouvait aussi avoir son impact (les bandes métalliques, par exemple, furent remplacées par des bois).

Mots-clés

catastrophe naturelle, amélioration des techniques traditionnelles, autoconstruction, habitat, histoire du développement, interdépendance culturelle, logement, technique de construction, innovation, histoire de réussite


, Guatemala

Commentaire

L’habitat est une forme d’expression culturelle. Ce qui n’est pas intégrable sera soit rejeté, soit réadapté si cette dernière possibilité est localement concevable et acceptable.

Source

Littérature grise

ROBERTS, Tom

AUI (Action d’Urgence Internationale) - Terrasses Montcalm, 1401 rue Fontcouverte, 34070 Montpelllier, FRANCE - Tél 33 (0) 4 67 27 06 09 - fax 33 (0)4 67 27 03 59 - France - www.aui-ong.org - info (@) aui-ong.org

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