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Guatemala 1976 : la séismologie indienne ou l’interprétation populaire d’une catastrophe naturelle

Confrontation de logiques exogènes et endogènes

Tom ROBERTS

05 / 1993

Témoignage :

"Suite au tremblement de terre qui ravagea le Guatemala en 1976, lors des opérations de reconstruction, j’ai fait une rencontre qui allait marquer ma vision de ce que nous appelons "l’aide internationale" et "apport de spécialistes".

PAHUIT, petit village peuplé d’indiens sérieusement touché par la catastrophe. Ce qui me frappa d’abord, c’est la volonté forte de ses habitants de faire face à la situation sans demander une assistance extérieure. Lorsque les secours internationaux étaient demandés de tout part, les habitants de Pahuit déclinaient -poliment- toute offre.

Lors de notre passage dans ce village, nous avons eu l’occasion d’avoir un entretien avec plusieurs habitants (par interprète interposé)... Une de ces conversations portait sur les causes du tremblement de terre.

Pour notre interlocuteur, la raison était bien simple : peu avant la catastrophe, les habitants avaient semé. Les semences ne devaient pas être bonnes et elles ont dû perturber le dieu de la terre : ce dernier aurait voulu s’en débarrasser en secouant le dos... et voilà...

L’explication nous parut, au premier abord, simpliste. Notre perception du phénomène était basée sur une série de choses apprises qui était du domaine de la séismologie, de la tectonique des plaques, aux pressions accumulées, aux forces libérées et ainsi de suite.

Nous avions les certitudes de la science pour fonder nos raisonnements.

Puis l’indien continua en disant que, de toutes façons, ils savaient que "quelque chose d’anormal" se préparait.

Cette dernière affirmation attira tout particulièrement notre attention : depuis des années, les chercheurs se penchent sur les phénomènes telluriques avec l’espoir de trouver un moyen de prédire les séismes. Si des progrès importants ont pu être faits depuis quelque temps, nous sommes encore loin de pouvoir réaliser ces prédictions... Il nous est encore impossible d’annoncer avec certitude l’imminence d’un séisme. Au mieux, nous pouvons déterminer les zones à haut risque. Le reste, à l’heure actuelle est encore de la spéculation.

Il était donc normal que nous demandions à l’indien de nous préciser ce qu’il voulait dire.

"C’est simple," nous répondit-il, "quelques jours avant le terremotto, toutes les fourmis avaient disparu".

Effectivement, il a été constaté que les séismes sont généralement précédés d’un déséquilibre de la nature... notamment à travers la réaction animale.

Les chercheurs chinois ont basé une bonne partie de leur politique de prévention sur de tels phénomènes, en demandant aux paysans, agriculteurs, éleveurs et autres ruraux de signaler les comportements étranges observés chez les animaux. Si une récurrence d’observations correspond à la configuration d’une faille connue, il y a de fortes chances de penser à l’imminence d’un séisme.

L’explication de l’indien était certainement fondée.

Mots-clés

catastrophe naturelle, développement culturel, culture populaire, consultant, interdépendance culturelle, culture et développement, science et culture, résistance au changement, savoir paysan, savoir traditionnel, valorisation des savoirs traditionnels, système de représentation culturelle


, Guatemala

Commentaire

L’expérience nous paraissait importante. D’abord, elle remit en question une démarche, fondée sur la certitude d’un savoir... tout en mettant en évidence l’existence d’un savoir local. C’est ce savoir local qui représente les rouages d’une machine qui permet aux hommes de vivre et de gérer leurs rapports avec le milieu naturel.

Ce savoir est aussi issu d’une perception du monde, d’une logique spécifique.

L’introduction de "savoirs extérieurs", issus d’autres perceptions (sans doute plus "cartésiennes" à nos yeux)et donc d’autres logiques, se heurte souvent à des obstacles : des résistances locales, voire des phénomènes de rejet et des incompatibilités de logiques. Les résultats, en termes de "projets" se soldent souvent par des échecs.

Du coup, si l’on admet la valeur de ce savoir local (par rapport à leurs contextes propres), il semble tout à fait indiqué de s’appuyer sur ces derniers dans la conception des projets de développement.

Source

Littérature grise

ROBERTS, Tom

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