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Remise en question des mythes concernant l’image des populations sinistrées lors de catastrophes

Tom ROBERTS

01 / 1994

Pour agir efficacement en cas de catastrophes naturelles, il faut "une projection exacte du comportement des individus et des organisations face à l’événement", écrit l’UNDRO (Bureau du Coordinateur des Nations-Unies pour les Secours lors de Catastrophes). "L’expérience acquise, que viennent confirmer les études fondées sur les sciences sociales, fait apparaître le contraste marqué qui existe entre, d’une part, l’idée que l’on se fait en général des événements liés au sinistre, idée qui inspire souvent les actions préventives, et d’autre part, ce qui se passe dans la réalité. Le fait qu’une différence existe le plus souvent entre les réactions attendues et la réalité des faits tend toujours à limiter l’efficacité des programmes conçus pour faire face aux catastrophes, d’autant plus que ni le public dans son ensemble, ni les planificateurs, ni les autorités n’ont en général vraiment conscience de l’existence de ce contraste (...).

5 mythes parmi les plus répandus :

Le mythe de la fuite panique :

L’idée que la population sera saisie de panique si elle est confrontée à une menace ou à un danger grave est très largement répandue, mais elle n’est pas confirmée par les faits. Il est plus vraisemblable que les gens préféreront rester sur place, quelle que soit la gravité de la menace qui pèse sur eux, plutôt que de partir, même si cela leur est conseillé. Et lorsqu’ils choisissent de partir devant le danger, ils décident de le faire rationnellement, vraisemblablement par groupes familiaux, et même pendant leur fuite, ils n’hésitent pas à porter assistance à d’autres.

Le mythe du sentiment d’impuissance :

Vivre une catastrophe est très certainement une expérience traumatisante, mais les faits ont montré que, d’une façon générale, les catastrophes les plus graves ne laissent pas les gens privés de tout ressort et impuissants à réagir. Il semble que, le plus souvent, la réaction immédiate des survivants soit de participer directement à des actions positives destinées à répondre aux besoins les plus urgents, à commencer par les opérations de recherche et de sauvetage. Il est rare que les gens restent passifs : ils agissent normalement de leur propre chef et cherchent le plus souvent à aider les autres.

Le mythe du traumatisme paralysant :

Dans une zone frappée par une catastrophe, on peut observer parmi la majorité de la population un état de tension plus ou moins fort, notamment des périodes de dépression et de découragement, une certaine nervosité, des signes de lassitude et d’irritabilité, des pertes d’appétit, des troubles du sommeil, et divers symptômes psychosomatiques (nausées, diarrhées, maux de tête etc.). Mais l’observation et l’expérience montrent que ces réactions n’influent pas profondément sur la détermination et la capacité des individus à prendre des initiatives et à adopter une attitude positive pendant les opérations de relèvement.

Le mythe du comportement antisocial :

Malgré les croyances largement répandues et les discours des médias qui développent l’idée d’une désorganisation sociale laissant le champ libre au chaos et au pillage, les études faites à ce sujet ont montré qu’après des catastrophes, le taux de criminalité a tendance à baisser et non le contraire. S’il est peu probable qu’un cyclone, une inondation ou un tremblement de terre puisse modifier la personnalité de ceux qui manifestent un penchant pour le vol, par exemple, l’expérience prouve que les gens qui ne sont pas enclins à commettre des actes antisociaux en temps normal, ne le seront pas plus après une catastrophe, même si les interdits sociaux les plus évidents semblent avoir disparu. Plutôt que de revêtir un caractère antisocial, les conduites que l’on observe le plus souvent sont inspirées par l’altruisme.

Le mythe de la désintégration de la société :

Contrairement à l’opinion couramment répandue, et bien souvent à la surprise des équipes de sauveteurs, une collectivité frappée par un sinistre sortira plus sûrement de l’épreuve avec un moral stimulé par l’optimisme plutôt qu’accablé de désespoir. Les études réalisées à ce sujet montrent que divers facteurs psychologiques et sociaux se conjuguent pour soutenir le moral des groupes victimes de catastrophes plutôt que de les plonger dans la détresse.

Mots-clés

organisation communautaire, participation populaire, processus d’adaptation, psychologie, cohésion sociale


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Commentaire

Les approches développées ici nous paraissent importantes dans la mesure où elles ne sont pas seulement "théoriques" mais ont fait partie des observations des équipes lors d’interventions d’urgence. Nous avons toujours été marqués par la différence entre ce que l’on nous présentait d’une situation de catastrophe et la réalité du terrain. Les groupes (populations sinistrées)que nous avons pu rencontrer nous ont toujours paru "responsables et lucides" face aux difficultés qu’ils pouvaient rencontrer. L’image de populations qui s’abandonnent à la fatalité et à la volonté de Dieu, particulièrement celle montrée par nos médias, nous a toujours paru comme une sorte de fantasme occidental. Les observations de l’UNDRO, d’Everett Ressler, d’Alain Taylor et de Quarantelli (qui ont travaillé sur ce sujet), sont venues confirmer nos propres observations.

Source

Littérature grise

AUI=Action d'Urgence Internationale, 1994/06

AUI (Action d’Urgence Internationale) - Terrasses Montcalm, 1401 rue Fontcouverte, 34070 Montpelllier, FRANCE - Tél 33 (0) 4 67 27 06 09 - fax 33 (0)4 67 27 03 59 - France - www.aui-ong.org - info (@) aui-ong.org

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