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Suite au tremblement de terre de Mexico en 1985, les sinistrés n’ont pas attendu les secours pour agir

Histoire d’une organisation exemplaire qui contredit le discours sur le rôle irremplaçable des secours officiels

Tom ROBERTS

01 / 1994

Le 19 septembre 1985, la ville de Mexico est victime d’un violent séisme qui fait entre 10 000 et 20 000 morts, plus de 50 000 blessés et laisse sans-abri entre 150 000 et 200 000 familles, soit environ 1 million de personnes. Gustavo Esteva était sur place. Voici son témoignage :

"Le tremblement de terre a frappé le 19 septembre à 7h20. Immédiatement, beaucoup de gens sont sortis pour voir quelle aide ils pouvaient apporter. Certains de notre groupe ont fait de même : sans se concerter au préalable, ils ont pris leur pelle et leur pioche et se sont rendus sur les lieux du désastre.

L’après midi, nous avons eu notre première réunion de groupe. L’objectif était de voir ce que nous pouvions apporter. Dans l’immédiat, nous devions simplement faire ce que des millions de gens étaient en train de faire : participer aux actions de secours. Ce qui nous a impressionné le plus à ce moment là, ce ne fut pas tellement l’héroïsme ou la solidarité, mais la démonstration extraordinaire des capacités d’organisation de tous les gens (...).

Autre élément important de réflexion : on pense généralement -et c’est aussi notre sentiment- que, dans une ville de cette taille et avec les caractéristiques qui sont les siennes, les gens sont devenus totalement dépendants des institutions. Un problème ? On attend que les institutions agissent ; on attend les pompiers, la Croix Rouge, dans la plus grande passivité. Le tremblement de terre nous a démontré que ce n’était pas vrai, que dans cette ville il y avait encore une capacité de convivialité, de solidarité, d’auto organisation extraordinairement vivace."

C’est cette organisation qui débouchera sur la création d’une "coordination", un réseau auquel allait répondre une centaine d’organisations devenant ainsi un véritable mécanisme de coordination entre sinistrés et groupes qui voulaient leur venir en aide. Ainsi "au moment où les autorités sont arrivées, les gens avaient déjà fait une grande partie des choses urgentes, comme l’assistance aux blessés. L’expérience," poursuit Gustavo, "avait au moins démontré qu’il n’était pas utile d’attendre que quelqu’un de l’extérieur vienne prendre en charge les problèmes."

La conclusion de cette histoire est donnée par Gustavo :

"Bien sûr, il y a des choses que les gens ne peuvent faire, et, effectivement, les institutions doivent s’en charger avec leurs équipes et leurs moyens techniques. Mais les choses les plus urgentes et les plus importantes dans ces cas là peuvent être mieux faites par les gens que par les autorités et les institutions ou les professionnels. (...)Les gens inorganisés ont sauvé beaucoup plus de vies que les experts venus de quinze pays étrangers."

Mots-clés

organisation communautaire, participation populaire, catastrophe naturelle


, Mexique, Mexico

Commentaire

Il existe des vérités parfois difficiles à entendre, surtout lorsque nous faisions partie des sauveteurs venus de l’étranger et qui apparaissent, dans l’analyse de Gustavo, comme "secondaires" dans l’action d’urgence. Mais nous acceptons volontiers ce discours. Il nous parait important, en effet, à partir de la phase dite d’"urgence", de cibler les potentiels locaux, les initiatives populaires et les projets des associations concernées et de les soutenir. Cette démarche nous paraît plus pertinente que celle qui consisterai à entreprendre des actions conçues "hors contexte" inadaptées aux réalités du terrain.

Précisons quand même que si la population reste la force la plus importante dans les opérations immédiates, certaines interventions de l’extérieur trouvent leur utilité par la dynamique engendrée à travers la rencontre. Celle-ci peut se concrétiser par des actions à moyen ou à long terme.

Source

Littérature grise

AUI=Action d'Urgence Internationale, 1992/06

AUI (Action d’Urgence Internationale) - Terrasses Montcalm, 1401 rue Fontcouverte, 34070 Montpelllier, FRANCE - Tél 33 (0) 4 67 27 06 09 - fax 33 (0)4 67 27 03 59 - France - www.aui-ong.org - info (@) aui-ong.org

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