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Exemple de cinq idées préconçues qui altèrent l’image des réalités post-catastrophe et qui, de ce fait, impliquent une aide inadaptée, voire parasitaire

Tom ROBERTS

01 / 1994

La première de ces idées reçues veut que lors d’une catastrophe, les populations locales soient paralysées par la panique, les populations menaçant de se révolter et de mettre le pays à sac. La réalité, en fait, est tout autre. Au Mexique, par exemple, plus de 50 000 volontaires entreprirent de travailler jour et nuit pour dégager les victimes ; les problèmes bureaucratiques habituels s’évaporèrent ; et, de manière plus générale, l’élan de solidarité des populations directement affectées annula, et de loin, les quelques abus qui se produisirent.

La seconde de ces idées reçues veut que les blessés soient laissés sans soin faute de personnel médical, de médicaments et matériel de chirurgie. La réalité est plus complexe bien sûr. Des pays tels que l’Union Soviétique, le Mexique, la Colombie l’Inde et bien d’autres disposent d’un nombre impressionnant de médecins très bien formés. A l’époque du tremblement de terre de Mexico, en 1985, il y avait dans cette capitale 20 000 médecins (donc davantage qu’il n’y avait de blessés!), 32 000 infirmières et 110 hôpitaux. En dépit du fait que le séisme avait détruit 3 894 lits d’hôpitaux, le taux d’occupation des établissements restés intacts ne dépassa jamais durant cette période 90%. C’est pourquoi les antennes chirurgicales, les hôpitaux mobiles et tout le matériel médical aéroporté depuis l’étranger restèrent sans usage.

Il faut se rendre compte que quelle que soit l’ampleur de la catastrophe, seuls les services de santé locaux et nationaux sont à même de réagir en temps utile, c’est à dire pendant les premières heures critiques pour les actes médicaux de survie. L’efficacité de ces actes dépend beaucoup de la qualité de la planification du désastre, très peu de l’assistance improvisée de l’extérieur. Cette évidence, les « médecins de catastrophe » des pays industrialisés ont de la peine à l’accepter, convaincus qu’une technologie importée, même tardivement peut pallier les déficiences inévitables des systèmes de santé locaux. Elle explique également pourquoi les pays européens ne pourront jamais participer de façon autre que symbolique aux premiers soins médicaux lors de catastrophes en Amérique Latine, par exemple.

Troisième idée reçue : les grandes catastrophes soudaines déboucheraient inévitablement sur des épidémies meurtrières. Des enquêtes sérieuses ont montré qu’à l’exception d’une aggravation du paludisme quelques mois après certaines grandes inondations, aucune épidémie massive (de typhoïde, de gastro-entérite ou d’autres maladies infectieuses) ne s’est jamais produit après une grande catastrophe géologique. La présence d’innombrables cadavres humains ou de carcasses animales cause certes des traumatismes sociaux et culturels mais jamais les épidémies qu’à l’étranger le public imagine.

Sans doute ne faut-il pas trop simplifier non plus : en cas de catastrophe, le risque de contamination des systèmes d’approvisionnement d’eau est réel. Mais les mesures de contrôle que prennent alors les services d’hygiène, combinées aux mesures d’information publique, peuvent paradoxalement rendre le milieu plus sûr en période de désastres qu’en période « normale » ! Il est donc inutile de lancer ces campagnes de vaccination d’urgence qui font les délices des organisations de volontaires. Mal organisées et mal surveillées, elles peuvent même être nocives.(…)

Quatrième idée reçue : les cataclysmes entraîneraient à brève échéance une pénurie alimentaire. Sans doute une catastrophe naturelle d’origine climatologique peut-elle entraîner une disette dans les pays à agriculture de subsistance précaire. Lors de séisme ou d’éruption, la vraie difficulté est de maintenir ouverts les réseaux locaux de distribution des stocks existants, de fournir des ustensiles de cuisine, du combustible ménager ou, plus prosaïquement encore de l’argent pour acheter des vivres ! L’importation urgente d’aliments périssables ou non, par vols spéciaux qui coûtent les yeux de la tête, loin d’aider à résoudre ces questions pratiques immédiates, ne fait qu’encombrer un peu plus les centres locaux où l’aide étrangère est réceptionnée et triée.

Cinquième idée reçue enfin : lors d’une catastrophe, la seule solution serait de regrouper les populations sans-abri dans les centres d’hébergement tels qu’écoles ou surtout, camps de tentes. (…) Les autorités jamaïquaines ont compris à la suite de l’ouragan Gilbert que la création d’un village de toile coûte cher et fait négliger des dons qui permettraient des solutions durables, tels que bois, clous etc. (…)

Quant à la promiscuité qu’entraînent de tels camps, elle est non seulement néfaste d’un point de vue sanitaire (une famille en zone subtropicale court moins de risques de contagion en demeurant, fût-ce de manière précaire, sur son propre lopin de terre), mais se révèle en outre très impopulaire parmi les sinistrés de classe moyenne, anxieux de rester près de leurs quelques possessions.

Mots-clés

catastrophe naturelle, participation populaire, organisation communautaire, santé publique, équipement collectif, système de représentation culturelle


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dossier

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Commentaire

Il va sans dire que ces remarques, pour sévères qu’elles puissent paraître, ne sont nullement une condamnation de l’aide internationale. Il ne s’agit donc point de réduire cette aide, mais de la rendre plus efficace. Une efficacité qui dépend au premier chef, la chose est évidente, des acteurs, tant étrangers que locaux, intervenant dans les opérations de secours.

L’auteur de ces réflexions, Claude de Ville de Goyet, a essentiellement travaillé à partir de ses observations de terrain en tant qu’expert de l’Organisation Mondiale de la Santé.

Source

Littérature grise

AUI=Action d’Urgence Internationale, 1992/06

AUI (Action d’Urgence Internationale) - Terrasses Montcalm, 1401 rue Fontcouverte, 34070 Montpelllier, FRANCE - Tél 33 (0) 4 67 27 06 09 - fax 33 (0)4 67 27 03 59 - France - www.aui-ong.org - info (@) aui-ong.org

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