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Un projet a priori innocent peut révéler des enjeux insoupçonnés et des implications importantes pour les bénéficiaires

Cas du forage d’un puits au Burundi

Tom ROBERTS

01 / 1994

Creuser un puits paraît, pour la plupart des ONG, une question de bon sens. La logique en question est simple : il n’y a pas d’eau ? Il est nécessaire de marcher des heures pour s’approvisionner ? La solution est simple : le mieux-être qu’implique le développement passe, dans ce cas, par le forage d’un puits. Quoi de plus innocent ?

Mais les conséquences s’avèrent souvent plus nuancées.

L’approvisionnement en eau s’inscrit, tout au long des générations, dans les structures socio-culturelles des populations concernées. Autour de cet acte s’est tissé tout un système de fonctionnement social. Dans ce contexte, toute modification de cet approvisionnement modifie de fait les structures communautaires et, si l’on convient que des changements à ce niveau sont inévitables et indispensables pour permettre le développement, une réflexion est nécessaire sur les conséquences, leurs effets indésirables ou au contraire, sur les bénéfices possibles.

Les volontaires d’une ONG travaillant au Burundi, le Soci Costruttori, travaillaient depuis longtemps dans la région. Ils avaient l’avantage de connaître les populations et de maîtriser, à un certain niveau, la communication avec ces derniers.

Il apparût qu’un puits serait bénéfique pour le village. Le besoin en fut exprimé par les hommes qui soulignaient que l’approvisionnement en eau occupait plusieurs heures dans l’emploi du temps des femmes.

La décision de creuser ce puit aurait débouchée rapidement sur la réalisation pratique si les volontaires n’avaient pas voulu s’assurer de l’aval complet de la population.

En effet, les femmes semblaient beaucoup plus réticentes. Une brève enquête mit en évidence les structures sociales liées à l’approvisionnement en eau.

Le village en question était musulman et polygame. Les hommes avaient donc plusieurs femmes et l’approvisionnement en eau était confié à l’une d’entre-elles... Cette tâche représentait un véritable rôle social.

Durant le trajet s’établissait entre les femmes des liens de communication, un peu à l’image des réunions qui existaient dans nos lavoirs de village en Europe. Supprimer cette tâche revenait donc à réduire le rôle de celles qui l’assumaient.

De leur côté, les hommes y voyaient la possibilité d’occuper d’avantage les femmes dans les travaux quotidiens, notamment agricoles. Ils trouvaient là l’occasion d’augmenter leurs revenus, voire de prendre une nouvelle femme.

Face à ce dilemme, les volontaires du Soci Costruttori décidèrent d’entreprendre néanmoins la construction d’un puits, mais à l’extérieur du village, près d’un dispensaire. Il fut décidé de construire à proximité un foyer pour les femmes, lieu de réunion, lieu de parole. Ainsi les femmes conservaient leur statut social et il était ainsi possible de mettre en place d’autres programmes, comme l’éducation hygiénique et sanitaire etc...

Mots-clés

communauté paysanne, culture populaire, eau, évolution culturelle et changement social, interdépendance culturelle, modèle culturel, participation populaire, dimension culturelle du développement, culture et développement, tradition


, Burundi

Commentaire

Quel que soit l’objet de notre intervention en tant qu’acteurs exogènes, elle aura toujours un impact qui dépassera le simple "bienfait" que nous recherchons initialement. Plus un projet sera conçu "hors-contexte" et plus les implications échapperont à notre volonté de départ. Nous voyons à travers l’exemple du puits au Burundi la nécessité de prendre en compte le contexte culturel local et d’associer les populations concernées à l’ensemble des démarches nécessaires à la réalisation du projet. Ignorer cette approche, c’est risquer de provoquer des crises locales dont les effets annuleront de loin les avantages recherchés à travers le projet.

Source

Littérature grise

ROBERTS, Tom, AUI=Action d'Urgence Internationale

AUI (Action d’Urgence Internationale) - Terrasses Montcalm, 1401 rue Fontcouverte, 34070 Montpelllier, FRANCE - Tél 33 (0) 4 67 27 06 09 - fax 33 (0)4 67 27 03 59 - France - www.aui-ong.org - info (@) aui-ong.org

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