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Comment un projet visant le développement de l’élevage de cochons d’Inde en Equateur a échoué parce que les intervenants exogènes ont négligé de prendre en compte le contexte culturel

Tom ROBERTS

01 / 1994

Dans une intervention lors du colloque ORSTOM-CNRS "L’Anthropologie face aux Transformations des Sociétés Rurales, aux Politiques et aux Idéologies du Développement," Eduardo P. Archetti, de l’Institut d’Anthropologie Sociale de l’Université d’Oslo exposa le cas d’un projet visant à développer l’élevage de cochons d’Inde en Equateur.

Ce projet, soutenu par la Banque Mondiale, visait les populations paysannes , et notamment les femmes, qui détenaient déjà un savoir-faire important. Le programme visait une croissance de la productivité et de la production des cochons d’Inde, ce qui impliquait d’une part plus d’animaux pour la consommation interne et, d’autre part, un surplus qui pouvait être vendu sur le marché local et régional. Un succès éventuel "pouvait amener un meilleur apport en protéines pour la famille rurale, tout en augmentant les revenus financiers, ceci dans un contexte où l’argent est une denrée rare."

Pour avoir toutes les chances d’aboutir, les responsables firent appel à des spécialistes et des experts confirmés : "Des équipes intégrées avec des agronomes, des experts vétérinaires ainsi que des extensionnistes se sont mis au travail sur l’adaptation d’une technologie appropriée..."

Et pourtant, le projet se solda par un échec ! "Après presque trois ans, moins de vingt femmes avaient adopté la nouvelle technologie.(...)l’équipe était très déçue..."

Le Ministère de l’Agriculture décida alors qu’il était nécessaire de procéder à une analyse des "dimensions culturelles" et fit appel à des chercheurs anthropologues afin de découvrir les failles du système. Les conclusions de cette équipe ont soulevé l’importance du sens symbolique et social des cochons d’Inde.

A travers un certain nombre de considérations partant du fait qu’il existe une différence entre "food" et "feed" (nourriture et alimentation), les chercheurs découvrirent que derrière le cochon d’Inde il y avait de multiples références aux tabous, cérémonies diverses, événements sociaux, religieux et curatifs... Le cochon d’Inde ne se consommait pas -ne pouvait pas se consommer- n’importe où et dans n’importe quelles conditions / situations. Il s’agissait plutôt d’une nourriture "extraordinaire".

Mots-clés

changement culturel, communication, culture populaire, échec, histoire du développement, interdépendance culturelle, modèle culturel, participation populaire, dimension culturelle du développement, innovation, culture et développement, culture et technique, résistance au changement


, Équateur

Commentaire

Le problème de départ, et qui se retrouve sans cesse à travers de tels exemples, serait une sorte de "déphasage" dans le processus de communication voire l’ignorance des implications de la dimension interculturelle. Plus grave encore, la culture de l’autre n’est pas seulement ignorée, elle est aussi -souvent- considérée comme un obstacle au développement. L’analyse d’Archetti souligne que "si la "tradition" est un obstacle au changement et à la modernisation, une des implications des projets de développement est de casser la tradition et les valeurs qui freinent l’intégration (l’acceptation)d’une croissance économique."

Ce fossé qui sépare deux façons de penser, deux perceptions différentes du monde, est à l’origine de bon nombre de décalages pouvant mener à des échecs tel que celui des cochons d’Inde.

Source

Littérature grise

ROBERTS, Tom, AUI=Action d'Urgence Internationale

AUI (Action d’Urgence Internationale) - Terrasses Montcalm, 1401 rue Fontcouverte, 34070 Montpelllier, FRANCE - Tél 33 (0) 4 67 27 06 09 - fax 33 (0)4 67 27 03 59 - France - www.aui-ong.org - info (@) aui-ong.org

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