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Aspects pratiques de la coopération entre le Haut Commissariat aux Réfugiés et les ONG

Shirley DE WOLF

10 / 1994

« Nous sommes arrivés du Mozambique en 1984. Il y avait des combats dans notre région et même le prêtre a dû partir. Puis ils ont brûlé les maisons et nous nous sommes enfuis. Deux de nos enfants sont morts. Après être restés dans un autre village pendant un mois nous avons pensé que le Zimbabwe était la seule solution. A Guro (Mozambique)on nous a donné de la nourriture. Puis un camion nous a laissé près de la frontière et nous avons marché. L’armée nous a transféré vers le camp de Nyancombe où nous vivons depuis maintenant dix ans. Nous sommes reconnaissants au Zimbabwe de nous aider, mais ils nous traitent comme des enfants. Nous ne sommes pas comme ça. " (Témoignage de la famille Tzenze au camp de Nyangombe, Zimbabwe).

L’expérience vécue par cette famille est celle de nombreux Africains. On peut noter dans ce témoignage plusieurs choses : cette famille n’a pris le chemin de l’exil qu’après avoir perdu sa maison; elle s’est d’abord adressée aux voisins et aux villageois; l’institution qui pouvait mieux les aider, l’Eglise, s’est retrouvée aussi vulnérable qu’eux. Avant leur arrivée dans un camp au Zimbabwe, les Tzenze n’avaient eu aucun contact avec des ONG ou autres agences. Le premier soutien est venu de leur gouvernement et de l’armée du Zimbabwe, capables d’opérer là où les ONG n’osaient pas. Les dix ans passés dans un camp ont créé une dépendance.

Examinons à présent trois questions liées à notre partenariat. 1. Qui est mieux placé pour offrir une aide aux personnes déplacées à l’intérieur d’un pays et aux réfugiés et quelle doit être cette aide ? : au vu de cette histoire on peut dire que la structure de soutien s’établit en cercles concentriques. Au centre, les déplacés et réfugiés, qui sont les plus aptes à défendre leurs droits. Un proverbe au Mozambique dit : « dans la crise fait confiance à tes propres pieds ». Sinon, fait confiance en ceux qui partagent ta vulnérabilité. Les voisins sont les premiers à apporter de l’aide et ils en paient toujours le prix. Leur rôle, comme celui des groupes locaux, est trop souvent minimisé.

Le gouvernement, les représentants des ONG sur le terrain et l’armée sont un bon moyen de soutien pour les déplacés. L’efficacité de notre travail dépend de la coopération et de la confiance mutuelle déployée à ce niveau entre ces trois sphères. Mais si la coopération entre ONG et autres agences gouvernementales est essentielle, il existe un risque de fermeture, comme celui de ne plus écouter suffisamment les victimes.

2. Quelles sont les limites pratiques du partenariat ? : les ONG locales travaillent souvent plus avec le gouvernement de leur pays. Lorsque celui-ci viole les droits de l’homme, les ONG locales ont besoin de soutien. Les gouvernements ayant signé des accords avec les agences internationales délaissent souvent les ONG locales qui deviennent un obstacle à la coopération. Il existe également un problème lié à l’aide matérielle dans la mesure où le HCR doit établir un plan financier détaillé et souvent rigide avant même que les communautés de soutien locales aient eu le temps d’établir leurs propres plans selon leurs besoins.

3. Comment le « PARinAC » (Partenariat en action)peut-il échelonner les différents niveaux de soutien de façon à apporter une aide plus intégrée aux personnes déplacées à l’intérieur et aux réfugiés ?: l’action du « Partenariat en action », qui est un processus de consultation entre le Haut commissariat aux réfugiés (HCR) et les ONG, devrait toujours se situer en aval des initiatives des déracinés. Voici quelques thèmes de réflexion :

- l’information : l’expérience montre qu’elle peut donner lieu à des distorsions. Les déracinés n’ont pas confiance dans les communiqués officiels. Les équipes de terrain sont souvent désinformées. Quelles idées fausses devons-nous éliminer pour nous ouvrir à l’information que les autres peuvent nous fournir ? Comment nous entraider pour avoir accès à l’information dont chacun de nous a besoin à différents niveaux ?

- Politique et prise de décision : le HCR doit indiquer dans quelle mesure il peut déléguer ses pouvoirs. En revanche, la promotion et la protection des droits de l’homme ne peuvent être déléguées à un organisme international. Nous devons définir quelles sont les décisions concernant la protection des droits de l’homme relevant des organismes internationaux et vis à vis desquelles nous devons assumer une plus grande responsabilité. Quelles sont les décisions qui doivent relever du HCR dans l’esprit du PARinAC ?

- Ressources matérielles et financières : en l’absence d’accords signés, la relation opérationnelle des ONG avec le HCR n’est pas claire. Les communautés locales ne doivent pas être ignorées. Ainsi la récolte de maïs au Mozambique après la guerre a été abondante, mais les excédents sont en train de pourrir. A quel niveau le gâchis de matériel et de fonds se produit-il au sein de nos programmes de soutien ?

- Compétence et acquisition d’expérience : il y a quelques années une équipe du gouvernement zimbabwéen a constaté avec plaisir que des habitants du Mozambique rentrés chez eux utilisaient les connaissances acquises au Zimbabwe. En même temps, ces habitants critiquaient le fait qu’ils avaient été utilisés. Quelles compétences peuvent offrir les ONG locales et les communautés de soutien au HCR ? Quelles compétences aux yeux des ONG locales et des communautés de soutien, le HCR devrait-il partager plus ouvertement ?

Selon le document de référence sur les relations entre le HCR et les ONG, le partenariat est « un moyen d’utiliser au maximum les ressources et les compétences … afin de fournir les services adéquats aux réfugiés. » Si le PARinAC ne parvient pas à nous rendre plus accessibles aux populations directement concernées, nos efforts resteront inutiles.

Mots-clés

réfugié, droits humains, Etat et société civile, ONG, évaluation


, Afrique, Mozambique

dossier

Expériences et réflexions sur la reconstruction nationale et la paix

La Déclaration Universelle des Droits de l’Homme et les nouveaux défis du XXIe siècle

Notes

Fiche résumée et traduite de l’anglais. Son auteur est coordinatrice du Service Réfugiés de l’Association « Christian Care » au Zimbabwe. Cet article a été rédigé à l’occasion d’une Conférence tenue en mars 1994 dans le cadre du PARinAC (« Partnership in Action », Partenariat en action), qui est un processus de consultation entre le Haut Commissariat aux Réfugiés des Nations Unies et les Organisations Non-Gouvernementales.

Fiche rédigée à partir d’un document envoyé suite à l’appel international à contribution lancé par la FPH pour l’organisation de la rencontre internationale sur la reconstruction du Rwanda (Kigali, 22-28 octobre 1994) co-organisée par la FPH et le CLADHO (Collectif des Ligues et Associations de défense des Droits de l’HOmme).

Source

Articles et dossiers

Refugees Studies Program university of Oxford in. Refugees Program Network, 1994/08 (ROYAUME UNI)

CHRISTIAN CARE - En raison de l'ancienneté de cette fiche, l'adresse du producteur n'a pu être retrouvée

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