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Un exemple de formation aux affaires publiques : l’Ecole de gouvernement de Sao Paulo

Angela KLINK

10 / 1994

L"Ecole de Gouvernement » (Escola de Governo) a été créée en 1992 à l’initiative de Fabio Konder Comparato, professeur titulaire de la faculté de droit de l’université de Sao Paulo pour combler une grave lacune dans le système éducatif brésilien concernant la formation du personnel habilité à exercer les plus hautes charges de direction politique.

L’Ecole de gouvernement n’exige ni diplômes supérieurs ni accumulation de mandats sélectifs de la part de ses étudiants, mais plutôt qu’ils démontrent une aptitude à l’exercice de fonctions gouvernementales. Parmi les 56 élèves de la première promotion, il y a des médecins, de hauts fonctionnaires, des chefs d’entreprise, des dirigeants syndicaux, indépendamment du niveau de formation et des convictions idéologiques.

L’Ecole ne se veut pas une école d’administration publique. « L’Ecole n’a aucune saveur académique » affirme Me Comparato. Pour Maria Victoria Benavides, membre du Conseil pédagogique, une personne qui a le sens de l’Etat ne se confond pas avec un membre du gouvernement : « la première est capable de juger et de décider en toutes matières de gouvernement. Le second limite son action au domaine administratif qui est le sien ».

La méconnaissance du contexte national est l’une des caractéristiques des politiciens brésiliens. Chercher à combler ces lacunes est l’un des principaux objectifs de l’Ecole de Gouvernement. Autour de ce projet, le conseil pédagogique a rassemblé quelques-uns des meilleurs spécialistes brésiliens en économie, en droit, en histoire, en santé publique, en éducation et, logiquement, en politique.

Le programme du cours a comme ligne directrice la formation de dirigeants pour un développement national réel. Il se déroule sur deux semestres, avec 4 heures de cours hebdomadaires. Le premier semestre est organisé en trois modules où sont étudiées les notions essentielles à toute décision politique, à savoir:

  • l’organisation politico-administrative;

  • l’organisation économique et financière;

  • les relations internationales.

Pour chacun de ces modules, après les notions générales, le cours est centré sur les principaux problèmes que le Brésil doit affronter. L’étude de ces problèmes est conduite de manière interdisciplinaire, la prise de décisions ne pouvant se faire qu’à partir d’une connaissance globale de la réalité et sachant que ses effets ne se limitent pas à un secteur unique de la vie sociale. Les cours sont suivis de débats avec des décideurs. Le second semestre est consacré à la formation des élèves dans la formulation de politiques publiques. Après une discussion sur les éléments théoriques correspondant à la décision politique, quelques-unes des principales politiques concernant le développement national sont sélectionnées. Les élèves, réunis par groupes, sont orientés pour l’étude de la réalité brésilienne dans le secteur considéré, dans la perspective de l’élaboration de programmes d’action gouvernementaux adéquats.

« Pour être gouvernant, il faut savoir que, pour construire une cathédrale, il ne suffit pas de s’y entendre en matière de sable et de ciment », estime l’ingénieur et administrateur Luiz Alfredo Falcao Bauer, l’un des élèves de l’Ecole qui travaille depuis 12 ans à la socialisation des bidonvilles de Sao Paulo. Quand il s’est adressé à l’Ecole, il cherchait notamment à élargir les bases d’une action communautaire plus efficace. Il a présenté à l’Université de Sao Paulo un projet d’urbanisation d’un bidonville localisé sur un terrain de l’université. Le recteur de l’université ne s’est pas intéressé à ce projet. Aujourd’hui, c’est M. Bauer qui est à la tête de l’association des habitants du bidonville…

Malgré une expérience parlementaire de vingt ans, le député d’Etat Edinho Araujo, qui préside la commission Constitution et Justice de l’assemblée législative de Sao Paulo, cherchait à actualiser sa conception de l’action publique. Il a terminé le cours avec la conviction qu’il avait élargi sa vision politique au-delà des frontières de son Etat : « Je ne suis plus régionaliste. Aujourd’hui je peux réfléchir et prendre des décisions, sûr de mieux comprendre le contexte national ». « Les solutions à la situation du pays ne relèveront jamais du miracle. L’éthique ne s’apprend pas non plus dans une salle de cours. Mais (…)nous entendons mettre un terme à des affirmations cassantes telles que : « Je vais en finir d’un seul coup avec l’inflation »… (Goffredo da Silva Telles, président du conseil pédagogique del’Ecole).

Mots-clés

administration publique, éthique du service public, formation de cadres, conception de l’État, responsabilité citoyenne, éducation et changement social, culture et développement


, Brésil

dossier

Expériences et réflexions sur la reconstruction nationale et la paix

Notes

Angela KLINK, l’auteur de l’article, est une journaliste brésilienne travaillant pour l’hebdomadaire « Istoe ».

Fiche rédigée à partir d’un document envoyé suite à l’appel international à contribution lancé par la FPH pour l’organisation de la rencontre internationale sur la reconstruction du Rwanda (Kigali, 22-28 octobre 1994) co-organisée par la FPH et le CLADHO (Collectif des Ligues et Associations de défense des Droits de l’HOmme).

Source

Articles et dossiers ; Présentation d’organisme

KLINK Angela, {Un exemple de formation au sens des affaires publiques : l’école de gouvernement de Sao Paulo} in. DIAL, 1993/02/11, 1751

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