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dialogues, propositions, histoires pour une citoyenneté mondiale

La reconstruction à travers le travail éducatif dans un contexte de violence civile et politique

Carlos ALDANA MENDOZA

10 / 1994

L’expérience de l’Eglise catholique guatémaltèque en matière de travail social se situe dans un contexte où se produisent les violations des droits de l’homme les plus graves du continent américain. Le Guatemala enregistre le plus grand nombre de morts, de disparitions, de tortures, et d’incendies de villages entiers, qui sont parfois totalement détruits. Il connaît le conflit interne armé le plus ancien et sanglant d’Amérique.

Dans ce contexte de mort, de peur et de silence, il était impossible il y a quelques années encore, de parler ouvertement de nos activités et de réaliser notre travail actuel. Le développement de notre travailconjointement aux activités de défense des droits de l’homme n’a pas été facile, non seulement à cause de notre manque d’expérience, mais aussi à cause du lourd héritage de la culture de mort et de peur qui nous entoure et qui, surtout, vit en chacun denous.

Un certain nombre de leçons peuvent être tirées de notre travail pour la reconstitution de la société civile :

1. Tout travail de développement ou ayant des incidences sur la société doit jouer un rôle d’intégration. Par exemple, dans la lutte pour les droits de l’homme, nous avons essayé de ne pas nous limiter à la simple dénonciation ou à l’assistance juridique. Nous traitons des aspects juridiques, informatifs et éducatifs comme un TOUT, un seul projet au service de la population. Cela signifie que lorsque nous parlons de satisfaction des besoins et de reconstruction de notre société, nous ne parlons pas seulement de reconstruction sociale et politique, mais aussi de reconstruction économique et surtout humaine, tant au niveau de l’individu et de la collectivité.

2. Un des axes thématiques les plus importants du travail éducatif et juridique est celui relatif à l’estime de soi. Nous savons très bien que ce n’est qu’en apprenant à se respecter que les personnes et les collectivités peuvent commencer à sentir qu’elles jouent un rôle important dans l’exigence que l’Etat assure la satisfaction de leurs besoins et la jouissance de leurs droits et dans la contribution en idées, engagements et actions pour la reconstruction sociale.

3. L’effort de réconciliation est considérablement affaibli lorsqu’il n’est pas fondé sur la justice et l’établissement de la vérité. C’est pourquoi, même si nous prônons que la justice n’est pas la vengeance, nous soulignons que le pardon ne peut exister sans que la vérité soit pleinement rétablie et que les responsabilités de chacun soient reconnues. Il faut donc éduquer la population à la réconciliation, sans vider cette réconciliation de son contenu.

4. Le travail effectuée avec les organisations de base est fondamental. Un bilan de cette collaboration nous permet de dégager plusieurs points :

- il est nécessaire d’identifier et de renforcer toute instance ou possibilité d’organisation des populations (peu importe si elles sont conformes à ce qui est établi), en cherchant par exemple à appuyer les organisations populaires alternatives;

- il faut renforcer l’importance du rôle joué par la population civile à tous les niveaux, aussi bien dans la prise de décision, dans les actions et dans les évaluations;

ne pas sacrifier la qualité pour la quantité; autrement dit, peu importe la quantité des participants, ce qui importe c’est la qualité de leur formation;

- donner la priorité à la formation des personnes et des organisations de base, tout en créant des réseaux entre elles;

5. L’apport de l’Eglise

- l’Eglise travaille à la transformation sociale. Ceci demande une grande indépendance critique : cela implique de dénoncer toute infraction, sans sélectivité ou omission en fonction de l’auteur, et de proposer des lignes générales d’action.

- le rapprochement entre la hiérarchie et la base de l’Eglise dans notre pays constitue une des réussites de notre travail. La cohésion nous a donné de plus grandes possibilités d’influence et de pression sur le pouvoir et auprès de la base sociale.

- pour contribuer à ces efforts sociaux, l’Eglise travaille selon ses possibilités mais pas uniquement pour elle. Ainsi, la lutte que nous avons menée a inclue des personnes et des groupes qui ne faisaient pas forcément partie de l’Eglise. L’athéisme ou tout autre type de conviction n’empêche nullement un travail commun.

- le rôle et l’apport des laïcs constituent un aspect social crucial. L’Eglise ne peut s’ancrer effectivement et amplement dans le tissu social que dans la mesure où des laïcs, faisant partie de l’Eglise, participent à la reconstruction sociale. Les laïcs doivent s’efforcer de catéchiser et de former les évêques, religieux et religieuses.

- L’enseignement de l’Eglise aide à la reconstruction sociale, la formation et la réconciliation s’il parvient à opérer une synthèse véritable entre la doctrine religieuse et la vie objective et matérielle de son entourage.

Mots-clés

reconstruction nationale, société civile, culture de violence, éducation à la paix, église


, Guatemala

dossier

Expériences et réflexions sur la reconstruction nationale et la paix

Notes

L’auteur de la fiche est le directeur du Bureau des Droits de l’Homme de l’Archevêché du Guatemala. Les services sociaux de l’Archevêché comprennent trois autres bureaux : programmes et projets, assistance sociale et migrations.

Texte traduit de l’espagnol.

Fiche rédigée à partir d’un document envoyé suite à l’appel international à contribution lancé par la FPH pour l’organisation de la rencontre internationale sur la reconstruction du Rwanda (Kigali, 22-28 octobre 1994)co-organisée par la FPH et le CLADHO(Collectif des Ligues et Associations de défense des Droits de l’HOmme).

Source

Texte original

Arzobispado de Guatemala Oficina de Derechos Humanos - 6a.calle 7-70, zona 1, 01001Ciudad de Guatemala, GUATEMALA - Tel. : (502) 2285-0456 - Guatemala - www.odhag.org.gt - ddhh (@) odhag.org.gt

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