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Pour une nouvelle politique d’aide en faveur d’un développement durable au Rwanda

Jean Pierre GONTARD

10 / 1994

Le Rwanda a été un des pays de concentration de la coopération au développement (aide publique ou privée)en Afrique, au point que certains le présentait comme le « pays des mille et un coopérants ».

Fin septembre 1994, plus de 400 projets d’aide humanitaire financés à partir des pays de l’Union européenne avaient été recensés, faisant passer le Rwanda d’une dépendance de la coopération à la dépendance de l’aide d’urgence. Il est évident que le Rwanda n’est pas en mesure d’imposer ses conditions aux bailleurs potentiels. De leurs côté, ceux-ci imposent de plus en plus de conditions en échange de leurs programmes de développement. L’aide d’urgence est délivrée sans poser trop de questions, mais également sans trop réfléchir. D’une façon générale, l’opinion publique des principaux pays donateurs est de plus en plus sceptique quant à l’efficacité de la coopération au développement et de plus en plus favorable à un transfert vers l’aide d’urgence et l’aide humanitaire.

1. Quelle aide ?

Les besoins en aide d’urgence sont immenses. Sont-ils couverts ? Les besoins non alimentaires sont-ils aussi bien couverts que les autres ? Quelle proportion des secours est-elle inadaptée ? 20 %, 30 % ou plus ? Les secours vont-ils durer jusqu’au rétablissement des conditions normales ? Vont-ils se concentrer sur les réfugiés de l’extérieur au détriment des déplacés de l’intérieur et des réfugiés déjà de retour chez eux ? L’aide d’urgence se fait-elle à travers des canaux nationaux ou à travers des structures ad hoc créées par les donateurs ? Toutes ces questions sont classiques. Elles restent pertinentes dans le cas de la région des Grands Lacs.

Peut-on concilier aide humanitaire à court terme et coopération à la reconstruction et au développement dans le cas particulière du Rwanda ? Rarement une catastrophe d’origine naturelle n’a créé autant de destructions en hommes et en biens que celle qui s’est abattue sur le Rwanda, provoquée par l’homme. Il est bon de se poser la question : peut-on aider rapidement et efficacement sans détruire les acquis précédant la catastrophe : responsabilisation et autonomie, bonne gestion, technologies adaptées aux conditions locales, etc.. Mais que reste-il des Banques Populaires ? Que reste-t-il des ONG de développement local ? Où sont les animateurs et les techniciens agricoles ? Peut-on encore parler de préserver l’existant utile et ce qu’il en reste ou faut-il tout reconstruire ?

2. D’un modèle paternaliste à un modèle partenarial

Les agences étrangères actives en octobre 1994 dans la région sont-elles prêtes à abandonner un modèle facile : activité à efficacité immédiate, grande visibilité, contrôle jusqu’au bout de la chaîne, nombreux volontaires étrangers, en un mot le modèle paternaliste ? Sont-elles prêtes à chercher d’autres modèles qui permettent de renforcer la capacité locale des institutions publiques ou privées ? Le gain d’efficacité et d’autonomie à moyen terme serait considérable. Le modèle partenarial a pu être mis en oeuvre sur une petite échelle dans d’autres régions du monde. Il va servir de base à l’aide d’ONG européennes à la reconstruction et à la réconciliation en Haïti.

3. Trois axes de réflexion

A) L’auto-promotion populaire et la bonne gestion des affaires publiques : pourrait-on diversifier davantage les partenaires de l’aide et concentrer les efforts sur l’appui à l’émergence d’un société civile économiquement et politiquement forte, capable de devenir l’interlocuteur incontournable des autorités ? Pourrait-on confier des moyens de travail et des responsabilités à des programmes d’auto-promotion populaire répartis dans toutes les régions du pays sans attendre que les conditions soient devenues tout à fait normales ?

Pourrait-on encourager les agences d’aide à soutenir des programmes de structures publiques ou privées dont dépend le respect de l’état de droit et des droits de l’homme par des mesures positives : par exemple des programmes de formation rapide pour l’administration territoriale, l’appareil policier et judiciaire, les ONG actives dans la protection des individus,… ?

B) La participation au dialogue de groupes porteurs d’espoir : pourrait-on favoriser la participation au dialogue de groupes porteurs d’espoir, comme par exemple les jeunes, les femmes qui peuvent continuer à jouer un rôle essentiel d’apaisement ? La création d’espaces d’expression populaire, de courants d’opinion, de réflexion sur des projets de société, pourrait diminuer la polarisation de la vie politique autour des ethnies et diminuer les frustrations des gens exclus des débats.

C) Les échanges entre les sociétés civiles de la région : peut-on obtenir des moyens pour favoriser les contacts entre associations de même nature actives dans la région (Rwanda, Nord et Sud Kivu, Burundi, Ouganda, Tanzanie) ? Les sociétés nationales souffrent d’isolement et parfois de nombrilisme. Elles ont tendance à se fermer et à ignorer les exemples de leurs voisins, maintenant plus que jamais. La sérénité et l’efficacité des sociétés civiles du Kivu, d’Ouganda, de l’Ouest de la Tanzanie sont exemplaires. Leur rôle stabilisateur lors de l’arrivée des réfugiés a été remarquable. Elles pourraient jouer un plus grand rôle dans la reconstruction et la réconciliation régionale au Rwanda comme au Burundi. Il faudrait favoriser les contacts et les échanges dans l’esprit du séminaire d’Aberdare au Kenya organisé, en août 94, par trois ONG africaines : Synergies, IRED et PREFED ?

Mots-clés

passage de la guerre à la paix, paix et développement, prospective, politique de développement, société civile


, Rwanda

dossier

Expériences et réflexions sur la reconstruction nationale et la paix

Notes

Fiche rédigée par l’auteur sur la base des recherches du groupe de travail sur l’aide internationale au Rwanda, mis en place par l’IUED et en particulier, de Daniel Fino et Jean-Eudes Beuret. L’auteur de la fiche, J.P. Gontard est directeur-adjoint de l’Institut Universitaire d’Etudes du Développement (Genève).

Fiche rédigée à partir d’un document envoyé suite à l’appel international à contribution lancé par la FPH pour l’organisation de la rencontre internationale sur la reconstruction du Rwanda (Kigali, 22-28 octobre 1994) co-organisée par la FPH et le CLADHO (Collectif des Ligues et Associations de défense des Droits de l’HOmme).

IUED (Institut Universitaire d'Etudes du Développement) - 20 rue de Rotschild, CP 136, CH-1211 Genève 21. SUISSE - Téléphone :  + 41 22 906 59 40 - Fax :  + 41 22 906 59 47 - Suisse - www.unige.ch/iued/ - iued (@) unige.ch

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