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L’aide internationale en faveur de l’Afrique en question - 2

Le rôle des ONG

Nelson BINDARIYE

10 / 1994

Les ONG intervenant en Afrique jouissent d’une certaine autonomie vis-à-vis des Etats et tiennent à la conserver. Cependant, ils sont amenés à avoir des contacts d’ordre professionnel avec les organisations étatiques. Les deux protagonistes se connaissent donc relativement bien, mais dans le domaine de l’assistance au développement, leurs approches divergent parfois. Cela tend à biaiser les procédures et les stratégies des ONG, quand l’argent accordé dans le cadre de co-financements est assorti de contraintes. Pour faire face efficacement aux effets négatifs causés par ce mariage de raison entre ONG et gouvernement et/ou institutions financières, les ONG forment des coordinations capables de canaliser leurs idées essentielles et de les défendre devant les bailleurs de fonds.

Principaux groupements d’ONG

Il existe déjà en Afrique des groupements d’ONG. Citons par exemple la FAVDO dont le siège se trouve à Dakar. Les groupements régionaux, continentaux et internationaux possèdent des informations et des expériences qui, sans aucun doute, aideraient les ONG et d’autres associations locales à comprendre les rouages internationaux et à s’y insérer.

Au sein de l’Union Européenne, les ONG ont mis sur pied, depuis une vingtaine d’années une puissante coordination qui compte 700 ONG: "le Comité de Liaison des ONG pour le développement auprès des communautés européennes", dont le siège est à Bruxelles. D’autres grands réseaux existent également en Europe: APRODEV pour les ONG d’obédience protestante, EURO-CIDSE pour les catholiques et EUROSTEP pour les laïcs. Leur siège se trouve également à Bruxelles. Ces coordinations possèdent une mine d’informations, surtout sur les activités de l’Union Européenne. Les ONG africaines qui veulent approcher l’Union Européenne gagneraient à entrer en contact avec eux. Parmi les grandes activités de ces réseaux, citons: la réhabilitation de l’Afrique, la révision des accords de Lomé, la lutte contre l’apartheid.

En ce qui concerne la réhabilitation de l’Afrique (domaine importantsitué entre l’aide humanitaire et le développement), les ONG européennes ont réussi à initier des discussions avec l’administration de la Commission européenne qui ont abouti, entre autre, au dégagement d’un fond spécial de 100 millions d’écusdestinés aux activités de réhabilitation dans cinq pays africains les plus affectés par la destruction (l’Angola, l’Erythrée, l’Ethiopie, le Mozambique et la Somalie), mais surtout à faire ouvrir une nouvelle ligne budgétaire prévisionnelle qui pourrait passer de 45 millions d’écus, en 1994, à 60 millions en 1995. Quant aux conventions de Lomé qui portent sur la coopération entre les pays d’Afrique sub-saharienne, des Caraïbes et du Pacifique d’une part et l’Union Européenne d’autre part, les ONG européennes suivent de près les discussions entre partenaires et parviennent à influencer des décisions en faveur des peuples du Tiers Monde.

Un cas d’espèce : l’Afrique du Sud

En 1986, la Commission Européenne a décidé de financer un programme spécial d’aide aux victimes de l’apartheid, qui devait être mené au travers d’un partenariat tissé entre les ONG européennes des trois réseaux - catholique, protestant et laïc - avec leurs homologues sud-africains. Le programme s’est accru considérablement. D’une valeur de 10 millions d’écus en 1986, il atteint 80 millions en 1992 et 90 millions d’écus en 1993. Ces ONG européennes de développement engagées dans ce programme avaient un point commun : la conviction que le système d’apartheid devait disparaître pour laisser la place à un régime démocratique et non racial en Afrique du Sud.

Qu’est ce qui a pu décider les autorités européennes à consentir des montants aussi exceptionnels en faveur de l’Afrique du Sud, et ce en 1986 seulement, alors que l’apartheid sévissait depuis des décennies ? Il faut rappeler qu’en 1986 le mouvement national s’intensifiait au point de rendre l’Afrique du Sud ingouvernable et de perturber le fonctionnement des divers rouages économiques y compris les échanges économiques internationaux. Le fait de confier un tel programme aux ONG créait une bonne conscience immédiate dans la mesure où les victimes de l’apartheid y trouvaient directement leur compte notamment dans le domaine prioritaire qu’est l’éducation. Incapable à ce moment de garantir les intérêts internationaux, le gouvernement d’alors ne valait plus la peine d’être soutenu. Il fallait investir dans l’avenir et soutenir les forces montantes.

Acceptées politiquement comme intermédiaires par la CEE, les ONG ont saisi l’occasion pour accomplir leur mission. Elles ont eu l’opportunité de soutenir des activités qui souvent ne rencontraient pas les critères traditionnels de financement, les média par exemple. Le travail effectué en Afrique du Sud par les ONG d’Europe est sans aucun doute un bon exemple de mobilisation pour une cause et de bonne collaboration entre ONG. Est-il transposable à d’autres pays ? Aux ONG d’y réfléchir.

Conclusion

A)l’Afrique se trouve pour le moment dans une phase de transition historique. Pour réussir cette transition, il faut de la volonté et du "patriotisme". Bien que souvent inspirée ou imposée de l’extérieur, la démocratisation ne doit en aucun cas être considérée comme un mal pour les peuples. Certains dirigeants africains disent ne pas vouloir copier la démocratie "à l’occidentale" parce qu’elle est inadaptée aux réalités africaines et plus particulièrement à celles de leur propre pays. Libre à eux d’adapter la démocratie aux réalités locales, à condition que, ce faisant, ils respectent les principes fondamentaux de la démocratie, à savoir par exemple : le suffrage universel et le respect des droits de l’homme dont le plus important est le droit à la vie. Les donateurs ne s’y opposeront pas, le peuple non plus...

B)Les ONG africaines ne comptent pas sur leur gouvernement pour obtenir des financements. Elles ont seulement besoin d’une attitude favorable et de facilités administratives. Il est souhaitable que les ONG du Sud et leurs gouvernements s’entendent sur un mode de relation qui, à la fois sauvegarde l’autonomie si nécessaire des ONG et permette au gouvernement de les aider et de pouvoir compter sur elles.

C)Les ONG africaines ont besoin d’établir des relations d’ordre professionnel avec celles du Nord. Non seulement ces dernières peuvent apporter des fonds - moins conditionnés que ceux des gros donateurs - mais elles peuvent les aider également à comprendre et à pénétrer les mécanismes internationaux de financement. De plus, elles peuvent aider à faire connaître les causes des ONG africaines en Europe et en Occident et à réfléchir sur les politiques de développement.

Mots-clés

évaluation, échec, dépendance économique, financement du développement, ONG, bailleur de fonds


, , Afrique

dossier

Expériences et réflexions sur la reconstruction nationale et la paix

Notes

L’auteur est le Secrétaire Général Adjoint pour l’Afrique à CIDSE, une coordination internationale des ONG catholiques qui oeuvrent en faveur du développement; son siège social est en Belgique. Le texte original, trop long, a été coupé en deux; voir fiche portant le même titre (1).

Fiche rédigée à partir d’un document envoyé suite à l’appel international à contribution lancé par la FPH pour l’organisation de la rencontre internationale sur la reconstruction du Rwanda (Kigali, 22-28 octobre 1994)co-organisée par la FPH et le CLADHO(Collectif des Ligues et Associations de défense des Droits de l’HOmme).

Source

Texte original

CIDSE (Coopération Internationale pour le Développement et la Solidarité) - 16 rue Stévin, 1040 Bruxelles, BELGIQUE - Tel (19)32 2 230 77 22 - Fax (19)32 2 230 70 82 - Belgique - www.cidse.org - postmaster (@) cidse.org

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