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La politique de développement et la culture dans les pays en voie de développement

Responsabilités des acteurs

10 / 1994

La distorsion entre la politique de développement et la culture des societés bénéficiaires d’une assistance économique et technique est à l’origine de nombreux échecs d’interventions décidées de l’extérieur. Ce constat concerne en particulier les opérations de développement rural lancées par les gouvernements des pays tendant à reproduire des modèles étrangers : elles créent des situations concrètes de mésentente et d’affrontement entre agents de l’Etat et ruraux. La preuve en est donnée par quatre exemples à partir d’observations effectuées directement sur le terrain à Madagascar, au Maroc, en Inde, en Iran. Tous ces exemples sont centrés sur les conflits provoqués par des actions de modernisation imposées par les gouvernements en opposition aux conceptions du village et aux valeurs traditionnelles spécifiques à chaque région. Malgré des modes d’organisation sociale et des structures agraires très différentes, les analogies entre les comportements de ces populations locales face aux interventions visant à leur apporter une aide sont frappantes.

Pour en comprendre la signification, un examen du modèle global, qui s’est répandu depuis la délocalisation dans les anciens pays colonisés est nécessaire. Quels sont les éléments de ce modèle ?

1. Tout d’abord, les acteurs, leurs objectifs et les rapports plus ou moins ambigus qu’ils entretiennent entre eux : gouvernements des pays développés, populations des pays développés, entreprises des pays développés, gouvernements des pays en développement, populations des pays en développement, organismes de développement internationaux bilatéraux, privés, etc.

2. En second lieu, le diagnostic des symptômes du sous-développement, lequel repose sur des critères essentiellement économiques ou sur un jugement de valeur ancré dans un ethnocentrisme européen. Par exemple, "conserver des structures sociales arrièrées" serait un des signes caractéristiques du sous-développement.

3. Enfin, les méthodes de modernisation qui sont orientées vers la transformation des sociétés sous-développées selon des variantes des sociétés salariales, de même nature que celles en vigueur dans les sociétés industrialisées.

Quant à la planification, qu’elle s’inspire soit du système socialiste, soit du système capitaliste, elle est utilisée comme l’instrument le plus efficace de la gestion économique en même temps que celui du contrôle social. Etant donné la situation de dépendance dans laquelle sont maintenus les pays sous-développés, leurs organes de planification ne peuvent faire autrement que de répondre aux exigences des métropoles c’est-à-dire, "devenir des succursales des centres de décision de l’économie internationale et se transformer en agents d’exécution des projets partiels".

Un schéma théorique du fonctionnement de la politique de développement au cours de ces dernières décennies prenant en compte le rôle respectif des acteurs, permet d’identifier le point critique de ce système. Il met en évidence la tenue à l’écart des populations locales (de même d’ailleurs des populations des pays développés)dans l’élaboration de la décision, les modalités d’application des projets et leur position seulement de récepteurs à sens unique des messages face à une coalition d’acteurs en situation de domination : ce qui explique la manipulation, voire la répression dont elles sont l’objet pour obtenir leur soumission ainsi que le durcissement des relations entre gouvernements et gouvernés en général observé (et plus encore dans des pays sous régimes dictatoriaux)et la force de résistance qu’elles manifestent en riposte.

La réorientation des politiques de développement qui est proposée à la lumière d’un examen de la réalité sociologique de chaque unité sociale est fondée sur les éléments constitutifs de sa culture spécifique (langue, religion, vision du monde, pensée philosophique, créations artistiques, institutions, etc.)et sur les dispositifs qui assurent sa préservation, sa reproduction, sa transmission (éducation, école, enseignement technique et professionnel)susceptibles de favoriser un développement endogène.

Ce sont surtout les grandes puissances dominatrices où sont concentrés les organismes de développement et les gouvernements des pays opprimés qui doivent opérer une reconversion de leur politique à la fois aux niveaux des sociétés nationales et des microunités sociales afin de mettre à la disposition des populations les moyens nécessaires à la réalisation de leur autonomie réelle, à l’expression de leur identité, à l’accroissement de leurs activités sociales, économiques, techniques, culturelles par la mise en oeuvre de projets intégrés tournés vers l’autosuffisance et l’auto-développement.

Mots-clés

village, population rurale, acteur social, développement rural, politique de développement, culture et développement


, Madagascar, Maroc, Inde

Commentaire

Cette approche globale du modèle de développement mis en place par les puissances occidentales au lendemain de la seconde guerre mondiale, permet de comprendre la logique de la politique toujours en vigueur, malgré l’accès pour bon nombre de pays à l’indépendance, et la logique de l’articulation des acteurs en fonction de la nature de leurs relations effectives selon les motivations qui animent chacun d’entre eux. L’apport des ethnologues et des sociologues et pas seulement le concours des économistes et des "technocrates du sous-développement" est vivement conseillé.

Source

Livre

MALEK, Hossein, La culture, clé du développement, L'HARMATTANUNESCO (France)

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