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Exclusion sociale et appartenance

02 / 1995

L’exclusion sociale est un phénomène mondial, interne aux sociétés qui sont toutes inégalitaires, mais aussi externe aux sociétés quand il affecte leurs relations entre elles. Les deux formes d’exclusion distinctes sont examinées à la lumière de la crise tragique que traverse l’Algérie.

A la base de cette réflexion théorique un postulat : l’exclu, à quelque titre ou échelle que ce soit, est celui qui ne peut pas tenir le rôle d’acteur. Il n’a ni la liberté, ni le droit d’agir et de participer à la vie sociale du groupe et de la société qui le rejette. Cette liberté et ce droit lui sont deniés. Il se trouve ainsi écarté des structures et institutions du système économique, politique, culturel, idéologique dominant. Il n’en comprend ni n’en maîtrise les signes. Il n’a aucune prise sur elles pour obtenir leur changement.

La définition de l’exclusion est difficile à établir. Toute étude à son sujet implique :

- la détermination de sa nature (sociale, politique, économique, culturelle, idéologique).

- le niveau où elle se situe (national, international),

- l’identification de ses causes et des mécanismes qui la génèrent et l’entretiennent,

- le rôle assigné à l’exclusion par le système dominant et son impact sur le fonctionnement de la société et/ou des relations internationales.

Toutes ces données sont liées à des spécificités historiques, culturelles, politiques, économiques locales, c’est-à-dire aux composantes de l’appartenance sociale qui contribuent à l’inclusion et à l’intégration ou au contraire à la ségrégation et à l’aliénation dans chaque type de société.

L’exclusion interne aux sociétés s’explique par de multiples raisons, souvent cumulatives qui atteignent individus et groupes sociaux et entre autres : origine sociale, conditions socio-économiques, expérience professionnelle, capacités physiques et intellectuelles, âge, sexe, langue, race, émigration, etc. Les modalités de leur production, leur durée (permanente ou temporaire)et leur expansion sont propres à chaque cas. Ces rejets sont sources de plus en plus d’insécurité à mesure que les effectifs sont grandissants. Ainsi, au sein des sociétés, des ghettos se forment de plus en plus incontrôlables. Contraires au sens de la justice sociale, ils remettent en cause les principes fondateurs de la démocratie. Les mesures prises pour tâcher d’enrayer le phénomène restent souvent discriminatoires (par exemple : postes de travail permanents pour des non-exclus, précaires pour les exclus)et souvent se heurtent à de multiples obstacles dressés par les groupes dominants qui refusent de s’attaquer aux racines de l’exclusion comme aux mécanismes de sa reproduction.

L’exclusion sociologique qui concerne les rapports entre sociétés est issue et entretenue par trois principales configurations :

- le système colonial qui abolit l’organisation sociale et détruit la dynamique culturelle des sociétés subjuguées. Pour y jouer le rôle d’acteur, les autochtones doivent se dépouiller de leur identité d’origine et revêtir celle qu’impose le système dominant : c’est le cas de l’acculturation qui "suscite des échanges viciés et assure une stabilité éphémère".

- Les transferts de technologies modernes et de modèles de développement qui conduisent à une dévalorisation des dynamiques culturelles locales.

- Le nouvel ordre mondial qui, en posant ses conditions (démocratie, économie de marché, modes de production, d’organisation et de gestion selon des normes technologiques)évince de ses circuits d’échange (de biens, d’outils, de techniques, de connaissances, etc.)de la scène internationale, les pays les plus vulnérables.

Quant à "l’exclusion réactionnelle", elle est perceptible lorsque notamment des émigrés affirment leur différence et s’efforcent dans la société d’accueil d’inscrire leurs marques identitaires dans des lieux symboliques (mosquées, associations culturelles, commerces, etc.). Mais elle se manifeste surtout par des explosions de révolte, des guerres de libération, des violences et actes de terrorisme de toutes sortes (purification ethnique, génocide). Elle englobe aussi les grands mouvements fondamentalistes qui expriment le refus des exclus de se conformer aux exigences autoritaires du système qui les élimine ou est supposé les éliminer. C’est dans cet engrenage complexe que se situe la mouvance islamiste qui, en condamnant la démocratie au nom des valeurs sacrées "devient à son tour courroie d’exclusion, lorsqu’elle se transforme en lien social devant instaurer un mode de vie et une vision du monde... une manière inattendue d’être acteur...".

Enfin, autre forme d’exclusion, l’exclusion scientifique : les sciences sociales, élaborées et dominées par les puissances occidentales, ont en effet tendance à considérer la destruction de la société traditionnelle constatée par les spécialistes, selon leur logique, dans les pays du tiers-monde, comme un fait définitif et irréversible. Ils ne tiennent pas compte des restructurations sociales et culturelles à l’oeuvre. L’Algérie est certes dans une situation dramatique mais elle est loin d’avoir perdu sa culture.

Mots-clés

acteur social, exclusion sociale, relations internationales, colonisation


, Algérie

Notes

Intervention au colloque "Transformations sociales : processus et acteurs", Perpignan, 1994, organisé par l’ARCI et l’Université de Perpignan.

Source

Compte rendu de colloque, conférence, séminaire,…

MEDHAR, Slimane

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