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La recomposition du lien social dans l’arrière-pays du Languedoc, en France

Yves GILBERT

11 / 1994

Les mutations économiques et sociales que connaît aujourd’hui l’arrière-pays du Languedoc (vécues sur place comme l’expression d’une crise majeure)s’accompagnent d’une remise en question des bases d’une forme dominante d’une organisation et d’une cohésion sociales, qui ont soudé la société languedocienne dans son identité viticole pendant un siècle de quasi monoculture. En même temps, ce territoire physique est le support de l’émergence, timide mais significative, de nouveaux acteurs et de nouveaux jeux d’acteurs qui viennent diversifier, enrichir, recomposer les références à une socialité des lieux.

A travers cette émergence, dans un territoire comme celui que représente l’arrière-pays du Languedoc, on peut penser que se joue la recomposition d’un lien social, recomposition qui, avant d’être établie, suscite incompréhension, méfiance et rejet de la part d’une société locale encore dominante qui vit la fin de son propre mode d’intelligibilité.

Au-delà d’un ensemble d’interactions et de complémentarités au niveau de la production, de l’emploi ou des services qui constituent les bases de la cohésion économique, il y a un système partagé de représentations sociales permettant au groupe local de s’inscrire dans son histoire et son devenir, dans ses rapports à son espace ou à ses espaces, dans ses rapports avec les autres. Ce sont les sens de l’esprit des lieux" et de la "communauté de destin" qu’on appelle communément l’identité et, inversement, une conscience de l’altérité établissant les frontières permettant de nommer ce qui est de l’ordre de l’étranger, pour ce qui est plus lointain, de la déviance ou de la marginalité, pour ce qui est plus proche.

La cohésion sociale porte également sur les mises en oeuvre des comportements et des pratiques qui permettent la survie du groupe en cohérence avec ses systèmes de représentations. Les représentations et les pratiques sont en interaction permanente, se nourrissant et se justifiant réciproquement, déterminant ce qu’on peut appeler des "logiques d’acteurs ou de groupes sociaux".

Faisant porter l’analyse sur les mécanismes de la cohésion sociale à partir de l’exemple de la société languedocienne dans son arrière-pays on voit comment, dans un premier temps, un système de cohésion sociale devient dominant et total.

On voit aussi comment la "crise" actuelle de la viticulture fragilise et menace non seulement la base économique de la société, mais bien l’ensemble de l’architecture qui assurait jusque là une cohésion sociale forte, entraînant le plus profond désarroi, la perte de références, voire l’éclatement du groupe local.

En s’intéressant ensuite à l’émergence de nouveaux acteurs (ou à l’accès à la parole sociale d’acteurs jusque là silencieux ou trop minoritaires), on s’interroge sur l’invention de pratiques et de discours identitaires dont ils sont porteurs.

On voit comment cette émergence de projets, de discours, ou comment cette recherche de nouveaux rapports sociaux, se heurte aux résistances du système de cohésion sociale encore dominant d’une société qui ne s’inscrit plus désormais dans un devenir valorisant. On voit comment un système de cohésion sociale, faute d’être alimenté par des perspectives d’avenir peut entrer dans une logique régressive et induire des stratégies de repli et de fermeture des groupes locaux (tribalisme villageois)aidées en cela par des techniques d’acclimatation par leurs notables, de la politique de redistribution sociale ou des politiques d’aide aux reconversions.

Face aux enjeux du territoire comme celui de l’arrière-pays du Languedoc, et pour revenir à l’illustration du concept de lien social, on propose alors deux entendements constrastés de ce concept.

Au "lien qui noue", qui fige un groupe solidaire dans des réflexes de défense, qui sert à "protéger" en jouant des bienfaits des politiques "providentielles" (ou détournées dans ce sens), qui assigne à résignation devant l’avenir et à dépendance totale à l’égard des "pourvoyeurs d’aides", on opposera le "lien qui relie", qui fédère les inventeurs du changement, qui permet l’édification des synergies dont ils ont besoin, qui définit leur rôle aux différents acteurs locaux.

On constate, dans cet arrière-pays du Languedoc, que le lien qui noue est encore aujourd’hui le plus fort, et il faut s’interroger sur les voies d’émergence du lien qui relie, ainsi que sur les pièges dont son parcours est parsemé.

L’article évoque enfin la question de l’autorité diseuse et facilitatrice de lien social, dans le contexte de la décentralisation qui induit de nouvelles interactions entre les acteurs sociaux, qu’ils soient élus locaux, groupes d’expression de la société civile ou représentants de l’Etat.

Mots-clés

acteur social, paysan, relations sociales, changement social, milieu rural, système de représentation culturelle


, France, Languedoc-Roussillon

Commentaire

A partir de l’analyse d’une société locale en totale mutation, ce travail est une contribution à l’étude des composantes et dynamiques du lien social. L’auteur applique une méthode s’apparentant à l’ethno-sociologie participante.

Notes

Intervention au colloque "Transformations sociales : processus et acteurs", Perpignan, 1994, organisé par l’ARCI et l’Université de Perpignan.

Source

Compte rendu de colloque, conférence, séminaire,…

GILBERT, Yves

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