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Gouvernance de l’eau : l’urgence de changer de regard et de pratiques
Atteindre la durabilité par les filières : de la production à la consommation
02 / 1993
Au cours des années 1980, la société colombienne s’est enfoncée dans une crise économique, politique et culturelle sans précédent dont l’expression la plus manifeste a été le développement des violences physiques (assassinats, tortures, terrorisme, répression...)
Dans ce contexte, l’utilisation du terme "la violence" sert à désigner "l’enchevêtrement confus de brutalité et de barbarie" dans lequel se débattent les Colombiens.
Mais, en 1950 déjà, ce terme était utilisé pour désigner les "convulsions sociales et politiques" de l’époque. Aujourd’hui, ce terme est repris sans distinction, comme une expression toute faite. L’absence de distinction donne alors la fausse impression de récurrence et de fatalité. L’utilisation d’un mot unique et abstrait faisant référence à une multitude de faits et de situations conduit l’utilisateur à éviter d’appréhender ces faits au cas par cas, de les qualifier un par un, de les comparer, de s’interroger sur leurs origines, leurs auteurs, les intérêts mis en jeu et les conséquences probables... La violence n’est alors plus le fait d’un ou plusieurs agents mûs par des intérêts et selon une logique propre. D’une façon erronée, "la violence" semble alors devenir agissante par elle-même. Plus qu’à caractériser, cette formule toute faite contribue le plus souvent à occulter la réalité et à entretenir la confusion.
Par opposition, la mise en oeuvre d’une politique "de paix" est devenue la valeur de référence que toutes les forces politiques colombiennes ont dû nécessairement intégrer à leur discours et à leur action à partir de 1980.
Mais si l’appel à "la paix" a exprimé, dans le meilleur des cas, un souhait sincère, il a aussi été la marque d’une angoisse et d’une anxiété face à une réalité "enchevêtrée". Pas plus que "la violence", le terme "la paix" n’a de sens précis et socialement partagé. "Il n’existe à son sujet pas le moindre consensus qui permette l’élaboration d’un projet politique à long terme" et qui inclue les réformes structurelles nécessaires à la matérialisation du "droit à une vie digne" et à l’exercice de la démocratie. Dans les faits, toutes les forces politiques de la société colombienne se sont saisies de la "bannière de la paix" comme d’un moyen pour avancer vers leurs objectifs sans qu’il existe à aucun moment le moindre accord quant aux fins et aux moyens.
Au risque d’un mauvais jeu de mots, on aurait envie de dire qu’en Colombie, la paix n’a jamais été pensée autrement que de guerre lasse. Si l’on accepte que la culture politique colombienne est fondée sur des oppositions de type ami/ennemi, il est d’autre part surprenant qu’on parle de "la violence" pour qualifier la situation actuelle alors que parler de "guerre" aurait justement permis de réintégrer les oppositions entre "amis" et "ennemis".
Ces quelques observations sur la polysémie des termes soulève de nombreuses questions autant sur les non-dits évacués par le discours que sur les non-pensés introduits par celui-ci. Il y a là tout un thème de recherche à approfondir riche d’applications concrètes en vue de la gestion non-violente des conflits.
Extrait de "Los límites de la modenización". CINEP : Centro de INvestigación y Educación Popular.
Livre
CORREDOR MARTINEZ, Consuelo, CINEP, CINEP, 1992/06 (Colombie)
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