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Le rôle des organisations professionnelles tunisiennes dans la politique de vulgarisation agricole

Anne LE NAELOU

05 / 1994

La crise qui touche l’agriculture tunisienne depuis le début des années 80, la mise en place du Programme d’Ajustement Structurel et le désengagement de plus en plus évident de l’Etat sont à l’origine d’une prise de conscience sur la nécessité de renouveler les approches du développement agricole. C’est dans cet esprit que des agriculteurs, des chambres d’agriculture, des vulgarisateurs de différents niveaux hiérarchiques, des décideurs en matière de politique agricole et de vulgarisation des trois pays du Maghreb se sont regroupés pour réfléchir ensemble à Alger les 26, 27 et 28 avril 1993 sur le thème "Vulgarisation agricole : théorie et pratique". Des systèmes de vulgarisation assez proches sont mis en oeuvre par l’Algérie, le Maroc et la Tunisie. Ils visent avec des intensités variables, le transfert progressif de l’activité de vulgarisation à la profession agricole en cours de structuration. En Tunisie, malgré leur nombre, le rôle des OPA reste dans ce domaine à revoir.

Multiples, les OPA tunisiennes relèvent de statuts et de règlementations divers. On peut les distinguer selon le niveau de leur intervention et selon l’intensité du rôle qu’elles jouent dans l’organisation de la vie professionnelle agricole.

Concernant les organisations de base formées autour d’une production ou d’un objectif précis, on peut citer :

les Associations d’Intérêt Collectif (AIC)instituées pour la gestion d’un bien commun (irrigation, eau potable...), les Coopératives Agricoles de Service (CAS)qui ont des interventions plus larges (distribution des intrants, collecte de la production, conseil aux producteurs...), et les Associations de Producteurs (céréaliers du Nord, producteurs d’ovins...),qui concernent une producteur déterminée. Elles assurent à leurs membres une information technique et des relations avec les institutions nationales de recherche,

Ces trois premiers types d’organisations auxquelles il convient d’ajouter certains groupes d’agriculteurs, n’ont pas encore à ce jour de structures officielles. Leurs relations avec l’Administration et certaines organisations professionnelles nationales, présentées ci-dessous, demeurent donc conflictuelles.

D’autres organisations professionnelles opèrent au niveau régional ou national:

- les Chambres d’Agriculture (CA)créées par la loi du 25 avril 1988, sont au nombre de trois. Elles regroupent respectivement les agriculteurs des 10 gouvernorats du Nord, ceux des 6 du Centre et ceux des 7 du Sud.Placées sous la houlette du Minitère de l’Agriculture, elles remplissent quatre missions (consultation/information auprès des pouvoirs publics, formation/conseil auprès de leurs adhérents). La composition des Chambres, l’étendue de leurs domaines d’interventions et les moyens dont elles disposent ne leur permettent pas d’entretenir un réel contact avec le terrain, base d’une légitimité reconnue. L’efficacité de ces structures et la crédibilité qui s’en suit aux yeux des agriculteurs est fragile,

- les Coopératives Centrales regroupent en princip des coopératives de service agricole de base. En réalité, elles fonctionnent comme des organismes para-étatiques intervenant au niveau de la collecte et la commercialisation de certaines productions. Coupées des organisations de base, elles n’ont pas de réelle représentativité professionnelle,

- l’Union Tunisienne des Agriculteurs et des Pêcheurs (UTAP)est l’organisation syndicale qui représente l’ensemble des prodcuteurs dans le secteur agricole et pêche. Bien qu’assez largement implantée dans les campagnes tunisiennes, l’UTAP reste une structure très centralisée. De plus, une certaine confusion entre son rôle syndical de défense des producteurs et un rôle d’encadrement technique et organisationnel de la profession entraîne aujourd’hui un chevauchement entre le rôle que se donne l’Union et ceux que les autres organisations (chambres d’agriculture, coopératives, associations...)entendent assurer.

Enfin, certaines organisations se sont constituées autour d’une filière. Dépassant le cadre d’une seule production, ces groupements regroupent l’ensemble des intervenants dans une filière de production (producteurs, exportateurs, transformateurs...). Elles ont pour mission de collecter et de diffuser les informations relatives à la filière, de participer à l’amélioration de la production par des actions d’encadrement et de formation des producteurs et de réguler le marché pour certaines productions par la constitution de stocks. Spécialisées, ces organisations ne sont pas relayées sur le terrain par des groupements de producteurs.

La diversité des OPA tunisiennes ne suffit donc pas à pallier un écart entre organisations de base et organisations nationales. Constituées au niveu central par décision politique, ces dernières ne sont pas reliées à une base structurée qui leur servirait de courroie de transmission avec les agriculteurs qu’elles sont censées représenter. Inversément, les dynamismes professionnels qui se développent au niveau du terrain ne trouvent pas de relais au niveau national et c’est l’efficacité de l’ensemble du système qui s’en trouve affectée.

A l’heure où la mise à l’ordre du jour de la question alimentaire impose à la Tunisie, comme à l’ensemble des pays méditerranéens, de trouver de nouvelles réponses, le renouvellement des approches sur le développement agricole ne peut se réduire au seul examen critique des programmes et des contenus de l’information technique diffusée. Toute nouvelle approche passe par une redéfinition et une reconnaissance mutuelle du rôle à jouer par les OPA. Les objectifs classiques d’encadrement de la profession autour d’un problème de commercialisation ou d’utilisation d’intrants doivent faire place à un rôle d’identification des besoins des agriculteurs, d’initialisation de travaux de recherche appliquée, de vérificaton par tests des propositions techniques et de leurs diffusions. Cette nouvelle approche doit se baser sur des organisations professionnelles ayant une réelle implantation sur le terrain pouvant assurer une mobilisation des producteurs sur des problèmes qui leur importent. Elles doivent en outre se constituer en partenaires capables d’exprimer leurs besoins en terme de recherche de références techniques, mais également plus largement en terme d’amélioration des conditions de vie et de travail dans le secteur rural.

Fortes de cet ancrage sur le terrain, ces OPA pourront alors se dôter des moyens d’influer sur les orientations au niveu des institutions étatiques ou privées pour que ses propositions se réalisent en programme d’actions.

Mots-clés

agriculture, ajustement structurel, rôle de l’Etat, intervention de l’Etat dans l’agriculture, vulgarisation agricole, organisation paysanne, organisation syndicale, coopérative agricole


, Tunisie, Afrique du Nord, Afrique

Notes

Article tiré du Colloque tenu à Alger les 26, 27 et 28 avril 1993 sur le thème "La vulgarisation agricole au Maghreb" organisé par le CIHEAM et la FPH, en collaboration avec l’INA et le CREAD (ALGER)avec le soutien financier de la CCE-DG1.

L’auteur de la fiche est sociologue.

Source

Articles et dossiers ; Compte rendu de colloque, conférence, séminaire,…

ELLOUMI, Mohamed, CIHEAM, CIHEAM in. CAHIERS OPTIONS MEDITERRANEENNES, 1993/04/26 (France), VOL 2

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