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La guerre continue à donner le ton même dans les négociations pour la paix

Elsa BLAIR

04 / 1993

De quelle paix parle-t-on en Colombie ? Que signifie une issue négociée du conflit armé ? Nous nous trouvons réellement devant des positions différentes pour la résolution du conflit…

« Au sommet du gouvernement, on pense d’une certaine manière, au niveau des guérillas telles que les FARC (Forces armées révolutionnaires de Colombie)ou le ELN (Armée de libération nationale), on pense autrement, de même que les militaires, les différents partis politiques, les propriétaires fonciers ou les paysans ont chacun leur point de vue. En fait, bien que tous arborent le drapeau de la paix, il n’a pas la même signification pour chacun d’entre eux…".

Ce défaut de consensus a été l’une des raisons les plus souvent alléguées face à l’échec de la recherche de la paix et, plus concrètement, en ce qui concerne la négociation entre le gouvernement et les groupes guérilleros. Ainsi, de nombreux éléments s’imposent dans la recherche de solutions. Ces éléments permettront de définir : Ce qui est négocié et qui sont ceux qui négocient. Sur quoi s’accorde-t-on ? Comment les négociations sont-elles contrôlées ? Quels sont les mécanismes (temps-espaces)qui les rendent viables ? Il n’est cependant pas possible d’arriver à ce consensus sans la reconnaissance de l’autre et de son rôle dans la configuration de ce qui est socialement légitime.

Dans ce sens, les quatre éléments proposés sont très importants :

1. Un changement de la vision que l’on a de « l’autre ». Les conditions de l’affrontement conduisent à ce que l’on considère « l’autre » comme un ennemi absolu… : avec un ennemi, il ne peut y avoir qu’un affrontement total.

2. La nécessité de reconnaître la légitimité et le pouvoir réel de « l’autre ». La nécessité que la guérilla accepte la légalité de l’Etat comme étant légitime (malgré l’urgence des réformes sociales et politiques). Et la nécessité que l’Etat, pour sa part, accepte le caractère politique (et pas seulement délinquant)de la lutte des guérillas.

3. L’acceptation par les deux parties du monopole légitime de la force de l’Etat, et de ses forces armées. La conséquence de cet accord serait l’illégalité de toute forme « parallèle » d’armée, paramilitaire ou irrégulière et, en même temps, l’observance impérative de la légalité de la part des forces armées.

4. Enfin, la transparence des négociateurs pendant le processus. Le refus du « double jeu » : paramilitaires/militaires d’un côté, et « combinaison de toutes les formes de lutte » de l’autre.

Mots-clés

passage de la guerre à la paix, négociation, représentation de l’ennemi, Etat et société civile, culture politique, évolution culturelle et changement social


, Colombie

dossier

Ébauche pour la construction d’un art de la paix : Penser la paix comme stratégie

Commentaire

Le manque de clarté (et de consensus)sur ce qu’est la paix est sans doute l’une des raisons qui rendent difficile son obtention. Cependant, la raison principale, à mon avis, est la perception de l’autre. Sans la reconnaissance de l’autre, la guerre continue à envahir complètement les espaces de paix. La paix se trouve dans les discours mais ne se retrouve pas dans les faits : on parle fréquemment de « perte » de légitimité et de crédibilité des adversaires. Chaque trébuchement dans la négociation renforce et justifie ces positions, mais il n’y a pas de « perte » de légitimité et de crédibilité : il n’y en a jamais eu. A travers cette perception, l’autre n’est pas quelqu’un de différent avec lequel éventuellement on négocie, il est « l’ennemi » et c’est celui-là que l’on cherche à détruire, et non pas celui avec lequel on négocie. Le problème est encore plus grave lorsqu’il est manifeste que cette « logique de guerre » s’étend bien au-delà de la confrontation gouvernement-guérilla.

Source

Livre

DURAN, Mauricio Garcia, CINEP, De la Uribe a Tlaxcala. Procesos de Paz, CINEP, 1992/09 (Colombie), « Sociedad y conflicto »

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