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La minorité Wa et le trafic de drogue en Birmanie

11 / 1994

Jusqu’en l989, le nord-est de l’ Etat shan, la principale région productrice de drogue dans le pays, était contrôlée par les troupes rebelles du Parti communiste birman. Puis la mutinerie de ses troupes a obligé ses leaders à s’enfuir en Chine. Les mutins, essentiellement des soldats de l’ethnie wa, ont négocié ensuite un cessez le feu avec la dictature militaire au pouvoir. Contre l’engagement de ne pas s’allier avec les autres minorités rebelles, le gouvernement leur a laissé leurs armes et planifié le partage des profits tirés de la drogue. En 1994, la région est toujours la plus importante région de productions illicites et l’armée wa, qui compte 10 000 hommes, une des plus redoutables de la région. Son commandement sud, appelé division 171, dont le chef est le wa Tin Kwang Min, un ancien collaborateur du général Lee Wen Huan, ex-commandant la troisième armée du Kuo Min tang (KMT), est solidement retranché près de la frontière thaïlandaise au sud de la ville birmane de Mong Hsat. Le réduit wa arc-bouté sur les massifs du Loi Lem et du Sam Sao, est un vaste camp retranché de 20 Km de long sur 12 à 15 de profondeur. Entre 4 500 et 6 000 hommes solidement armés y sont stationnés. Ils y disposent de cantonnements, écoles et camps d’entrainement protégés par une double ceinture de postes fortifiés habilement camouflés. Des stocks d’armes considérables sont entreposés, comprenant des canons sans recul de 75 mm, des mortiers de 120 mm, des mitrailleuses anti-aériennes de 12,7mm et des missiles Sam 7 achetés au Cambodge. L’UWSA recrute massivement parmi les villages montagnards de la région. Ainsi, en février 1994, 800 recrues étaient à l’instruction dans le camp du Loi Lem, sous la direction d’instructeurs venus de Taiwan. Parallèlement des instituteurs chinois, appartenant à des missions chrétiennes, recrutés aux Etats-Unis, en Thaïlande et à Taiwan, enseignent dans les écoles du secteur. Ce dispositif est calqué sur celui qui avait été mis en place dans les années 60-70 par le KMT, l’armée nationaliste.

La présence taiwanaise aux côtés des Wa, qui ne peut être ignorée du SLORC, étant donnée l’étroite imbrication, depuis le cessez-le-feu de 1989, du dispositif de l’UWSA avec des garnisons de l’armée birmane, ainsi que l’arsenal considérable déployé dans le secteur, ne reçoit aucune explication officielle, mais permet en tous les cas, d’assurer une solide protection aux unités de transformation d’héroïne du secteur. Selon plusieurs témoignages, la culture du pavot dans l’Etat shan ne cesse parallèlement de progresser. Les Wa reconnaissent qu’il n’a jamais couvert des surfaces aussi étendues, non seulement dans le Kokang et les districts wa, mais aussi dans le centre et le sud de l’Etat, ainsi qu’au nord dans l’Etat kachin. L’éradication des champs de pavot situés le long de la frontière thaïlandaise dans les massifs de Doi Ankhang, Loi Lem et Sem Sao ne doit pas faire illusion : les villages qui les plantaient ont été repliés à l’intérieur, autour de Mong Hsat, en zone tenue par l’armée birmane, où le pavot a été semé en toute liberté, afin "d’assurer la subsistance des villageois".

Ce déplacement des cultures avec l’accord des autorités birmanes, laisse planer des doutes sur la crédibilité des actions d’éradication entreprises sous l’égide des agences spécialisées de l’ONU. dont le représentant à Rangoon, M. Kristensen a présidé, le 22 janvier 1994 une réunion à Hotao, en territoire wa. L’argument de l’éradication du pavot est maintenant considéré comme un moyen pratique de masquer des accords avec le SLORC. Plusieurs membres du DAB (Democratic alliance of Burma)le regroupement des rébellions "ethniques" basé à Manerplaw)accusent ainsi les dirigeants de la KIO (Kachin Independance Organisation)d’avoir utilisé le même artifice pour occulter leurs négociations secrètes avec le SLORC.

Mots-clés

drogue, agriculture illicite, production de drogue, conflit ethnique, trafic de drogue


, Myanmar

Commentaire

Les autres trafiquants de drogue, qui ont, pour la plupart émergé ces cinq dernières années en dehors des Wa, sont largement associés aux principaux dirigeants du SLORC dans le commerce de l’héroïne. Tous les barons du Nord, à l’exception de Lo Hsing Han proviennent directement de l’ancienne hiérarchie du défunt parti communiste birman. Lo Hsing Han, ex-officier d’une armée privée du Kokang , devenu le roi de l’opium dans les années 70, est revenu dans ce domaine après avoir été amnistié en raison de son rôle au profit du SLORC dans les négociations avec les groupes insurgés issus de l’éclatementdu parti communiste birman en 1989. Ses raffineries d’héroïne sont installées dans le Kokang et leur production est surtout exportée via la Chine par Kunlong, l’un des 6 postes de douane ouverts sur la frontière sino-birmane.

Notes

Les sources d’information de cette fiche sont confidentielles et non communicables.

Source

Enquête

OGD=OBSERVATOIRE GEOPOLITIQUE DES DROGUES

OGD (Observatoire Géopolitique des Drogues) - France

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