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La situation des drogues en Côte d’Ivoire

11 / 1994

Le poids démographique et le caractère cosmopolite d’Abidjan (2 200 000 habitants), une des capitales les plus importantes et les plus occidentalisées de l’Afrique de l’Ouest ; la présence en Côte d’Ivoire de 3 millions de ressortissants des pays de la sous-région ; le fait d’être situé entre deux des plaques tournantes du trafic dans la région, le Ghana et le Liberia, font que le problème des drogues se manifeste sous toutes ses facettes. La Côte d’Ivoire, étranglée par une dette extérieure énorme, est au bord de la faillite. Les ajustements structurels ont provoqué à court terme une réduction des offres d’emploi, alors que la demande est croissante, et la diminution constante des dépenses publiques, notamment dans les domaines de l’éducation, de la santé et des loisirs.Cet ensemble de facteurs a créé un profond malaise social, en particulier chez les jeunes de 15 à 35 ans dont les perspectives d’avenir paraissent bouchées. La tendance est de se réfugier dans la délinquance, l’alcoolisme, la prostitution et la drogue. Abidjan est la ville de l’Afrique de l’Ouest la moins sûre et la plus touchée par le Sida.

Il existe une relation étroite entre l’effondrement du prix du cacao, (payé au producteur 400 CFA le kilo avant la dévaluation, lorsqu’il était subventionné avant l988, contre 200 CFA actuellement), et le développement de la production de marihuana. Il n’existe aucune statistique concernant la localisation et l’ampleur des cultures. Il s’agit d’ abord de petits lopins dissimulés par les autres productions agricoles : dans les champs de maïs, sous les plantations de café ou de cacao. Mais la gendarmerie, qui opère en province, a découvert en 1992 et 1993, deux ou trois plantations d’un hectare ou plus. On les trouve en particulier dans des zones de forêts vierges dans lesquelles les paysans ont abattu les arbres pour planter le cannabis.

Les régions qui apparaissent le plus concernées sont : à l’est, la frontière avec le Ghana ; au nord, la région de Korhogo ; au sud-est, la région forestière de San Pedro. L’importance de la consommation locale fait qu’il existe en Côte d’Ivoire un intense trafic intérieur. Mais ce pays est devenu également un important centre de transit aussi bien aérien que maritime. Du 1er janvier au 30 juin 1993 ont été saisis 1 631,915 kg (en particulier, en 1993, 500 kg en provenance du Ghana). Les ressortissants de ce pays frontalier utilisent souvent de simples pirogues naviguant le long de la côte pour introduire la marihuana en Côte d’Ivoire d’où elle est réexportée. En 1992, 600 kg destinés à Marseille et 400 kg à destination de Londres ont été saisis.

L’héroïne, en provenance d’Asie du Sud-Ouest (Pakistan-Inde)et du Proche-Orient (Liban)via le Nigeria ou le Ghana, est destinée à l’Europe ou aux Etats-Unis. En l992, 6,872 kg ont été saisis et, du 1er janvier au 30 juin l993 : 0,624 kg + 180 doses. Les doses sont prises sur des consommateurs et des petits dealers. Ces saisies ne représentent probablement qu’une infime partie des quantités d’héroïne qui transitent par la Côte d’Ivoire, en particulier par le port d’Abidjan, qui est le plus important de toute la région.

La cocaïne arrive soit par bateau, soit sur des passagers empruntant l’avion en provenance d’Amérique du Sud, et repart vers l’Europe. 426 g ont été saisies en 1992 et, du 1er janvier au 30 juin 1993, 212 g + 82 doses. Il est également probable que les saisies ne représentent qu’une infime partie du transit. Des dealers ont été arrêtés durant le processus de transformation de chlorhydrate de cocaïne en crack dont la consommation s’étend.

La DEA estime que la Côte d’Ivoire, grande place financière de l’Afrique de l’Ouest "est probablement un lieu de blanchiment de l’argent". La Banque de commerce et de crédit international (BCCI)a dû cesser ses activités. Des sources au niveau des ambassades occidentales signalent des hommes d’affaires libanais comme les commanditaires du trafic de drogues. Mais le milieu corse est également impliqué . La multiplication de sociétés d’import-export non contrôlées facilite les activités illicites. Le recyclage s’effectue également dans des hôtels et des boîtes de nuit.

La corruption de la Justice est un obstacle considérable à l’efficacité de la lutte contre la drogue. Plusieurs affaires récentes le soulignent. Un citoyen français est actuellement détenu en Côte d’Ivoire. Il a été condamné par un tribunal à Marseille pour un trafic portant sur 800 kilos de marihuana. Le dossier de demande du parquet de Marseille a mystérieusement disparu. Un passeur d’héroïne nigérian, arrêté en flagrant délit, a été libéré un mois plus tard. Un proxénète français également lié au trafic de drogue, a été récemment amnistié.

Le fait qu’Abidjan soit une ville cosmopolite et une plaque tournante des drogues a d’importantes retombées locales. La consommation progresse de façon extrêmement rapide, au point que le nombre des usagers de substances interdites pourrait avoir doublé de l991 à 1992. On peut distinguer trois types de milieux dans lesquels sont consommées les drogues : celui des "expatriés" et la communauté libanaise, les quartiers populaires où l’on consomme des drogues dures et les quartiers populaires où les jeunes fument la marihuana. On retrouve en Côte d’Ivoire toute la gamme des modes de consommation des drogues empruntés aussi bien aux pays riches qu’aux pays asiatiques : ainsi l’héroïne est injectée, fumée, ou sous forme de vapeur inhalée (on chasse le dragon). La Côte d’Ivoire est un des pays d’Afrique le plus touché par le Sida : 15 000 cas ont été recensés, et le chiffre est certainement beaucoup plus élevé. Bien que la contamination ait été essentiellement propagée par les contacts sexuels et la transfusion sanguine, l’utilisation de drogue injectée ne peut qu’avoir un effet négatif sur la diffusion de la maladie.

Mots-clés

agriculture illicite, cannabis, trafic de drogue, héroïne, cocaïne, drogue, chômage, cacao, délinquance, toxicomanie, corruption, Sida, consommation de drogue, recyclage des déchets


, Côte d’Ivoire, Abidjan

Notes

Les sources d’information de cette fiche sont confidentielles et non communicables.

Source

Enquête

OGD=OBSERVATOIRE GEOPOLITIQUE DES DROGUES

OGD (Observatoire Géopolitique des Drogues) - France

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