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Gambie, plaque-tournante du narco-trafic

11 / 1994

Le territoire de toute la Gambie (50 km de large et 350 km de long), encastré dans celui du Sénégal, est une sorte de grand port franc à travers lequel les marchandises circulent sans être taxées. Elles sont ensuite introduites en contrebande dans les pays voisins, au Sénégal en particulier, à des prix très bas. Le commerce des drogues destinées à l’exportation, en particulier la marihuana et les psychotropes, empruntent les mêmes circuits que les autres marchandises.

Le cannabis est cultivé le long des deux rives du fleuve Gambie, de la frontière de la Casamance dissimulé au sein de diverses cultures. Cette production semble d’abord destinée à la consommation interne en augmentation croissante. Le développement de la demande fait que les cultures illicites tendent à empiéter sur la riziculture. Dans les îles délimitées par les bolongs (bras d’eau dans le delta du fleuve), les cultures sont souvent de dimension plus importantes. Un informateur de l’OGD a pu recenser 40 hectares de cannabis dans une île inhabitée. Le sol y est très pauvre et ne permet ni la culture de l’arachide, ni celle du riz ou du mil. Seuls les légumes peuvent être produits pour l’alimentation et le cannabis comme culture de rente. Ce sont les femmes qui sont en charge de ces deux productions. Chaque famille cultive 6 à 8 acres (2,4 à 3,2 hectares). Interrogés par le correspondant local du projet les paysans ont déclaré : "C’est avec la marihuana que nous payons l’éducation de nos enfants, que nous achetons nos vêtements et une partie de notre nourriture". Comme dans la Casamance voisine les trafiquants nigérians et ghanéens viennent offrir des semences sélectionnées aux producteurs et paient d’avance la récolte. Ce deuxième type de production est destiné à l’exportation.

En ce qui concerne le trafic international d’héroïne et de cocaïne, les trafiquants gambiens mettent à profit l’importance du tourisme qui est la seconde source de devises (13% du PIB)et la seconde source d’emploi (après la fonction publique)du pays. Les principales nationalités représentées sont les Néerlandais et les ressortissants des pays scandinaves : Norvégiens, Suédois, Danois. Parmi ces derniers ont trouve des routards qui sont à la recherche de sexe et de drogues bon marché. Les pouvoirs publics n’exercent aucun contrôle sur eux, ni à l’entrée, ni à la sortie du pays. Cela explique également le trafic de drogue organisé par des Gambiens à destination de ces pays.

L’ héroïne, produite en Asie, principalement du Sud-Ouest, parvient en Gambie via les capitales des pays anglophones : Lagos, Monrovia, Accra. Deux voies sont utilisées : le port et l’aéroportt (Yundu)de Banjul. La cocaïne arrive soit directement par bateau d’Amérique du Sud, soit, comme l’héroïne, via les pays anglophones. La corruption endémique à tous les échelons de l’appareil administratif permet à n’importe qui de se procurer des titres de voyages sous couvert d’activités commerciales. De nombreux chômeurs font ainsi d’incessantes navettes entre Banjul et Lagos en empruntant Nigeria Air Ways. Les signes avant-coureurs d’un trafic de redistribution d’héroïne, à partir de Banjul se multiplient. Les trafiquants gambiens transitent par Dakar puis parTunis, la Turquie ou la Grèce. La drogue est principalement destinée aux pays scandinaves. Les saisies internationales opérées sur des Gambiens ont été les suivantes :1988 : 9,117 kg ; 1989 : 11,057 kg ; 1990 : 16,647 kg ; 1991 : 8,087 kg 1992 : 12, 885 kg.

La répression est d’autant plus inefficace que, selon certaines estimations, 25% des policiers sont eux-mêmes des consommateurs de marihuana, voire d’autres drogues et la corruption est très répandue dans leurs rangs. D’autre part, la loi gambienne, héritière de la législation britannique, prévoit la libération sous caution des prévenus. Cette disposition est mise à profit par les trafiquants de drogue qui disposent de fonds importants et disparaissent lorsqu’ils sont remis en liberté. La perméabilité des frontières leur permet de quitter le pays sans difficulté.

Mots-clés

corruption, drogue, circuit de distribution, Sida, agriculture illicite, cannabis, consommation de drogue, trafic de drogue, héroïne, cocaïne


, Gambie

Notes

Les sources d’information de cette fiche sont confidentielles et non communicables.

Source

Enquête

OGD=OBSERVATOIRE GEOPOLITIQUE DES DROGUES

OGD (Observatoire Géopolitique des Drogues) - France

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