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Les causes socio-économiques des problèmes posés par les drogues en Afrique de l’Ouest

12 / 1994

Dans un travail d’évaluation destiné au ministère français de la Coopération et du développement, on peut lire : "En vingt ans, la part de l’Afrique subsaharienne dans les échanges mondiaux a diminué de moitié, ses importations de céréales ont été multipliées par trois, sa dette totale multipliée par plus de vingt. L’exode rural, le chômage urbain, les crises financières à répétition, la faillite des institutions bancaires, la fuite des capitaux, constituent autant d’indices de ce qu’il faut bien appeler un échec économique". Avec une dette de 180 millards de dollars, l’équivalent de son PNB, l’Afrique est le continent le plus endetté du monde par tête d’habitant. Elle ne pèse plus que 1,5% dans le commerce mondial. Sur les 46 pays les moins avancés (PMA), on en compte 32 en Afrique.

A partir des années quatre-vingt, pour redresser la situation et permettre une reprise durable de la croissance, les institutions financières internationales, FMI et Banque mondiale principalement, ainsi que les pays industrialisés, ont imposé aux pays du tiers monde, des plans d’ajustement structurel. Ils consistent à réduire drastiquement le financement des dépenses publiques, notamment par la réduction des dépenses sociales, le "dégraissage" de la fonction publique, l’ouverture des productions industrielles et agricoles à la concurrence internationale par une élimination des barrières douanières, une politique de privatisation, etc.

En Afrique de l’Ouest, seul le Ghana est réputé être sorti de la crise depuis l’application de cette politique à partir de l984. On peut cependant observer certains phénomènes qui sont les conséquences directes des ajustements structurels et ont une influence dans le domaine qui nous intéresse. L’accroissement du chômage provoqué par le renvoi de dizaines de milliers de fonctionnaires et l’arrêt du recrutement de diplômés dans la fonction publique a pour conséquence une explosion du secteur informel que les spécialistes de la Banque mondiale considèrent comme un élément positif. Mais les activités illicites ou criminelles, en particulier le trafic de drogues, font précisément partie de l’informalité dont ils constituent le secteur le plus rentable. Ces gens instruits, qui parlent souvent des langues étrangères et savent voyager, constituent un personnel particulièrement apprécié des trafiquants.

D’une façon générale, les chômeurs, qui doivent en général subvenir aux besoins d’une famille élargie comptant souvent une dizaine de personnes, trouvent dans les petits métiers un moyen de survie. Les enfants, alors livrés à eux-mêmes par des parents accaparés par la nécessité de rechercher leur subsistance, sont éduqués à l’école de la rue. Les jeunes diplômés, frustrés dans leur désir d’ascension sociale, sont également tentés de compenser ce qui est vécu comme un échec dans l’alcool ou la drogue. Le secteur agricole est le premier à pouvoir répondre à cette demande dans la mesure où le prix des cultures de rente s’est effondré depuis dix ans. La marihuana est en général la drogue la plus répandue, en attendant le passage aux drogues dures qui répondent ensuite à des modèles de consommation des pays riches.

Au niveau des économies nationales, les trafics illicites constituent une source importante de devises. Comme le fait remarquer un ex-conseiller de la Banque mondiale, Michel Chossudowski au cours du Colloque de l’OGD "Les narco-dollars, une fois blanchis et recyclés dans le système bancaire international, pourront servir aux gouvernements des pays en développement à remplir leurs obligations auprès des créanciers. On pourrait ajouter qu’ils contribuent également aux politiques de privatisation dans des pays où les investisseurs étrangers sont réticents et où les nationaux manquent de fonds propres." C’est la raison pour laquelle la plupart des pays d’Afrique assoiffés de devises ne peuvent pas s’offrir le luxe d’être trop regardants sur l’origine des capitaux déposés aux guichets de leurs banques. D’un côté, la communauté internationale s’efforce de faire adopter, à travers le PNUCID, des législations réprimant le blanchiment de l’argent sale, mais de l’autre, comme le remarque encore Michel Chossudowski : "Pour autant que le service de la dette soit remboursé, les créanciers ne font pas la distinction entre "argent sale" et "argent propre". Tant qu’une réponse ne sera pas apportée à ces exigences contradictoires des pays riches, les politiques mises en place en Afrique pour lutter contre le trafic des drogues risquent d’être inopérantes.

Mots-clés

drogue, dette extérieure, crise économique, trafic de drogue, secteur informel, chômage, jeune, ajustement structurel


, Afrique de l’Ouest

Commentaire

Un autre phénomène constitue paradoxalement, aux yeux de nombreux observateurs, un facteur aggravant dans le domaine de la production, du trafic et de la consommation des drogues : il s’agit du processus de démocratisation dans lequel se sont engagés de nombreux pays. Certains des nouveaux partis qui se sont créés ont besoin de financements pour fonctionner et ne sont pas toujours très regardants sur leur origine. Les luttes électorales et les nécessités du maintien de l’ordre mobilisent les polices quin’ont plus la possibilité de s’intéresser au trafic. Enfin, l’avortement de certains processus crée une déception dans la population, en particulier chez les jeunes, qui les pousse soit à la révolte, soit à la recherche de compensations dans les paradis artificiels.

Notes

Les sources d’information de cette fiche sont confidentielles et non communicables.

Source

Enquête

OGD=OBSERVATOIRE GEOPOLITIQUE DES DROGUES

OGD (Observatoire Géopolitique des Drogues) - France

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