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Cultures de cannabis et rébellion en Casamance

12 / 1994

Les îles du delta du Saloum et du fleuve Casamance sont les plus importantes zones de production de cannabis au Sénégal. D’une part, elles jouissent d’un climat favorable à cette culture et d’autre part, ce sont des régions relativement inaccessibles et donc à l’abri de la répression. Dans certaines îles inhabitées de la Casamance, également le long des bolongs (bras de mer), des dizaines d’hectares sont plantés de cannabis. Les cultivateurs se sentent d’autant plus en sécurité que la dernière campagne d’éradication menée par les forces de répression date d’une quinzaine d’années. On trouve également des cultures éparses à l’intérieur de la Casamance, dissimulées dans des champs de mil et de maïs, en particulier dans le département de Bignona et le long des frontières avec la Gambie et la Guinée.

Des informations très précises, recueillies sur place, montrent que des trafiquants nigérians et ghanéens viennent proposer aux paysans des semences, et leur paient par avance la récolte dont ils viendront prendre livraison le moment venu. Le système, qui est également utilisé en Gambie, consiste à verser 300 000 CFA pour la récolte de 10 m2 de cannabis qui doit être livrée sous trois mois. Le paysan qui ne respecte pas cet engagement, doit fournir le double de la quantité prévue.

Il a été dit que les rebelles du Mouvement des forces démocratiques de Casamance (MFDC)avaient utilisé l’argent du cannabis pour financer leurs achats d’armes. Il semble effectivement que les agriculteurs producteurs de cannabis aient apporté aux indépendantistes une contribution, volontaire ou forcée, plus importante que ceux dont les revenus sont modestes. Cependant, des contacts auraient également eu lieu entre le MFDC et des trafiquants nigérians, en particulier dans la région de la Moyenne Casamance. Selon un magistrat responsable de la lutte anti-drogue en Casamance, la région produit de 260 à 300 tonnes de marihuana. Les trafiquants locaux n’ont aucun intérêt à voir s’arrêter le conflit. Ce sont eux qui assurent également l’approvisionnement en armes des séparatistes. La livraison des armes se fait à la limite des eaux territoriales, sous la forme de troc : marihuana contre fusils, mortiers et mines.

Il n’en est pas moins vrai que les sommes provenant de la drogue sont relativement minimes par rapport à l’aide apportée à la rébellion par les pays voisins comme la Gambie et la Guinée Bissau. D’autre part, les représentants du gouvernement ferment eux-mêmes les yeux sur un commerce qui est source de revenus pour la région. Si les Diolas, parmi lesquels se recrutent les indépendantistes, sont les cultivateurs, la commercialisation est plutôt contrôlée par des Sérères et des Lébous. Selon des sources concordantes, les militaires combattant les rebelles auraient remis sur le marché le produit de certaines saisies. Il est incontestable que le conflit latent en Casamance, qui n’a pas été désamorcé par les accords de paix de l993, favorise les activités illicites.

Mots-clés

organisation populaire, agriculture illicite, cannabis, drogue, paysan, organisation paysanne, lutte armée, trafiquant, agriculteur, guérilla


, Sénégal, Casamance

Commentaire

Il convient cependant de souligner que les habitants du village de Kafountine, un des plus importants centres de production dans le nord de la province, ont décidé collectivement, au printemps 1993, de ne pas semer cette année. Cette décision, suivie d’effets, a été suscitée par la constatation que les jeunes étaient de plus en plus nombreux à fumer le yamba.

Notes

Les sources d’information de cette fiche sont confidentielles et non communicables.

Source

Enquête

OGD=OBSERVATOIRE GEOPOLITIQUE DES DROGUES

OGD (Observatoire Géopolitique des Drogues) - France

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