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La toxicomanie au Portugal

12 / 1994

L’Observatoire européen des drogues et des toxicomanies (OEDT), dont le siège a été attribué au Portugal et dont le budget s’élève à 4,8 millions d’écus (31 millions de francs)pour l994, a élu son premier directeur à la fin du mois de juillet. Lisbonne constituera, pour la nouvelle agence européenne qui a été inaugurée le 26 avril, un point d’observation privilégié pour appréhender, dans toute sa diversité, le phénomène des drogues au sein de l’Union. Dans ce pays en effet,entré en récession économique, la consommation d’héroïne en provenance du Croissant d’or, après avoir touché les grandes villes, se développe très rapidement, depuis deux ou trois ans, dans les régions rurales elles-mêmes.

La consommation de drogues dans les milieux populaires a commencé avec le retour des soldats du corps expéditionnaire d’Angola et du Mozambique (1972-1975)qui ont d’abord popularisé l’usage de la marijuana dont ils avaient pris l’habitude dans les colonies. Jusqu’au milieu des années 80, la consommation de l’héroïne ne touchait en revanche qu’un nombre très réduit de Portugais qui s’étaient initiés à cette drogue dans des pays étrangers. Mais elle a ensuite progressé très rapidement, accompagnée de l’usage de drogues de synthèse et de toutes les formes de polytoxicomanie. Selon l’Institut médico-légal de la capitale, on enregistre au moins un mort chaque jour par overdose dans le grand Lisbonne. Les autorités estiment que le nombre des toxicomanes, essentiellement des héroïnomanes, est passé de 30 000 en 1987 à plus de 100 000 en 1994.

L’adhésion du Portugal à la Communauté européenne en l986 a provoqué en effet un boom de la croissance économique (4,5% en moyenne entre 1986 et 1990)dans un pays jusque là replié sur lui-même. L’ouverture des frontières à de nouveaux produits de toutes sortes a été mise à profit par les trafiquants. Au début, ce sont des Allemands, des Hollandais et des Grecs qui ont alimenté le marché de l’héroïne. Mais peu à peu, les réseaux turcs, qui empruntent la route Istanbul-Zürich-Lisbonne, se sont directement mis en contact avec les distributeurs établis au Portugal. En 1992, la police a saisi 41 kilos d’héroïne et 92 kilos en 1993, dont 50 kilos en provenance de Hollande et 5 de Turquie. Les grossistes sont souvent des ressortissants de Guinée Bissau, aux mains desquels ont été par exemple saisis 6,5 kilos dans un quartier populaire de Lisbonne le 15 avril l994. Le 27 avril, Catio Balde, le frère du ministre de l’Intérieur de Guinée Bissau, Aboubacar Balde, a été condamné à huit ans de prison après avoir été arrêté, l’année précédente, en possession d’un kilo d’héroïne. Les Cap-verdiens, qui forment de loin le contingent le plus nombreux (87)des étrangers à avoir été détenus en 1993, se livrent également à un petit trafic entre Amsterdam et Lisbonne. De nombreux gitans se sont spécialisés dans le deal de rue. L’héroïne est notamment consommée dans les quartiers défavorisés de Lisbonne -Casal Ventoso, Curraleira, Cambora- et dans le quartier Sé à Porto.

Selon le Procureur général, 60% des délits contre la propriété y sont liés à la drogue. Sur 745 vols "à main armée" commis dans les villes du Portugal en l993, plus de 100 l’ont été sous la menace de seringues présentées comme "contaminées". On trouve également de l’héroïne dans des régions rurales comme Trás-os-Montes, dans le nord, qui abrite pourtant une population laborieuse très marquée par le catholicisme. Mais l’adhésion à l’Europe aura provoqué, en l’an 2000, la disparition d’un million de petites exploitations rurales, alors que la croissance, sur le plan national, n’ayant été que de 1% en l993, les secteurs urbains n’offrent plus d’emplois. Les possibilités de chercher du travail en France et dans le reste de l’Europe s’étant considérablement réduites, cette restructuration du monde rural s’accompagne donc de l’explosion du chômage. Dans ces régions, des milliers de jeunes des villages et petites villes sont désormais touchés par la drogue. Cette situation a fait que la question de la drogue, aux côtés de celles du logement et de l’insécurité, a été au coeur des débats durant les élections municipales qui se sont déroulées le 13 décembre l993.

Mais le Portugal n’est pas démuni face à l’épidémie. Equilibrant prévention et répression, il développe toute une stratégie de traitement dit "Projet Vida" qui intègre un réseau de centres d’aide aux toxicomanes (CAT), créés depuis l987 sur le modèle du fameux "Centre de Taipas". C’est également ce dernier qui va expérimenter, pour le compte des pays de l’Union européenne, un produit de substitution à base de LAAM (Levo-Alfa-Acetil-Methadil), un opiacé de synthèse, destiné à favoriser l’accès au traitement des toxicomanes les plus accrochés à l’héroïne.

Mots-clés

trafic de drogue, circuit de distribution, trafiquant, héroïne, cannabis, drogue, délinquance, chômage, toxicomanie, consommation de drogue


, Portugal

Notes

Les sources d’information de cette fiche sont confidentielles et non communicables.

Source

Enquête

OGD=OBSERVATOIRE GEOPOLITIQUE DES DROGUES

OGD (Observatoire Géopolitique des Drogues) - France

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