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Le défi du projet ANDES

Un exemple de passage du micro au macro

Lydia NICOLLET

07 / 1994

Le projet ANDES (Alimentation, Nutrition et Développement)a été mis en place en 1985 en Equateur par l’Institut Juan Cesar Garcia avec l’appui du Centre International pour l’Enfance et de la FPH. L’objectif était d’accroître la production et la consommation alimentaire des communautés paysannes pour améliorer durablement leur état nutritionnel. Ce travail était fondé sur l’interdisciplinarité et la coopération entre les acteurs extérieurs et les populations locales.

Nous insisterons ici sur deux points essentiels de cette expérience de développement local : sa relation avec le marché national et sa perspective à long terme. L’équipe ANDES a visé ces deux facettes sous deux angles :

  • la mise en place de l’expérience, le respect et l’adaptation à la population, à sa vision des choses, pour que celle-ci comprenne l’intérêt du projet et par là même celui de s’intègrer au marché national;

  • la diffusion de l’expérience dans le pays, par le biais des universités, des instances politiques et de la population elle-même.

Pour la mise en place du projet, il était nécessaire que les communautés paysannes se familiarisent avec le marché national : leurs besoins alimentaires impliquent qu’elles dépassent l’autoconsommation et produisent suffisamment pour vendre et obtenir un bénéfice; celui-ci leur permettant ensuite d’acheter des biens qu’elles ne produisent pas elles-mêmes, mais qui leur sont indispensables pour améliorer les conditions de vie. Pour cela, il leur fallait non seulement intégrer la logique du mécanisme commercial, apprendre à gérer le travail sur une plus grande échelle mais aussi accepter de s’y intégrer, prendre conscience des enjeux réels et de l’intérêt à y prendre part. Cette ouverture a été difficile car les populations étaient au début très réticentes à se rapprocher du monde moderne, et cela a demandé patience et écoute de la part de l’équipe, qui s’est imprégnée du contexte culturel, des traditions, pour intégrer leur action locale au marché national sans provoquer un blocage systématique. Mais l’intégration à l’économie du pays a été lente et elle demeure partielle car, même si elle est incontournable, elle est d’autant plus difficile que le poids des paysans est trop faible pour s’imposer sur le marché, leurs surplus à la vente sont trop faibles et les empêchent d’être compétitifs face aux gros exploitants; ils doivent en plus toujours travailler avec des intermédiaires qui coûtent cher. Malgré ces difficultés, l’équipe ANDES a fait un travail considérable pour aider les populations isolées à entrer dans le système, à assimiler les volets administratifs et juridiques (inscription à l’Etat civil, propriété foncière, héritages,...).

La diffusion de l’expérience: l’équipe s’en est donné les moyens en visant les universités, en cherchant indirectement un compromis avec le monde politique, et en mettant en valeur la capacité de la population à propager des rumeurs.

a- L’université : un acteur de taille pour changer les mentalités

L’équipe réunit les doyens des universités de médecine et d’agronomie. Ces acteurs ont un rôle stratégique pour la diffusion de ANDES, car leur réseau de relations est large et leur influence importante tant parmi les universitaires que les hommes politiques. L’équipe a accueilli des thésards en stage de fin d’études; ces personnes ont donc pu lier savoir théorique et expérience pratique, et surtout adapter ce savoir à une réalité qu’ils ne connaissaient pas. On peut dès lors espérer que les recherches en université s’orienteront sur les problèmes concrets qu’ont pu rencontrer ces thésards sur le terrain. De plus, l’université garantit la continuité d’une expérience et permet de projeter ses fruits d’une génération à l’autre. La méthodologie ANDES acquise par ces professionnels potentiels a influencé leur mode de pensée et d’analyse des actions de développement, laquelle se propagera dans leur entourage. On conçoit là l’effet boule de neige : le travail se fait d’abord dans les deux facultés de Quito, dans les différentes universités, puis la méthodologie sera reconnue par le rectorat, et enfin, au niveau ministériel. Anne-Marie Masse-Raimbault, du Centre International pour l’Enfance, un membre très actif de l’équipe ANDES, dit très justement que la formation est un médiateur essentiel permettant de faire évoluer un pays et ses mentalités. En passant par les universités, l’expérience aura un statut scientifique, elles sera légitime, crédible, et pourra avoir une influence sur le discours officiel.

b- Le monde politique : un atout pour la diffusion macro ?

L’Etat n’est pas toujours un adversaire dans un projet de développement. L’équipe ANDES a bien compris cela et, par la recherche du compromis, elle a pu montrer l’intérêt de son action au gouvernement équatorien. Ce dernier y a contribué en acceptant la participation universitaire au projet, et il compte répéter l’expérience. En fait, la participation de l’Etat était surtout passive, mais essentielle : il ne s’est pas opposé à la mise en place du projet, or c’est bien souvent le problème majeur dans ces actions de développement.

c- Le bouche à oreille : un médiateur efficace

La diffusion a également marché par la politique du bouche à oreille, par contagion et imitation au sein de la population. Le projet étant une réussite, les gens veulent en savoir plus et appliquer la méthodologie dans leur environnement. La rumeur se propage rapidement et motive les communautés à agir, à s’informer et à s’organiser. Cette "diffusion diffuse" par un acteur non institutionnalisé a un rôle d’autant plus important qu’elle se fait entre des personnes qui parlent le même langage, qui rencontrent les mêmes problèmes, sans aucun intermédiaire extérieur plus ou moins digne de confiance.

Mots-clés

Etat et société civile, relations micro macro, diffusion de l’innovation, changement social, université


, Équateur

Commentaire

Il est important qu’un agent de développement soit capable de s’adapter à un contexte politique en y cherchant un compromis. Les relations avec le monde politique sont certes souvent fragiles, c’est pourquoi il est de l’intérêt des acteurs du développement de se montrer sans étiquette politique pour éviter les mauvaises surprises. La faculté, en revanche, est un univers relativement stable et un peu plus transparent que le monde politique; elle représente un réseau de communication important qui permet la circulation des idées. De fait, elle est un médiateur efficace pour diffuser et légitimer une expérience, une méthodologie. Le danger de travailler avec des universitaires réside sans doute dans leur difficulté à lier réflexion intellectuelle et action pratique; or s’ils permettent de légitimer les idées qu’ils diffusent, ils donnent également une force aux idées qu’ils récusent. Il serait donc peu souhaitable que ces universitaires s’éloignent des besoins réels des populations, ou qu’ils soient influencés par des pressions extérieures allant à l’encontre des objectifs.

Notes

Contact : Anne-Marie Masse-Raimbault. Centre International pour l’Enfance, Chateau de Longchamp, 75016, Paris, France. Fax : (33 1)45 25 73 67.

Cette fiche a été saisie dans un traitement de texte; mise en forme pour Dph par F.FEUGAS. L’ajustement nécessaire à la taille maximale de la fiche DPH a pu entraîner des coupures ou des remaniements du texte original.

Entretien avec MASSE RAIMBAULT, Anne Marie

Source

Entretien ; Livre

HARDY, Yves, La route des Andes, Syros, 1993 (France)

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