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Le dilemme de l’excellence versus l’improvisation

Le projet Logement et Communautés Productives au Venezuela 1994/08/19

Lydia NICOLLET

07 / 1994

Depuis le début des années 80, la crise socio-économique affecte profondément les quartiers populaires ou "barrios" : le salaire des Vénézuéliens s’effondre, le prix des aliments explosent et, selon le Ministère du Travail, l’inflation accumulée était de 160% en 1991. Dans le même temps, le nombre de familles en situation de pauvreté critique a atteint 35 % de la population. Tous ces chiffres montrent que les conditions minimum de vie sont loin d’être remplies sur les plans de la nutrition et du logement.

Pour pallier cette situation, le gouvernement met en place des stratégies d’aide sociale qui consistent essentiellement en un transfert de ressources vers les secteurs populaires. Mais il s’agit là d’une politique d’assistanat qui ne résoud qu’une partie infime des problèmes; tout cela crée une dépendance sociale qui n’est pas sans conséquences et ne permet même pas à la population d’atteindre un niveau de vie respectable et nécessaire à la dignité humaine.

Pour améliorer ces conditions de vie, le Gouvernement doit se résoudre à une politique sociale engagée et ouvrir un espace pour une stratégie de qualité à long terme. Ainsi, sur le plan de l’habitat, son action doit être plus rigoureuse et cesser de légitimer la tendance néfaste des années 80 qui consiste à promouvoir la branche du secteur public de "pauvre architecture pour les pauvres"et se traduit par l’extension de zones périphériques défavorisées éloignées des centres urbains. En somme, plutôt que d’improviser et d’assimiler la politique de logement à une simple assistance sociale, l’Etat devrait être plus responsable et valoriser le thème de l’habitat en l’associant à la créativité des habitants dans une infrastructure solide.

Face à cette fragile structure socio-politique, le populisme renaît avec un profil nouveau; car le citoyen vénézuélien, à la fois individu et membre d’une communauté, se sent vulnérable et mis à l’écart d ans toute décision socio-politique. Or c’est par la concertation de la communauté, à travers ses activités associatives, que les propositions de transformation seront réellement utiles car elles seront fondées sur l’avis de personnes directement liées aux problèmes traités.

Le projet Logement et Communautés Productives repose sur le concept "produire pour se loger", dans le contexte des communautés associatives; le logement serait alors lui-même un foyer de production qui alimenterait une dynamique de t ravail allant jusqu’à la communauté productive, voire même le village productif. Ces barrios regroupent en effet des activités économiques informelles de service et de production, souvent familiales, qui constituent la base de l’économie de subsistance des populations pauvres. Ces activités informelles, uniques sources de revenus, pourraient être mises en valeur par la création d’un centre productif de logements adapté à l’environnement des quartiers défavorisés. Ce projet s’appuie sur les circuits associatifs et la solidarité de leurs membres, qui constituent la plus grande force de ces communautés. Il cherche à mettre en valeur les activités de production des communautés et à dépasser les stratégies de survie pour atteindre le marché.

L’objectif est double : améliorer l’habitat de la population des barrios et créer une structure solide et organisée avec des Comités de Construction. Il faut, pour commercialiser légitimement le fruit du travail communautaire, passer des accords avec les municipalités. Par exemple, les associations productrices de vêtements pourront vendre à leur propre municipalité les uniformes scolaires; cela donnera lieu à la construction d’ateliers de travail, de cours de formation de couture mais aussi de comptabilité pour se préparer à entrer dans le marché.

Le principal problème a été de travailler avec les institutions publiques - ce qui n’a pu être évité puisqu’il s’agit d’un projet expérimental- car leur structure juridique n’est pas suffisamment flexible pour collaborer activement avec des communautés en situation de pauvreté critique. De plus, ces institutions permettent difficilement de prendre des décisions de façon démocratique; or c’est là un élément fondamental dont dépend toute la dynamique de l’autonomie des communautés.

En fait, les autorités locales et les organisateurs de ce projet ont deux conceptions du travail totalement incompatibles : les premiers cherchent à effectuer une quantité énorme de travail en un minimum de temps pour obtenir des statistiques positives, ils "agissent pour agir" en improvisant par des actions ponctuelles; dans cette perspective, le problème n’est pas traité à sa racine mais il est maquillé avec des moyens qui, mieux exploités, auraient produit des résultats concrets et durables. Les seconds cherchent à créer une dynamique à long terme pour offrir aux communautés une réelle autonomie financière et une amélioration de leur qualité de vie. Certes, ce processus est très complexe et demande du temps car il doit, pour se mettre en place, respecter le rythme des communautés et faire l’oeuvre d’un véritable remodelage des mentalités, d’une assimilation des techniques à employer.

La confrontation des deux politiques "agir pour agir" et "agir dans le long terme" reste un véritable dilemme qui ne concerne pas seulement le logement, mais tout l’univers social du Vénézuéla. La qualité et la lucidité devraient faire partie de la stratégie de l’Etat, de même que discipline et volonté sont les mots d’ordre pour les habitants des barrios.

Les institutions, si elles suivaient la stratégie des communautés, en seraient bénéficiaires à long terme : les barrios seraient autonomes et plus serains car ils proposeraient des emplois et des ressources à leurs habitants. Mais cette théorie laisse pour compte deux points importants : tout d’abord, quel est l’avantage d’un élu municipal d’investir dans un projet dont les fruits ne seront sans doute pas récoltés avant la période de réélection ? Ensuite, quelle garantie a-t-il de la réussite de ce projet qui semble très ambitieux et dépend essentiellement de la volonté des habitants des barrios ? Ces derniers seront-ils à même de produire tous les efforts requis alors qu’ils doivent au quotidien faire face à des besoins essentiels ? Pourtant, malgré ces risques inévitables, c’est bien en dynamisant la force de ces personnes - qui se trouve pour ainsi dire paralysée par une logique négative- que leurs problèmes de fond pourront être résolus; c’est en prenant en compte leur existence, en valorisant leur identité, en les intégrant à la ville et à son marché productif et commercial que les habitants des barrios trouveront la force de leur action.

Mots-clés

Etat et société civile, changement social, logement, participation populaire, autoconstruction, travail communautaire, autonomie, habitat, habitat populaire, conditions de vie, politique de l’habitat, réhabilitation de l’habitat


, Venezuela

Notes

Cette fiche a été saisie dans un traitement de texte; mise en forme pour Dph par F.FEUGAS. L’ajustement nécessaire à la taille maximale de la fiche DPH a pu entraîner des coupures ou des remaniements du texte original.

Source

Document interne

BRUMLIK, Ana, Fac. d'Architecture et d'urbanisme, Univ. centrale du Venezuela, Encuentro Internacional del Tercer Mundo - Rehabilitacion de los Barrios, 1991

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