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Réflexion sur la logique partidaire en France

La crise du politique

Lydia NICOLLET

09 / 1994

La forme partidaire est remise en question, les symptômes en sont manifestes dans la vie politique de plusieurs pays européens. Evidemment, chacune de ces remises en cause procède d’une histoire spécifique, mais l’inadéquation entre des structures trop pyramidales et l’aspiration à des pratiques interactives semble bien constituer l’un des facteurs essentiels de l’actuelle faiblesse politique.

En France le rôle déterminant de l’élection présidentielle renvoie à un parti structuré en fonction de cet enjeu. Le champ du politique étant aspiré dans la logique présidentielle, le parti devient un relais au seul service du présidentiable comme du Président. D’où une perte de substance de l’activité intellectuelle interne au profit d’une action de soutien et de positionnement politique. Il serait cependant trop simple d’en conclure à l’inanité de toute action en faveur d’une évolution de l’ancienne forme partidaire vers des structures plus adaptées au monde moderne. La crise de la démocratie a en effet pris une telle ampleur qu’une remise en cause des instruments de la fonction politique est devenue une obligation incontournable.

La réflexion sur les perspectives du changement social s’estompe aujourd’hui derrière les enjeux de pouvoir. Face à cela, proposons quelques remarques :

  • Les débats actuels, dits de fond, sont lestés par des enjeux de pouvoirs; la qualité d’écoute et de réflexion dépend toujours de l’intensité du rapport de force établi. Développer une pensée prospective suppose l’existence d’espaces dont les contraintes ne résultent que de l’exigence de qualité de la délibération. Ceci permettra peut-être la constitution d’un maillage social qui représentera la "passerelle" entre le citoyen et le pouvoir. Mais là encore, c’est la dynamique entre acteurs sociaux et représentation politique qui reste à redéfinir, étant entendu que la structure et le fonctionnement des partis sont ici en cause.

  • Une autre forme d’organisation politique reste à définir, intégrant les principes du partenariat et de la synergie pour un fonctionnement en réseaux seul susceptible d’ouvrir la formation aux apports extérieurs. Cette redéfinition du rôle et des moyens de l’organisation politique doit par ailleurs s’appuyer sur une appréciation plus exacte de la réalité de son champ d’intervention. Or celui-ci est prioritairement électoral, d’où une nécessaire exigence de transparence démocratique incluant des critères de sélection et d’évaluation des élus. La crise de l’éthique politique que nous connaissons ne sera pas résorbée sans que l’on donne une réponse appropriée à ces exigences aujourd’hui si peu respectées par la pratique partidaire.

  • Par ailleurs le besoin de décloisonner et d’élargir les relations entre l’Etat et la société, relations qui peuvent passer par le conflit, appelle à l’émergence de pratiques politiques innovantes. Le développement des clubs et groupes de réflexion, les expériences de mise en réseau des initiatives, tendent à répondre à une telle attente. Là réside probablement un potentiel de rénovation de la vie politique encore peu exploité. Déja quelques expériences constituent l’esquisse d’un mouvement diversifié de citoyenneté active. Des initiatives sont prises afin que s’organisent des passerelles et que se confortent ces démarches plurielles. Il faut souhaiter qu’elles rencontrent un très large écho.

Une démarche politique à construire.

La crise du politique est en partie issue de l’évolution sociale : la société ne s’organise plus autour d’une contradiction centrale (patrons/ouvriers)et le travail tend à perdre son ancienne prépondérance dans l’organisation des rapports sociaux. L’émergence de nouvelles contradictions, homme/nature, temps libre/temps de travail, bouscule les frontières et les clivages.

Pourtant on ne bouleverse pas si aisément les continuités historiques. Comment donc construire un rapport nouveau à la politique sans ignorer l’histoire dont elle est issue ? Car la pratique de la table rase est souvent productrice de démarches qui font date. C’est vrai pour la science comme pour la création culturelle et sans doute encore plus en matière d’innovation sociale et politique. Mais la reconnaissance de références issues de l’histoire n’interdit pas de s’interroger sur la pertinence de leur actualité.

Deux considérations semblent à cet égard décisives :

  • Le jeu des rapports sociaux est redevenu beaucoup trop complexe, la composition et la structure des classes sociales ayant connu des évolutions très significatives. Le travail lui-même s’est profondément modifié dans ses contenus comme dans ses rapports au non travail ou, sur un autre plan, aux limites des ressources naturelles.

  • Les mutations du monde moderne ne doivent-elles pas en définitive s’opérer dans des processus démocratiques de socialisation ? Ainsi, la solidarité n’implique-t-elle pas, au-delà du partage, une autre organisation du pouvoir dans la vie civique comme dans l’entreprise ? Le monde finalement ne change-t-il pas plus vite que la conscience qu’en ont les forces politiques ?

C’est en termes de dynamique et non de modèle qu’il convient aujourd’hui de construire une démarche. Une stratégie du changement social est à élaborer qui écarte à la fois les illusions des constructions artificielles et les impasses de la conquête du pouvoir comme seul but.

On ne pourra analyser les problèmes actuels et trouver des solutions sans passer par une réflexion sur le fonctionnement du système politique et social. Il ne s’agit pas là de faire une critique déraisonnée et irréaliste, mais de comprendre les causes profondes du malaise politique et par là-même social. Ce débat est bien trop absent des discours de nos dirigeants, mais aussi des médiateurs entre l’Etat et le citoyen. Ceci car l’urgence est aujourd’hui maître mot, mais aussi parce que cette démarche semble trop ambitieuse et décourage les citoyens avant même d’entamer le débat. Mais ne faut-il pas se demander pourquoi ces derniers n’ont pas la volonté de s’engager dans une telle réflexion ? Manque de "responsabilité citoyenne", de connaissances, d’implication du citoyen dans le fonctionnement de la société dans laquelle il vit ? Manque de communication entre le politique et le citoyen ?

Mots-clés

Etat et société civile, démocratie, responsabilité citoyenne, pouvoir, légitimité du pouvoir


, France

Notes

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Source

Articles et dossiers

DEPAQUIT, Serge, Petite contribution à la recherche de la matière noire in. DEVENIR, 1993, 7

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