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L’armée russe

02 / 1994

L’armée russe s’est mise à jouer bon gré, mal gré, un rôle politique de plus en plus important depuis l’écrasement de l’insurrection qualifiée de "rouge-brune" ou pro-parlementaire d’octobre 1993. Ce rôle politique n’est guère dans ses traditions, contrairement à ce qui s’écrit quelquefois en Occident. Pour mieux comprendre et peut-être prévoir certaines réactions de cette énorme et encore puissante institution, il est bon d’avoir à l’esprit les profondes modifications qu’elle est en train de subir. Nous omettrons ici la dégradation de son statut et des conditions de vie de ses officiers et son "humiliation" psychologique, toutes nées de la Péréstroïka. Mais un des changements de fond est l’orientation profondèment différente prise pour l’armée russe par le gouvernement encore en novembre 1992, selon laquelle l’armée russe doit devenir "par étapes une armée de militaires volontaires sous contrat". Un budget de 6 milliards de Roubles a été attribué en 93 pour commencer à appliquer cette décision gouvernementale qui n’était accompagnée d’aucune directive d’application concrète jusqu’au 6 avril 93. A cette date, une directive du ministère russe de la défense a été publiée pour préciser les modalités concrètes de signatures des contrats avec les citoyens russes désirant se porter volontaires pour servir dans les forces armées.|Les premiers contrats devaient être signés avant le 31 mai, sans attendre la décision finale du parlement, opposé aux réformes de Eltsine et de son Premier ministre d’alors, Egor Gaïdar, et qui n’avait toujours pas approuvé la loi. Il s’agissait notamment de signer des contrats avec les nouvelles promotions des écoles d’officiers. Les contrats concernent tous les grades et fonctions et peuvent être signés par tout militaire d’active ou de réserve ainsi que par tout appelé au service national ainsi que par des femmes non tenues au service militaire.

Un des problèmes essentiels que tente de résoudre cette loi est que seuls 30 à 35 pour cent des jeunes appelés sous les drapeaux en Russie répondent présent. Certains articles de presse, qui racontent des exemples isolés, chiffrent la fuite devant la conscription à une soixantaine de pour cent : "disparition" des appelés dans des structures professionnelles privées que l’Etat ne sait pas encore comptabiliser, ou dans des structures criminelles plus ou moins légalement couvertes ou encore par refuge dans "l’Etranger proche", c’est à dire l’ancienne URSS, selon la formule consacrée. Les conscrits ukrainiens qui désertent encore plusque les Russes semble-t-il, sont particulièrement friands de ces refuges dans d’autres ex-républiques de l’ex-URSS. Des mesures "impopulaires" comprenant des refus de sursis et de dispenses et une aggravation des peines encourues pour ce type de désertion ont été annoncées à plusieurs reprises, notamment par le ministre russe de la défense, M. Pavel Gratchev. Et après l’écrasement de l’insurrection d’octobre, le président Boris Eltsine, qui avait quelques dettes vis-à-vis de l’armée, a cédé à une de sesvieilles revendications et supprimé la plupart des sursis pour études. Ceci malgré l’opinion de son ministre de la défense, Pavel Gratchev, auquel il devait beaucoup et sans doute trop pour le garder après la prise de la Maison Blanche, qui s’est déclaré pour sa part favorable à un relèvement de l’âge de la conscription de 18 à 21 ans.

En été 93, les manoeuvres et cycles d’enseignements d’été avaient repris après un an et demi de suspension faute de moyens, d’orientations et de moral des troupes. Les enseignements d’été ont tout de même eu lieu à l’économie : encouragement des entrainements aux simulateurs et ordinateurs, aussi bien dans les unités du trans-Baïkal (Sibérie)que dans l’Ouest. Une remontée relative du moral de troupes a notamment été obtenue grâce à des augmentations accordées par Boris Eltsine et à la loi russe sur le "statut des militaires" qui reconnait à ces derniers des privilèges compensant les limitations de droit de citoyens que leur profession impose. Des moyens financiers ont commencé aussi à être attribués aux régiments. Mais l’arrivée des premiers soldats et sous-officiers volontaires sous contrat ont contribué à stabiliser légèrement les choses en commençant à garnir les rangs souffrant des manques dûs aux fuites devantla conscription. Ces premiers volontaires sous contrats, préfigurant la future armée de métier, ont commencé dès le début à avoir d’autres attitudes et à se montrer infiniment plus exigeants sur leurs conditions de vie que de jeunes appelés ou des officiers sous statut ancien. Pourtant, malgré une relative abondance de candidats, leur qualité n’est pas toujours acquise car de nombreuses personnes au casier judiciaire chargé tentent de s’infiltrer dans les unités armées. La pratique a donc tendance à privilégier les contrats avec "les siens" c’est à dire des gens comptant déjà dans les effectifs à un autre titre et pour une autre durée. Encore faut-il pour les garder que les versements des salaires soient faits à peu près à temps, ce qui dèe les premiers mois n’a pas toujours été le cas. Plusieurs tout nouveaux contrats ont ainsi été rompus dès l’été 93.

Mots-clés

armée, Etat et armée


, Russie

Commentaire

La problèmatique de l’armée de métier. Le risque politique de la place du mercenaire dans l’Etat mais aussi dans le cas de la Russie une façon de peser par les lois du marché, aujourd’hui sacro-saintes, sur les moeurs, coutumes et conditions de vie des militaires. Dès les premiers mois, les "profits" n’ont plus voulu tolérer ce qui était la règle avant dans l’armée russe et qui y provoquait tant de morts accidentelles et de suicides.

Notes

Enquête personnelle.

Source

Texte original ; Enquête

DE KOCHKO, Dimitri, FRANCE OURAL

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