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Résistances civiles : les leçons de l’Histoire

Nicolas SILHE

07 / 1993

Notre mémoire collective ne retient souvent de l’histoire que les faits de violence. Il est important de rappeler l’existence, comme réponse à l’agression, d’une alternative non violente. Non-violence : on pense immédiatement à Gandhi, "le premier leader politique à penser la non-violence en termes de stratégie de libération". Mais, avant comme après lui, il y a eu des résistances populaires sans armes : des "résistances civiles", au sens d’une forme de résistance à l’oppression qui utilise les méthodes de l’action non violente sans pour autant recourir au concept de non-violence.

De ces exemples, il convient de tirer des enseignements. Ainsi, quelles sont les conditions d’apparition (historiques, sociales...)de la résistance civile ? Fondamentalement, un groupe social (la population autochtone face à l’occupant, la classe ouvrière face à la dictature, etc.)prend conscience de son poids dans la société et de "la pression qu’il peut exercer sur elle s’il lui retire sa participation". Quelles sont les conditions d’efficacité ? La forte cohésion du groupe moteur de la résistance et, mieux encore, l’unité populaire ; l’organisation du groupe, notamment par des organisations professionnelles (syndicats, pyramide de la fonction publique ou du clergé...); une volonté commune de défense ; enfin, une autorité légitime guidant et représentant la résistance. A ces facteurs s’ajoute la nécessité d’une stratégie (c’est ce qui a manqué au mouvement internationaliste ouvrier avant la première guerre mondiale). On peut mentionner aussi l’importance particulière des transports (cf. le rôle clé des cheminots, par exemple en Tchécoslovaquie en 1968)et des réseaux d’information (radios libres, presse clandestine...).

Les situations ne sont pas toujours entièrement comparables : il y a la différence entre lutte non violente de libération et défense populaire non violente (ce second cas répondant à une oppression AVEC agression); en outre, l’action non violente n’a pas toujours été un choix, et parfois était complémentaire d’activités de type militaire.

Voici, résumés, quelques exemples de résistance civile :

* 1859-1867 : la Hongrie face à l’occupation autrichienne.- Face à l’assimilationnisme autoritaire autrichien, les Eglises font bloc et poursuivent leurs activités sans se plier aux lois de l’occupant. Bénéficiant du soutien des Eglises, du gouvernement et de journaux, britanniques entre autres, elles retrouvent leur autonomie, l’Autriche craignant sa perte de prestige à l’étranger. Par ailleurs, le député à l’ancienne Diète hongroise, Ferenc Deak, refuse de collaborer et, dans une lettre publiée, conseille à ses concitoyens la résistance passive : grève de l’impôt, refus de l’enrôlement dans l’armée autrichienne, boycott par les députés du Parlement impérial de Vienne. Le peuple répond à l’appel, solidaire dans son fort nationalisme. Dans un contexte de guerre avec la Prusse et de révolte grondant en Hongrie, l’Empereur finit par rétablir la constitution et l’autonomie de la Hongrie. Notons que la résistance non violente ne reposait sur aucune base idéologique (valeurs), mais sur une analyse pragmatique des rapports de force.

* 1915-1948 : Gandhi et la décolonisation de l’Inde.- Pendant trente-deux ans, Gandhi a organisé la non-coopération des Indiens avec l’occupant britannique, lançant également de grandes campagnes de désobéissance civile : organisation du tissage en famille (deux millions de rouets)et boycott des tissus anglais, grève de l’impôt par les paysans, non-respect des lois britanniques par les citadins, "marche du sel" (pour faire abolir la taxe sur le sel, Gandhi dirige une marche jusqu’à l’océan Indien pour y prélever du sel), etc. A plusieurs reprises, Gandhi a jeûné presque jusqu’à la mort -arme suprême dont l’emploi a sans doute marqué les limites du mouvement de résistance non violente. La victoire de l’indépendance a aussi été une défaite, l’Inde sombrant dans l’abîme de violence de la partition. Notons que Gandhi s’est consacré à un combat, non seulement pour l’indépendance de l’Inde, mais aussi contre certains des processus d’aliénation les plus profondément ancrés dans la culture indienne : système de castes et intouchabilité, fanatisme religieux, etc.

* Août 1968 : L’écrasement du Printemps de Prague.- Entre le moment de l’invasion de son pays par les troupes du Pacte de Varsovie et la signature des accords de Moscou, le peuple tchécoslovaque a déployé dans sa résistance non violente un héroïsme quotidien d’une belle inventivité. La résistance a su s’organiser très tôt, utilisant notamment l’infrastructure du parti communiste tchèque (le 14ème congrès du parti a eu lieu clandestinement)et bénéficiant jusqu’au bout du rôle catalyseur de la télévision puis, surtout, des radios. Les militaires des troupes d’occupation ont été la cible d’actions de démoralisation : harcèlement par des questions, appels sans cesse répétés à leurs sentiments, tracasseries pour l’approvisionnement, etc. Toutes les techniques de non-coopération ont été employées : effacement des indications routières, des noms de rue, lenteur, grèves et "erreurs" (tel chez les cheminots), recours à l’humour pour désarmer et combattre idéologiquement... Au-delà de cette multiplicité d’actions ponctuelles, il convient d’insister sur le rôle absolument fondamental de l’organisation de cette résistance.

Beaucoup d’autres exemples seraient à citer. N’oublions toutefois pas que leur valeur est seulement illustrative et non démonstrative. Par ailleurs, la finalité de cette étude, plus que de permettre la résistance, est de donner des outils pour la défense, la dissuasion. Dans cette optique, l’étude de l’histoire de la non-violence doit absolument s’accompagner d’une "réflexion stratégique sur les données contemporaines".

Mots-clés

idéologie, violence


, Hongrie, Inde, Tchécoslovaquie

Source

Articles et dossiers

NON VIOLENCE ACTUALITE, 1983 (France), DOSSIER N°2

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