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L’annihilation des ressources de la morue du nord a compromis la vie de centaines des communautés de pêcheurs du Canada

Pierre GILLET

05 / 1995

Il est maintenant bien connu que la surpêche a épuisé les ressources de la morue du Nord dans l’Atlantique et que ces stocks sont à des niveaux atrocement bas. La crise actuelle de cette pêcherie a perturbé la vie des communautés de pêcheurs au Canada. Le cas des habitants de l’île Fogoest exemplaire.

Dans le Nord-Ouest Atlantique, sur les côtes de New Foundland au Canada, cette petite île a une population de 4.500 habitants répartis en 9 communautés. Cette île se trouve géographiquement dans une zone de pêche particulièrement riche. La pêche est la source principale des moyens d’existence des communautés de cette île.

Traditionnellement, ces pêcheurs dépendaient de l’accès au poisson de fond des zones côtières pour le frais. C’était principalement la morue du Nord et accessoirement d’autres poissons démersaux, des crabes et des pélagiques.

Les habitants de cette île sont connus pour leur attachement passionné à leur île. Au cours des années 60, au lieu d’accepter le programme de repeuplement du Gouvernement provincial et de quitter leur île, ils ont formé leur propre coopérative de travaileurs-producteurs.

La coopérative de l’île de Fogo a été établie en 1967 et a été depuis sa formation le pivot de l’économie de pêche de cette île.

Au moment de sa création, elle avait plus de 125 membres et un investissement total de $ 625. Aujourd’hui, elle a plus de 1.200 membres et ses investissements ont presque atteint $ 3 millions. D’après Bernadette Dwyer, l’ancienne présidente de cette coopérative: "Etant travailleurs-propriétaires, nous travaillons dans un environnement non-syndicalisé. Les résultats positifs de cette "mutuelle" sont tangibles et nous en sommes fiers. "Aujourd’hui, la coopérative compte 700 pêcheurs et 500 ouvriers d’usine. Dans les conditions normales, la coopérative fait fonctionner 5 usines et réalise un chiffre d’affaires annuel de 10 à 15 millions de dollars.

Mais on ne vit plus un temps "normal": "la crise actuelle de la morue nous a menés au chaos" (Dwyer)." Cette baisse importante de notre réserve de matières premières a provoqué la perte de revenus pour nos pêcheurs, le chômage pour nos ouvriers, la perte de revenus pour notre coopérative et un affaiblissement de l’économie denotre île."

Il a été entendu que le moratoire sur la morue en 1992 devait être provisoire et pour une période de 2 ans. Pendant cette période, les pêcheurs de New Foundland ont renoncé à leurs droits de pêche, en vue de protéger la viabilité à long terme de leur source de revenu et afin de permettre aux stocks de récupérer.

Pour aider les pêcheurs et les ouvriers privés de moyens de subsistance, le gouvernement canadien offre une compensation globale.

Pourtant, cette mesure ne semble pas avoir porté ses fruits. Les analyses scientifiques récentes ont montré que les stocks de morue du nord continuent à décroître. Pire: ce qui en reste s’est déplacé au-delà des zones de pêche traditionnelles vers les eaux plus chaudes et plus profondes sur le plateau des Grands Banks au-delà de la zone de pêche de 200 milles du Canada. L’implication est inquiétante: la ressource qui reste est maintenant encore plus vulnérable à la pêche sauvage et incontrôlée.

Il est clair que la situation difficile actuelle est due aux méthodes imprudentes et anciennes de récolter la "générosité" de la nature.

Al Chaddock de l’Institut des Océans du Canada nous rapporte les paroles d’un riche pêcheur: "les dollars croissent plus vite que les poissons. Dans cette époque de la haute technologie, dans l’aqua-business, les sociétés de pêches devront plus réagir comme les sociétés commerciales diversifiées que comme des industries de subsistance à base de ressources naturelles".

Mais les conséquences sont accablantes. Chaddock continue, "cette personne, en effet, est maintenant très riche et puissante, mais la pêcherie qu’il a violée est presque morte et les pêcheurs qu’il a trompés sont dans la misère et sont en train de devenir des réfugiés urbains".

Certains problèmes sont évidemment hors du contrôle canadien. Jon Lien du Conseil Canadien pour la conservation des Ressources des Pêches dit que les scientifiques canadiens et les managers ont indiqué que les pratiques, insuffisamment contrôlées, de pêche sur les Grands Bancs, dans des zones qui se trouvent au-delà de la juridiction canadienne, devront s’accorder avec la gestion en vigueur sous sa juridiction nationale, afin de résoudre cette crise des stocks des pêches démersales transzones".

Il y a aussi ceux qui croient que le Canada doit d’abord mettre de l’ordre dans ses affaires. Bernard Martin de l’organisation des pêcheurs pour la Révolution des Communautés et des Ecosystèmes dit ceci: "le Canada n’est pas en mesure de sermonner pharisaïquement les autres pays concernant les effets sur la surpêche en haute mer. Depuis 1977, la gestion de la pêche canadienne a été un échec monumental, caractérisée par une grande flotte des chalutiers au large et par l’attribution outrancière de grandes quantités de ressources aux grandes sociétés ." Pour les communautés de pêcheurs côtiers dépendant des stocks de morue, l’avenir est plein d’incertitude.

Le ministre canadien de la Pêche a laissé entendre que la pêche resterait interdite jusqu’à l’an 2000 ! Bernadette Dwyer en conclut: "Les gens doivent maintenant faire face à l’éventualité d’un changement complet, à long terme, de leur manière de vivre traditionnelle et de leur style de vie qui ont perduré pendant plus de 400 ans".

La tragédie de cette île est partagée par une centaine d’autres communautés de pêcheurs tout au long de la côte nord-est de New Foundland et Labrador, jadis une des plus riches zones de pêche du monde. L’effondrement de leur pêcherie traditionnelle ne leur donne que deux options: soit de tout quitter et d’affronter un avenir incertain dans d’autres domaines, soit de rester et d’essayer de survivre des aides officielles et des programmes sociaux.

La seule solution possible a été exposée par Dwyer dans une déclaration à la conférence des Nations Unies sur les stocks chevauchants et migrateurs en Juillet 1993. Elle demande une mesure d’urgence imposant une suspension provisoire de la pêche de toutes les espèces menacées dans les zones voisines de la limite canadienne de 200 milles et au delà de celle-ci.

"Nous nous rendons compte", ajoutait Bernadette Dwyer, que le temps presse. La pêche incontrôlée et les régimes de gestion inefficaces en haute mer ne peuvent pas continuer. De telles méthodes de pêche irréfléchies pratiquées par des flottes très mobiles sonneront le glas des communautés côtières dont l’héritage et l’avenir dépendent du poisson."

Mots-clés

coopérative, législation, épuisement des ressources halieutiques, pêche, pêche industrielle, gestion des ressources naturelles


, Canada, Etats-Unis

Commentaire

Les pays industrialisés ne sont pas des "modèles". Le Canada paye très cher les choix de technologies industrielles qu’il a faits.

Source

Articles et dossiers

SAMUDRA REVUE, 1993/11/01, 8

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