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Des peuples du monde entier dépendent de la pêche non seulement pour se nourrir, mais aussi pour faire vivre leurs cultures

Pierre GILLET

05 / 1995

Il y a cinq ans, la marée noire d’Exxon Valdez a fait les gros titres dans les magazines de luxe et aux heures d’écoute maximum à la télévision. Les images des animaux marins couverts d’huile ont fait venir les larmes et ont causé la mauvaise conscience écologique du monde.

Au bout de quelques semaines, le monde a été distrait par d’autres gros titres. Mais pour les peuples indigènes du golfe d’Alaska, l’effet dévastateur était bien réel. Quand ce navire a heurté deux récifs et s’est échoué en mars 1989, environ 50 millions de litres d’huile se sont répandus à travers le Prince William Sound d’Alaska. Vers fin Avril, la marée noire s’étendait sur 3000 milles carrés et polluait presque 300 milles du littoral de cette région. D’après Impact Assessment Inc., la marée a affecté plus de la moitié des zones de pêche utilisées par les villages côtiers.

Cet épisode nous rappelle le lien étroit existant entre les pêches et les moyens de subsistance et le style de vie des peuples indigènes.

Or, lorsque ces peuples sont privés d’opportunités de pêcher, ils sont exposés soit à la sous-alimentation, soit à l’exode hors des régions de leurs cultures traditionnelles. D’après la FAO, les pêcheries artisanales à petite échelle contribuent à un quart de la production totale mondiale de la pêche. Elles représentent un tiers de la pêche continentale totale du Canada et la moitié des pêches du nord-ouest des Etats Unis.

Il y a 260.000 indigènes comme les Inuit, les Cree et les Mikmak de l’Amérique du nord. Environ 200.000 se trouvent également au long du Bassin occidental des Caraïbes. On les trouve aussi dans d’autres régions côtières comme le sud Chili, l’Argentine méridionale et certaines régions du Brésil, dans le Pacifique ouest et l’Australie, la Nouvelle Zélande, l’Indonésie, la Malaisie et les Philippines.

Pour tous, les ressources marines déterminent la dimension des sociétés indigènes et leur répartition et d’autre part, fournissent une base matérielle significative pour le développement culturel.

D’après le Conseil des Quatres Directions (Four Directions Council), une association des peuples indigènes du Canada et des Etats Unis, "parmi les systèmes économiques non-industriels, la pêche se compare favorablement avec l’agriculture comme base pour le développement de civilisations complexes."

La dimension et la prospérité des sociétés de pêche sont liées inextricablement à l’emplacement et à la stabilité écologique des ressources marines. Par exemple, sur la côte Pacifique d’Amérique du Nord, une culture entière dépendait d’un stock unique de saumon, revenant annuellement à une seule rivière.

Puisque leur dépendance envers les ressources naturelles était cruciale, traditionnellement ces peuples indigènes ont réglementé leur méthode de capture et le développement de leurs pêcheries. Les méthodes sont diverses. Quelquefois les zones de pêche sont allouées individuellement; d’autres fois, on apporte des restrictions à la période, au lieu et au type d’espèces à capturer. Par la parenté et par les relations commerciales, ces communautés ont aussi développé leur propre genre de "système de sécurité sociale" qui a assuré l’absence de surpêche pour prévenir les disettes possibles du futur.

La pêche se fait généralement près des côtes, dans les rivières, les estuaires et les zones des marées, les régions les plus vulnérables à la pollution et aux projets de "développement" côtier. De plus, plusieurs espèces normalement récoltées migrent et sont particulièrement sensibles à la pollution industrielle. Il a été prouvé que les balènes Bélougas capturées par les Inuit au large de l’île Baffin portaient les produits toxiques provenant des activités minières tout au long de la rivière Lawrence, plus de 1500km au sud de cette île.

La plus grande menace pour les pêches indigènes d’Amérique du Nord vient des industries de papier et de pâte à papier. De grandes quantités de produits chimiques toxiques comme les acides et les produits de blanchiment sont déchargés dans les lacs, les ruisseaux et les baies. Les rondins bloquent la migration des truites et des saumons en temps de frai.

Les réservoirs hydro-éléctriques représentent un autre danger. Chaque année, la rivière Columbia, un des plus grands réseaux d’eau fraiche du monde, produisait des millions de livres du saumon. Dès qu’une série des réservoirs a été construite au cours des années 30, la production de poisson a baissé de 80%, détruisant les moyens d’existence de plusieurs communautés indigènes habitant en amont.

De telles sociétés traditionneles sont aussi affectées tant par la pêche incontrôlée pratiquée par des groupes non-indigènes et par la pêche de loisir et de sport. Les flottes américaines et canadiennes et celles de la Communauté européenne pêchent intensivement la morue, le hareng et le capelan dans l’Atlantique canadien.

Le halibut et le saumon ont été surpêchés aux côtes du Pacifique par les flottes commerciales. En outre, les saumons sont interceptés par les filets dérivants qu’utilisent en haute mer les flottes japonaises et taïwanaises.

Malgré ces problèmes, peu de pays traitent les pêcheurs indigènes à l’égal des utilisateurs commerciaux et plaisanciers et ce, à cause de l’idée que la pêche artisanale n’a aucune valeur économique par rapport à la pêche commerciale qui rapporte du revenu et qui paie des impôts. Néanmoins, historiquement, des accords sur les droits de pêche entre les pouvoirs coloniaux et les peuples indigènes ont bel et bien existé. Pendant ces 40 dernières années, la demande croissante de ressources halieutiques a redonné de l’importance à ces accords. Mais ils n’ont pas été mis en oeuvre partout et pas toujours avec succès. On assiste dans beaucoup de pays (USA, Canada, Nouvelle-Zélande)à une protection des droits de récolte des peuples indigènes, ainsi qu’à la reconnaissance des pêcheries indigènes comme caractérisées par l’autoréglementation et la co-gestion. Comme les indigènes ont peu de connaissance de la biologie quantitative, ils ont besoin de l’appui technique et financier de leurs gouvernements. A leur tour, ils pourraient apprendre beaucoup. Seul un réseau global soutenu par les pêcheurs indigènes, les chercheurs et les supporters pourrait créer un réservoir d’expériences et de connaissances utiles.

Mots-clés

accord de pêche, pêche, environnement, législation, pollution de la mer, pollution chimique, ressources halieutiques


, Amérique du Nord, Amérique Latine, Nouvelle Zélande, Indonésie, Malaisie, Philippines, Panama, Honduras, Caraibes

dossier

Biodiversité : le vivant en mouvement

Commentaire

La pêche, une culture avant d’être une activité économique ? bien peu l’admettent.

Notes

Etude préparée pour l’UNCED par le Conseil des Quatre Directions.

Source

Articles et dossiers

SAMUDRA REVUE, 1993/11/01, 8

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