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La pêche côtière en Afrique : ne réinventez pas la roue !

Pierre GILLET

05 / 1995

Depuis le Projet de Pêche Indo-Norvégien au Kérala en Inde, initié par la Norvège en 1952, beaucoup de projets d’aide au dévelopement ont été lancés autour du monde dans les pays concernés. Ces projets se sont avérés de grands insuccès. Ils ont souvent exacerbé les conflits dans les eaux côtières.

Les résultats nets de ces projets en Afrique sont schématiquement synthétisés par Else Skjonsberg, une des collaboratrices de ce livre: "Les unités de traitement des poissons abandonnées, les ports et les embarcadaires en ruine, les ateliers fermés, les bateaux naufragés et les moteurs hors-bord qui ne fonctionnent plus, les puits bétonnés desquels l’eau n’est pas puisée et les stands dans les marchés qui n’ont jamais servi, constituent des rappels affreux de l’imperfection et du gaspillage.

Faisant fi de l’assistance au développement accordée largement au secteur industriel et des politiques étatiques irrésistiblement dévouées aux pêches industrielles, il est un effet surprenant que le secteur artisanal continue à se développer en Afrique.

Dans les pays comme le Sénégal et le Ghana, les pirogues "primitives" sont le fer de lance d’un des plus importants secteurs économiques. Il est d’autant plus impressionnant que la pêche artisanale dans ces pays soit développée à la fois en termes de productivité et en termes d’emploi, alors que l’économie générale était en perte de vitesse.

Les éditeurs de "Pêcher pour le développement" regrettent que malgré la performance lamentable de presque deux décennies de projets de pêche considérables et coûteux, "nous avons plus de connaissances sur les espèces de poissons dans les eaux africaines que sur les pêcheurs artisans africains, à la fois en termes de quantité, de migration et de dynamisme interne".

Une perspective interdisciplinaire

Divers collaborateurs - principalement des pays nordiques - étudient les points forts des pêches artisanales en Afrique, d’un point de vue interdisciplinaire. Ils expliquent les raisons possibles de l’insuccès des projets d’aide au développement.

Ils suggèrent les conditions sans lesquelles des interventions extérieures peuvent se justifier.

Alors que la première partie de ce livre traite des aspects socio-économiques liés à la viabilité, et au dynamisme du secteur artisanal, la seconde partie met l’accent sur les échecs ou les conceptions érronées des tentatives de développement.

Elle discute ensuite des conditions sous lesquelles les pêcheries artisanales peuvent être développées avec succès. Dans sa contribution, Eyolf Jul-Larsen étudie les conditions endogènes qui existent à l’intérieur des systèmes de production africains dans les pêches côtières.

Basées sur les migrations, l’innovation technologique, les changements dans l’organisation et les rapports de production, "les pêcheries de l’Afrique de l’Ouest émergent comme un système économique hautement efficace et productif", conclut Jul-Larsen.

La croissance d’un réseau de marchés régionnaux "qui s’adaptent aux règles et aux valeurs de sociétés traditionnelles" a joué un rôle crucial dans la réalisation de cette efficacité.

Jul-Larsen soutient plus qu’"une considérable croissance économique ne nécessité pas forcément une modernisation, définie comme "rapports capitalistes de production", si les institutions et les règlementations sociales des sociétés traditionnelles peuvent être étendues et redéfinies.

L’économiste Jean-Philippe Platteau remarque par le biais de réseaux familiaux et des rapports de crédit et de marketing, les pêcheurs font des investissements dans de nouvelles technologies sans la garentie collatérale. Les dispositions traditionnelles en tiennent lieu.

Le livre étudie aussi l’effet des migrations natonale et internationale des pêcheurs, l’importance d’une économie double de pêche et d’agriculture et leur complémentarité.

C’est sur cette base, qu’Else Skjonsberg s’appuie pour transcender l’approche sectorielle du développement des pêches, pour éviter une prééminence de la biologie et des technologies et de comprendre l’économie de la pêche et ses liens avec d’autres secteurs et l’industrie, avant d’accepter de faire une quelconque intervention externe.

Les deux derniers articles de ce livre traitent des questions de la gestion des ressources. Ils préviennent contre toute réalisation du "modèle occidental" de la gestion des pêches.

Ossi Lindqvist et Hanna Mölsä expliquent comment "les cultures locales, les langues, les traditions et les coutumes s’entremèlent dans la pratique de la pêche artisanale" et plaident pour une politique de gestion basée plutôt sur des considérations socio-politiques que sur la biologie de la pêche. La gestion adaptative et l’auto-gestion sont plus pertinantes.

Paul Dognbo va plus loin dans son article en proposant une suggestion assez radicale, qui est peut-être la meilleure façon d’introduire la gestion dans le contexte artisanal: c’est de ne pas le faire du tout, mais d’aider à la création d’un environnement qui est un soutien à une gestion intentionnelle ou accidentelle par les communautés de pêcheurs.

Pêcher pour le développement met bien en lumière le potentiel du secteur de la pêche artisanale en Afrique. Au lieu de réinventer la roue chaque fois - avec des conséquences désastreuses - ce tome suggère fortement que les décideurs prennent plus sérieusement les pirogues dites primitives de l’Afrique.

Laissez faire tout seul

Si vous allez à la pêche au développement - dans le sens métaphorique - les chances d’un développement du secteur de la pêche seront plus importantes si le secteur ne connaît pas d’interventions externes inappropriées faites par le biais de l’aide au développement.

Dans un langage compréhensible, "Pêcher pour le développement" démontre de façon bien persuasive, les points forts de la pêche artisanale et met en évidence l’importance de cette réalité éprouvée pour le développement des pêches en Afrique.

Mots-clés

environnement, technologie appropriée, développement économique, écologie, pêche artisanale, pêcheur artisan, échec


, Afrique

Notes

Ce livre est un recueil des communications présentées lors d’un séminaire sur "les conditions socio-économiques du développement de la pêche artisanale en Afrique", organisée par l’Institut Scandinave des Etudes Africaines et le Collège Norvégien de la Science de la pêche.

Il présente une vue d’ensemble du secteur de la pêche artisanale du Sud-Sahara.

Source

Document interne

MATHIEW, Sébastien

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