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Conditions de travail dans la pêche hauturière de Taïwan

Pierre GILLET

05 / 1995

Dans cette île, la pêche traditionnelle et côtière a pratiquement disparu à cause du développement industriel et de l’"enthousiasme" de la politique économique du pays.

L’écosystème marin a été détruit. Les effets cumulatifs de la surpêche et de la pollution industrielle ont fatalement épuisé les ressources halieutiques. En conséquence, au cours des 30 dernières années, s’est progressivement développé à Taïwan une flotte hauturière super-mécanisée.

L’extension de cette industrie de haute mer a eu des répercussions douloureuses. Des groupes très puissants la contôlent. Ces compagnies, motivées uniquement par le profit se soucient bien peu des ressources marines et même de la vie humaine. Les méthodes de pêche peu respestueuses de l’environnement reflètent bien la course au profit maximun de ces armateurs, de même que les injustices infligées aux travailleurs, tant Taïwanais qu’étrangers.

Profil d’un travailleur type sur un navire de haute mer taïwanais

Selon le gouvernement, la moyenne d’âge des travailleurs taïwanais sur un NHM est de 35 à 40 ans. Cette statistique semble élevée. En effet, 98% des travailleurs de la pêche en premier contrat sont des jeunes diplômés ou des démobiliés du service militaire. 65% des matelots ont travaillé moins de 5 ans sur les bateaux et la population vivant de la pêche s’élève à quelques 600.000 personnes.

J’ai constaté que la majorité des matelots sont bien plus jeunes. A part les aborigènes, beaucoup de ces jeunes participent à un ou deux voyages, découvrent des conditions dangeureuses de travail et bien d’injustices et ne naviguent plus jamais. Quant aux aborigènes, suite à la discrimination raciale, au manque d’insrtuction et d’emploi, beaucoup sont conduits à accepter les pires travaux en ville et à postuler pour le travail de peche.

Le nombre d’étrangers s’accroît. Les plus nombreux sont les Chinois du continent, les Phillipins et les Thaïs; viennent alors les Sud-Africains et les Mauritiens. Même si le gouvernement n’autorise que 30% d’étrangers, les rapports en dénombrent de 50 à 75%.

Peu instruits et prevenant des milieux agricoles, les aborigènes et les Taïwanais ne savent pas nager, connaissent à peine les procédures de secourismes et ne reçoivent aucune formation sur la manutention de l’équipement avant leur premier voyage. Or, plus de 60% des pêcheurs dépassent 12 h. de travail par jour. Les chalutiers en font de 5 à 6 h. par jour, auxquelles s’ajoutent 12 h. pour relever les filets et trier la capture. Les pêcheurs de calamars travaillent plus longtemps encore. Ils dorment 4 à 6 h. par jour et ne connaissent pas de poses.

En tenant compte du manque de sommeil et du surmenage, la pêche mécanisée engendre l’ennui qui accroît les risques d’accidents accentués par la difficulté de communication entre les pêcheurs due à la présence de travailleurs étrangers. Les navires taïwanais sont peu sûrs. L’organisation des armateurs de Kaohsiung admet que ces dix dermières années, plus de 2.000 navires ont été perdus, que plus de 3.000 hommes sont ports, ce qui fait une moyenne de 24 tués chaque mois. Les raisons: la vieillesse des bateaux, le manque d’équipement de sécurité, de radeaux et de gillets de sauvetage, l’achat de vieux bateaux japonais déclassés, la corruption des contrôleurs de sécurité, des équipages non conformes.

Bien que l’équipage n’ait rien à dire sur les décisions concernant les lieux et les techniques de pêche, ils sont arrêtés comme criminels et emprisonnés par certains pays souvent dans de piteuses conditions. Le contrat ne fait aucune mention de la détention possible et généralement, l’arrêt de travail n’est pas payé et la famille se retrouve sans ressource. Les pêcheurs rentrent au port souvent avec une dette envers la compagnie. Les documents se trouvant aux mains des employeurs, il n’y a pas d’autre moyen de rembourser que de signer un nouveau contrat pour un autre embarquement.

Lorsqu’on sait que les "marées" durent d’un à trois ans (même 5 ans), on peut imaginer les problèmes que ces longues périodes de séparation créent dans les familles et les charges que les femmes doivent assumer.

Pendant ces longues absences, les hommes souffrent de solitude et d’isolement, avec l’alcool comme dérivatif. La tension monte entre les gars surtout lorsqu’il y a surcharge de travail ou des conditions plus rigoureuses. Des cas de mutinerie, de violence et de meurtre deviennent de plus en plus fréquents.

Les facteurs économiques

Seulement 7% des matelots taïwanais sont assurés d’un salaire fixe. En fait, la majorité des travailleurs de la pêche à Taïwan ne sont pas considérés comme employés, mais comme partenaires de la compagnie.

Après que le bateau a quitté le port, les familles seront payées une fois par mois. Ces paiements devraient s’élever à un montant total de US$ 400, mais un rapport du FSC révèle que c’est rarement le cas. En fait, ces paiements ne représentent pas un salaire mais un prêt.

A la fin du voyage, toutes les dépenses - qui dépassent de 2 à 3 fois les sommes avancées aux familles - sont déduites de la vente des captures. La part de la compagnie est de 60 à 65% du montant. Le reste est partage entre les membres de l’équipage , le capitaine et l’officier recevant 2 ou 3 parts. Si la part du pêcheur est inférieure au montant alloué à sa famille, le pêcheur est endetté envers la compagnie.

Faute de main-d’oeuvre, la plupart des agents de recrutement sont des trafiquants et des criminels à la solde des armateurs. Les jeunes aborigènes sont leurs proies privilégiées, qu’ils attirent sur les bateaux avec de l’alcool, des femmes et des promesses de salaires fabuleux.

Par la confiscation de documents d’identité et ceux relatifs à la pêche, les compagnies ont le contrôle parfait sur les pêcheurs qui ne voient jamais les termes de leur contrat ou le signent sans comprendre ce à quoi ils s’engagent.

Des contacts avec les travailleurs étrangers rencontrés au port de Kaohsiung révèlent qu’ils ne gagnent pas plus de 150 US$, alors que les statistiques prétendent qu’ils reçoivent 300 US$.

Une assurance personnelle peut être souscrite mais elle n’est pas obligatoire.

En fait, l’assurance est limitée strictement aux risques en mer. Une fois le bateau rentré au port pour réparations, entretien, etc., ou avant le départ, les frais d’accidents sont à charge du travailleur lui-même. Les pêcheurs ne peuvent non plus être indemnisés par l’assurance du travail si la maladie ou la blessure n’est pas reconnue comme ayant eu lieu pendant les opérations de pêche. Quant les pêcheurs sont malades ou blessés, ils sont soignés avec les moyens de bord. Beaucoup souffrent de handicaps irréparables parce que les soins médicaux ont été donnés trop tard.

La "retraite" existe mais est rarement perçue. Un marin doit avoir travaillé au moins 15 ans pour la même compagnie avant de pouvoir toucher sa retraite à 55 ans. Si ces conditions sont réunies, ils peuvent recevoir de 14.000 à 15.000 dollars.

Conclusion

Les injustices flagrantes constatées dans l’industrie de la pêche Taïwanaise sont le résultat du capitalisme sauvage pratiqué par les armateurs. Parce qu’il vit les mêmes valeurs capitalistes, le gouvernement ferme les yeux, et les armateurs sont totalement libres de faire ce qu’ils veulent.

Mots-clés

environnement, législation, pêche, pêche industrielle, conditions de travail, ressources halieutiques


, Taiwan

Source

Document interne

MEI JUNG LIN, Yvonne

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