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On n’a qu’une mère

Elsa BLAIR

01 / 1993

Pour le jeune criminel, la figure de la mère a une connotation symbolique importante. L’affirmation "on n’a qu’une mère", émise fréquemment par les délinquants, ne laisse aucun doute sur le rôle considérable de cette relation chez les jeunes criminels. Les raisons de l’importance de la mère -d’après les chercheurs- seraient dues, d’une part, à certains traits de la culture de Antioquia où la femme a eu un rôle assez significatif (en général, c’est elle qui tient la place centrale dans les relations familiales, d’où le bien connu "matriarcat" de Antioquia)et, d’autre part, au nombre chaque fois plus important des "mères célibataires" ou "chefs de famille" ainsi qu’à la destruction de la famille traditionnelle, parfois liée aux processus de modernisation de la société. En effet, la figure paternelle est quasi inexistante (soit parce que le père effectivement "n’est pas là" ou que son rôle reste assez marginal par rapport aux enfants). "L’aide économique" à la mère ("donner la dignité à sa vie")est, dans de nombreux cas, la justification réelle ou symbolique qui incite les jeunes à entrer dans les bandes de trafic de drogue. La prépondérance de la mère chez les jeunes criminels n’est pas extensive à la femme en général. Dans ce contexte, des rapports typiquement "machistes" se reproduisent. Les femmes ne font pas partie des bandes. Leur rôle y est peu significatif. Certaines collaborent en transportant des armes ou en gardant du matériel. Les jeunes délinquants préfèrent une femme fidèle et "maitresse de maison" dans leurs rapports personnels.

Mots-clés

développement culturel

identité culturelle

délinquance


Colombie

Medellín

Commentaire

L’importance de l’analyse réside dans le recueil des facteurs qui, à mon avis, sont à souligner dans l’étude de la délinquance en tant que phénomène social: les contenus culturels du phénomène qui vont au-delà des explications économiques. Bien que l’obtention d’argent dans le contexte d’une société de consommation -mais une société qui exclut et qui marginalise d’importants secteurs de la population- fasse de cette activité "un moyen d’accéder à la consommation" elle est aussi basée, et d’une façon particulière, sur des aspects culturels de la société qui permettent sa reproduction. D’un côté, la sauvegarde de "valeurs" ancestrales du "paisa" (nom générique pour désigner les personnes nées dans le département de Antioquia)telles que la virilité ou le courage et la protection de la mère et, d’un autre côté, la construction de nouvelles "valeurs" à travers les mécanismes de socialisation des bandes ou des bravades qui sont une recherche d’identité et de référence collectives.

Notes

Le titre original du livre est:"Medellin:les sous-cultures du trafic de la drogue". Le titre de la fiche est un proverbe populaire, fréquemment utilisé par les jeunes délinquants.

Source

Livre

SALAZAR, Alonso; JARAMILLO, Ana Maria, CINEP. CORPORACION REGION, CINEP, 1992/09

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