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Une micro-radio pour promouvoir le respect des droits de l’homme

La Black Liberation Radio à Springfield, Illinois, Etats-Unis

Odile ALBERT

11 / 1994

Au milieu des années 1980, un groupe d’habitants d’un quartier défavorisé à l’est de Springfield (Etats-Unis) crée une association de défense des droits des locataires. Cette association, la TRA, veut apporter des solutions aux problèmes spécifiques du quartier : transport scolaire, sécurité des enfants, représentation du quartier au sein du gouvernement local. La TRA s’oppose également à certaines initiatives d’un conseiller du quartier. Devant la déformation des motifs de cette opposition par les médias, l’association décide de fonder sa propre station de radio pour pouvoir s’expliquer avec la population du quartier, essentiellement afro-américaine, souvent analphabète et dont la tradition est avant tout orale.

Cette radio, la WTRA, a pour seul but de diffuser dans la communauté du quartier. Elle s’équipe d’un matériel de faible puissance (portée de 2 à 4 km). N’étant pas agréée, son activité est illégale, mais elle n’est pas clandestine. Elle émet au coeur de la cité, à partir du logement de son principal animateur, M’Bamra Kantako. Cet appartement devient vite un lieu d’animation communautaire où les doléances et les aspirations des membres de la communauté sont discutées, formulées et diffusées.

Au bout de trois ans, les autorités locales, inquiètes de cette agitation politique, interdisent les activités de la station sous peine d’amende et de condamnation. La WTRA, qui ne possède toujours pas de licence, doit donc cesser de diffuser. Après une courte interruption, elle décide de passer outre l’interdiction et reprend ses émissions. Elle dénonce avec véhémence l’exclusion des ondes des citoyens à faibles revenus, particulièrement des Afro-Américains. De plus, elle témoigne et fait témoigner ses auditeurs sur la violence de la police locale (M’Bamra Kantako lui-même devient aveugle à la suite de coups assénés par la police).

Pour échapper aux poursuites de la FCC (Commission fédérale des communications), la WTRA va dorénavant émettre avec un matériel de très faible puissance (1 watt). C’est ainsi que naît le principe de la micro-radio.

Malgré de nombreuses tracasseries, la WTRA va poursuivre son activité grâce au soutien qu’elle reçoit au niveau national et international. Elle fait l’objet de nombreux articles favorables dans la presse de toute tendance et la National Lawyers Guild (Association nationale des avocats) s’empare du dossier pour étudier sa défense devant les tribunaux. Elle reçoit également une aide précieuse de la communauté dont elle est issue, ce qui lui permet de résister et d’éviter l’expulsion.

En 1991, WTRA change de nom et devient la Black Liberation Radio. Elle diffuse des informations, des commentaires sur la politique du gouvernement, de la musique (hip hop, reggae et musiques africaines), des livres parlants provenant du service audio pour les aveugles, des émissions sur l’histoire de la communauté noire, de sa culture et de ses luttes de libération.

Fort de son expérience, M’Bamra Kantako souhaite le développement des micro-radios. Dans ce but, il produit une vidéo pour expliquer le montage et le fonctionnement d’une station de micro-radio. Mais il ne souhaite pas la constitution de réseaux. Son désir est de diffuser l’information, non d’être au sommet d’une hiérachie.

Mots-clés

radio communautaire, communication, radio, Etat et société civile, pression sociale, organisation communautaire, milieu urbain, information


, Etats-Unis, Illinois

dossier

Gouverner les villes avec leurs habitants

Commentaire

Il est intéressant de souligner cette réalisation, car les radios communautaires « engagées » sont extrêmement rares aux Etats-Unis. Depuis 1980, la FCC a rendu obligatoire la radiodiffusion avec une puissance supérieure à 100 watts. Un tel matériel coûte entre 50 000 et 100 000 $ ce qui rend les ondes difficilement accessibles lorsqu’on n’a pas de moyens financiers importants. La plupart des radios communautaires ont dû alors chercher des ressources financières auprès des grandes corporations. Il en est résulté une perte de contrôle des communautés sur leurs radios. M’Bamra Kantako souligne bien la difficulté en déclarant : « Comment se fait-il qu’aux Etats-Unis on puisse acheter un fusil AK-47 entièrement assemblé plus facilement qu’un émetteur radio ? » Et il ajoute : « La liberté d’expression n’a pas à dépendre du gouvernement. Les ondes n’appartiennent à aucun gouvernement ».

Notes

Titre de l’article : « Zoom Black Magic Liberation Radio : naissance de la microradio »

Source

Livre

SAKOLSKY, Ron, La passion radio : 23 expériences de radio participative et communautaire à travers le monde, SYROS/FPH, 1993 (France)

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