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dialogues, propositions, histoires pour une citoyenneté mondiale

La vidéo participative permet de rompre la culture du silence

Des expériences en Inde

Odile ALBERT

11 / 1994

En Inde, une très importante partie de la population est encore analphabète et éloignée des réseaux d’information. Il s’agit surtout de femmes et de paysans pauvres. Une véritable "culture du silence" s’est instaurée autour d’eux entraînant un immobilisme social tout à fait contraire à tout processus de développement.

Par contre, l’invasion de la radio et de la télévision officielles atteint tout le monde, mais sans adaptation à chaque cas. Ces grands médias traitent de problèmes communs. L’information est fournie par des experts qui parlent à tous et donc à personne en particulier. Les auditeurs ne peuvent que rester passifs. Or, le développement suppose une participation active de la population. Pour cela, il faut permettre aux communautés de réfléchir sur leur cadre de vie, leur savoir-faire et leur culture. A partir de cette prise de conscience, elles pourront résoudre leurs problèmes et transformer leurs conditions de vie.

La vidéo est une technique qui se prête bien à une utilisation participative car elle rend compte aisément des préoccupations d’un petit groupe. Les deux exemples suivants témoignent de son intérêt et de son impact sur le développement local.

1. La vidéo : promotion d’une communauté.

Une organisation de recherche spatiale qui installait un réseau de télévision par satellite s’est étonnée du rôle des télévisions communautaires dans les villages où elle effectuait son installation. Cet organisme, le SAC (Space Application Centre of the Indian Space Research Organization)s’est donc mis à diffuser des émissions très ciblées sur les préoccupations des villageois. L’équipe chargée de ce projet faisait des enquêtes systématiques auprès des téléspectateurs pour identifier leurs problèmes et leurs valeurs. Les émissions étaient produites sur le terrain et traitaient le plus souvent de questions liées à l’agriculture, la santé ou l’éducation. Certaines de ces émissions, bien que très populaires, n’ont guère eu d’impact sur l’évolution des villages.

Pour améliorer la portée de ces reportages, le SAC a donc invité la population à élaborer ses propres scénarios. Devant le succès de cette formule, on a même constitué des ateliers de travail avec les écrivains des villages. C’est ainsi que ce sont révélés deux cents écrivains qui ont permis la réalisation de vidéos.

Mais il a fallu canaliser ce travail pour éviter toute confrontation avec les autorités. Une certaine stratégie s’est élaborée pour que les émissions restent dans le cadre des choses acceptables par la politique officielle du gouvernement. Si certaines situations dépassaient ce cadre, on s’efforçait de les transposer sous forme de fiction en faisant intervenir des techniques de théatre, marionnettes, etc.

Cette expérience, malgré son intérêt, n’a malheureusement pu être poursuivie.

2. La vidéo : outil de dialogue entre différentes catégories sociales.

En Inde, les catégories sociales sont très marquées et la communication entre membres de différentes catégories est quasi impossible. C’est dans le but de surmonter cette difficulté que le CENDIT a réalisé plusieurs vidéos.

Par exemple, des paysans sans terre racontent dans une vidéo leur souci de voir des terres occupées illégalement par de riches propriétaires. Cette vidéo fut visionnée par les propriétaires qui ont eu des réactions diverses mais n’ont pas cédé la terre. Les paysans se sont alors mis d’accord pour changer la composition du conseil de village.

On peut également citer une vidéo tournée avec des adolescents qui souhaitaient ouvrir une maison des jeunes mais n’osaient en parler à leurs ainés. Cette vidéo, projetée aux aînés, a permis d’obtenir leur autorisation pour réaliser le projet.

De même, l’aménagement d’un point d’eau a été sensiblement amélioré après qu’une vidéo ait été réalisée avec les femmes utilisatrices du point d’eau mais exclues des prises de décision. Cette vidéo projetée lors d’une réunion a largement influé sur les décisions finales.

Ces expériences montrent bien l’efficacité de la vidéo dans l’amélioration de la compréhension entre groupes de population. Si les vidéos ont eu de l’influence sur des points précis, elles n’ont cependant pas provoqué de changement durable.

Voulant aller plus loin, le CENDIT s’est alors orienté vers la formation aux techniques de la vidéo auprès de la population locale. Actuellement, le CENDIT organise donc plusieurs types d’ateliers de formation : ateliers de courte durée (dix à quinze jours)dans les villages, ateliers régionaux (un mois environ)destinés aux femmes militantes d’associations d’Asie du Sud, ateliers de plus longue durée pour les techniciens du développement, membres d’ONG.

Malgré certains écueils (dérive vers un cinéma professionnel), le CENDIT a bon espoir de voir naître une génération de communicateurs aux pieds nus.

Mots-clés

communication, vidéo, organisation communautaire, éducation et changement social, formation, participation populaire, milieu rural


, Inde

Notes

Article : "Communicateurs aux pieds nus", par Rajive Jain (voir sources)

Source

Livre

THEDE, Nancy; AMBROSI, Alain; JAIN, Rajive, Petits écrans et démocratie : Vidéo légère et télévision alternative au service du développement, SYROS, 1992 (France)

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