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Orphelinats, centres d’enfants non-accompagnés et familles d accueil au Rwanda

Florence DA SILVA

08 / 1995

Avant la Guerre d’Avril 1994, un enfant rwandais était placé dans un orphelinat sur instruction de l’autorité locale, administrative ou médicale. On y trouvait des enfant dont la mère était morte en couches, des enfants nés de femmes psychotiques ou de mineures non émancipées. L’orphelinat assurant la nutrition et les soins de santé, certains parents pauvres y confiaient leurs enfants jusqu’à 5 ou 6 ans, âge auquel les risques majeurs de santé sont passés. Dans ces cas, les parents contribuaient même à l’entretien de l’enfant. Ce n’était donc que très rarement des "orphelinats "définitifs". Les adoptions étaient possibles et ces institutions n’augmentaient pas beaucoup en nombre. La situation a cependant commencé à évoluer vers 1985, avec le nombre grandissant des orphelins du SIDA (en 1993, 27% des femmes en âge de procréer à Kigali)

Mais depuis la guerre, on ne parle plus d’orphelinats car bon nombre des 12 à 14 000 enfants concernés dans les 77 centres recensés en juillet 1995 sont considérés comme des mineurs non-accompagnés. Cela signifie qu’on ne sait pas encore si ces enfants ont encore de la famille quelque part à l’intérieur ou à l’extérieur du Rwanda ou s’ils sont définitivement orphelins. C’est grâce au "tracing" qu’on peut retrouver des membres de la famille et "réunifier" l’enfant. Les procédures de tracing sont variables, mais on distingue principalement 2 méthodes: la première est celle du CICR (Comité International de la Croix Rouge): le CICR photographie les enfants, recueille les messages de parents cherchant leurs enfants ou d’enfants cherchant leurs parents. Le tout représente une énorme banque de données qui concerne aussi bien les Rwandais qui sont à l’intérieur du pays que ceux qui sont réfugiés à l’extérieur. En un an le CICR a fait transiter plus d’un million de messages pour récréer des liens familiaux. D’autres organisations pratiquent le tracing actif, le plus efficace : leurs agents circulent et cherchent à recueillir des informations sur la famille de l’enfant. La réunification ne concerne pas seulement la recherche des parents (père et mère). Le plus souvent on trouve des membres plus ou moins éloignés qui acceptent de prendre en charge l’enfant. Le tracing est le plus difficile pour les tous petits, qui ne peuvent pas donner d’information sur leur famille.

Les enfants non-accompagnés ne peuvent donc pas être légalement adoptés: on ne sait jamais, peut-être qu’un jour le tracing portera ses fruits, mais ils peuvent être intégrés dans des familles d’accueil, celle-ci s’engageant à les considérer comme leurs propres enfants et à subvenir à leurs besoins. Certaines associations recherchent des familles qui ont déjà les moyens économiques d’assumer seules l’entretien de l’enfant accueilli, d’autres prometttent une aide matérielle (maison, nourriture...).

Certains enfants refusent de quitter un centre où les conditions de vie sont à bien des égards meilleures que sur les collines et où, surtout, leur scolarisation est assurée. Certains adolescents refusent même de donner des informations sur leurs parents pour contrarier la procédure de tracing. Revenir dans sa famille c’est souvent retrouver une mère veuve ayant à sa charge 7 ou 8 enfants, se débrouillant tant bien que mal à produire un maigre revenu en faisant du petit commerce ou de l’agri-élevage. Dans ce cas, les adolescents sont destinés à soutenir la mère, ce qui compromet la poursuite de l’école primaire et plus encore l’entreprise d’études secondaires. Un suivi de l’enfant et de la famille est nécessaire mais les ONG n’ont pas toujours les moyens financiers de l’assurer et la politique gouvernementale vise la réduction et la fermeture des centres d’enfants non-accompagnés. La réunification peut produire des effets pervers : on a entendu des histoires d’enfants que des gens venaient chercher pour les faire disparaître (témoins gênants pendant la guerre)ou pour les transformer en bonnes à tout faire. Notons aussi que certains centres rechignent à placer les enfants en familles de peur de fermer, ce qui signifie plus d’argent et plus d’emploi.

Les centres ne sont pas du tout homogènes dans leurs moyens financiers et humains, pas plus que dans leur organisation ou le nombre d’enfants accueillis. Le centre des Hirondelles (Kigali, Kimihurura)compte environ 120 enfants regroupés en huit "familles". Chaque famille réunit autour de deux "mamans" des enfants de tous âges, à l’image de la structure traditionnelle de la famille rwandaise. A deux les mamans doivent assumer à la fois les taches ménagères dans une ou deux pièces qu’elles occupent et le soin aux enfants. Un nom a été donné à chaque famille, un nom d’homme, pour faire plus vrai. Les enfants vont à l’école primaire, les plus âgés à l’école secondaire si on a pu leur trouver une place. Les plus petits (4 à 6 ans)assistent à l’école gardienne (maternelle)créée au sein même du centre. Deux encadreuses formées et rémunérées par Save The Children animent des causeries et des activités psychosociales avec les enfants. Elles essaient de les suivre individuellement et conseillent les mamans sur les soins et l’éducation. Ces encadreuses travaillent aussi à assurer des relations entre les enfants du centre et les enfants de la communauté pour ne pas alimenter une logique d’isolement et de ségrégation.

Mais il y a aussi des centres où les enfants ne bénéficient pas d’un encadrement si intensif. Quand les enfants sont très nombreux il est difficile de trouver le nombre d’encadreurs suffisants. Une grande partie d’entre eux étant bénévoles, l’important taux de rotation des équipes crée une instabilité affective dommageable pour les enfants. Dans certains centres, trop pauvres, les plus grands sont livrés à eux-mêmes. Il arrive aussi que les enfants soient regroupés en fonction de leur classe d âge. L’inconvénient de ce système est qu’il sépare les frères et soeurs et n’entretient pas autant la solidarité communautaire.

Les centres d’enfants non-accompagnés sont généralement soutenus par plusieurs organisations : ONG internationales dans les domaines de la santé, de la réhabilitation, de l animation; organismes internationaux pour les équipements et l’alimentation par exemple. Mais il arrive aussi qu’une seule ONG importante assume seule tous les aspects de la prise en charge des enfants, comme c’est le cas pour la Croix Rouge de Belgique.

On trouve donc des situations extrêmement diverses, allant du plus grand dénuement matériel et humain à l’exagération dans le décalage entre les conditions de vie dans le centre et à l’extérieur. Au rythme actuel d’accueil en famille et de réunification, il faudrait plusieurs années pour vider et fermer ces centres créés pendant la guerre. La "conscientisation", c’est-à-dire la sensibilisation de la population à l’accueil des enfants ne suffit pas. Le problème est aussi économique : comment éduquer et nourrir 5 à 10 enfants en vendant quelques légumes sur le marché ?

Mots-clés

conflit ethnique, ONG, enfant, victime de guerre


, Rwanda

Notes

Contact personnel Florence DA SILVA : 89-91 rue Pelleport 75020 Paris, France.

Ces lignes sont le résultat d’observations et d’entretiens dans les centres suivants :

- Ruhengeri : Benebikira

- Gisenyi : Noël

- Kigali ville : les Hirondelles, Emmaüs, Gisimba, Croix Rouge de Belgique

- Kigali rural : Ndera

Source

Entretien ; Document de travail

ERM (Enfants Réfugiés du Monde) - 34 rue Gaston Lauriau, 93512 Montreuil cedex, FRANCE - Tél. : 33 (0)1 48 59 60 29 - France - erm (@) erm.asso.fr

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