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dialogues, propositions, histoires pour une citoyenneté mondiale

Contexte historico-politique et socio-démographique du Rwanda

3 - La marche vers le génocide d’avril à juillet 1994

Florence DA SILVA

09 / 1995

Les théories raciales et de classes sociales radicalisées par les occidentaux furent reprises à leur compte par les Rwandais qui voulaient prendre le pouvoir. On trouve des extrêmistes des deux côtés.

1- "Extrémisme Tutsi". Côté Tutsi certains nient qu’il y eut jamais des rapports de fraternité entre Hutu et Tutsi, mais seulement des rapports de soumission voire d’esclavage. Ainsi en 1958 douze personnalités Tutsi publient un document visant à répondre au Manifeste des Hutu dont on parlera plus loin. On peut y lire : "l’on peut se demander comment les bahutu réclament maintenant leurs droits au partage du patrimoine commun. Ceux qui réclament le partage du patrimoine commun sont ceux qui ont entre eux des liens de parenté. Or les relations entre nous (Tutsi)et eux (Hutu)ont été de tous temps jusqu’à présent basées sur le servage. Il n’y a donc entre nous aucun fondement de fraternité...Puisque nos rois ont conquis les pays des Hutu en tuant leurs monarques et ont ainsi asservi les Hutu, comment maintenant ceux-ci prétendent être nos frères ? "(1).

2- " Extrémisme Hutu ". Côté Hutu, le Manifes te des Hutu de 1957 déplore une double colonisation du Rwanda par les Tutsi (reprise des théories des migrations)et par les Européens allemands et Belges. La "révolution" rwandaise de 1959 signe l’arrêt de mort de 10 000 Tutsi qui étaient à des postes de pouvoir et développe l’idée que les Tutsi sont des étrangers qui n’ont aucun droit à la citoyenneté rwandaise. En 1959 des milliers de Tutsi se réfugient à l’extérieur des frontières du Rwanda et toute tentative de retour légale ou pas de leur part est interprétée comme une volonté de "reconquête". En 1963 et en 1967, des Tutsi réfugiés à l’étranger tentent de rentrer par la force sans succès, ce qui provoque des massacres anti Tutsi. Le Front Patriotique Rwandais (FPR), branche armée qui regroupe des Tutsi de la diaspora et des opposants Hutu est créé en 1988 à l’extérieur des frontières et fait plusieurs offensives à partir du 1er octobre 1990.

Sur la base du principe de la "démocratie majoritaire", on assista alors à une diabolisation plus ou moins subtile des Tutsi (les "inyemi", les cafards)qui durent se plier à partir de 1973 aux quotas dans l’enseignement et les emplois salariés.

Le parti unique censé représenter tout le peuple qui travaillait au "développement paysan autocentré" s’intitula Mouvement Révolutionnaire National pour le Développement (MRND). La guerre se complique avec l’apparition d’une opposition Hutu légalisée en 1991 : "puisqu’ils cessaient de communier dans la légitimation du "pouvoir majoritaire" par l’exclusion automatique des Tutsi, ils cessaient du même coup de pouvoir se réclamer des "idéaux de la révolution populaire de 1959"; ils devenaient donc Ibyitso (complices)du FPR et donc, d’une certaine manière, ils perdaient leur hutu-ité, donc leur véritable droit au sol; en fait ils étaient des traitres, ils devenaient des Tutsi objectifs. Et comme tels, ils n’auraient bientôt plus droit eux non plus à la vie" (2). De fait, le génocide a touché les Tutsi et les Hutu dits "modérés" ou "d’opposition".

3- " Des premières offensives FPR à la prise de Kigali ". Les offensives du FPR vont provoquer la fuite d’un million de Hutu en 1993. Le FPR est accusé de commettre des exactions et l’armée rwandaise n’est pas non plus innocente de nombreux crimes. En 1993, une commission internationale d’enquête publie un rapport accablant sur les violations des droits de l’Homme au Rwanda. Malgré des accords de paix, de démilitarisation, la mise en place de la Mission des Nations Unies pour l’Assistance au Rwanda (MINUAR), ainsi qu’un protocole sur le rapatriement des réfugiés et la réinstallation des déplacés signés à Arusha pendant l’été 1993, les tueries commencent à Kigali le 6 avril 1994, date de l’attentat contre l’avion qui transportait les deux Présidents Rwandais et Burundais et leur coûta la vie.

On peut estimer aujourd’hui à un million de morts les victimes du génocide de 1994, sans compter plusieurs millions de réfugiés et de déplacés; sans compter aussi les femmes violées et " tout simplement " les séquelles physiques et les souffrances psychologiques des survivants.

Mots-clés

conflit ethnique, ethnie, génocide, culture de violence, représentation de l’ennemi


, Rwanda

Notes

Contact personnel Florence DA SILVA : 89-91 rue Pelleport 75020 Paris, France.

Source

Autre

Fiche réalisée à partir des documents suivants:; - <Au coeur de l'ethnie>, contribution de <CHRETIEN, J.P.>(notes 1, 2, 3);; - <La dimension politique du génocide au Rwanda>, <PRUNIER, G.>(note 4);; - <Rwanda 1994>, <ERNY, Pierre>; - <Rapport de présentation du Rwanda pour MSF>, <DELCROS, Laure>

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