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La logique de l’exclusion : une histoire qui se répète

Elsa BLAIR

03 / 1993

Depuis la période coloniale, l’occupation du territoire colombien a été marquée par une logique d’exclusion-inclusion qui, tandis qu’elle privilégiait certaines zones, en abandonnait d’autres en fonction des intérêts de la métropole: développement de ports qui communiquaient avec l’extérieur au détriment d’autres zones andines exclues de l’intérêt de la couronne espagnole. Cette logique d’occupation territoriale -appuyée sur la dichotomie civilisation/barbarie- ne disparaît pas avec l’avènement de la République. Au contraire, elle se reproduit. Elle est encore aujourd’hui à la base des conflits de la société colombienne et, de l’avis de l’auteur, "elle marque aussi bien le comportement politique de l’Etat que celui des forces contestataires".

Cette logique de l’exclusion s"exprime sur le terrain des acteurs et au niveau territorial. En ce qui concerne les acteurs il y a, d’une part, d’importants groupes de population qui, se trouvant hors du cadre bipartite, manquent de mécanismes d’insertion sociale et politique ("minorités politiques" exclues)et, d’autre part, des forces contestataires qui appliquent la même logique d’exclusion et d’intolérance à l’égard de l’Etat (la contrepartie de non-légitimité de l’Etat)et qui "ne partagent pas ses idées".

Au niveau territorial, elle s’exprime par l’existence de zones de faible intégration à la Nation, qu’elle soit sociale, culturelle ou politique. Ce sont les zones dites d’exclusion où la violence s’est enracinée avec une force particulière. Des zones à haut risque de conflits où la présence précaire voire inexistante de l’Etat permet l’affrontement direct entre les acteurs sans la médiation d’un espace public pour la résolution des conflits.

Malgré les transformations profondes de la société colombienne au cours de ces dernières décennies, il semblerait qu’il y ait, en ce qui concerne la violence, une ligne saillante de continuité entre les espaces, les acteurs, et les logiques d’action. Le résultat: de nouveaux fronts de conflits, de nouveaux acteurs, mais surtout les mêmes mécanismes et les même logiques d’exclusion.

Mots-clés

Etat et sociéte civile

violence


Colombie

Commentaire

Malgré les différences et les ruptures indéniables des "violences" colombiennes, l’une des grandes lignes de continuité semble être la logique permanente d’exclusion qui prédomine dans le déroulement et le traitement des différents conflits. En effet, ils ont tous été marqués par "des pratiques d’exclusion, séculairement imposées à ceux qui professent le désaccord". Cette absence de mécanismes "d’intégration consensuelle et démocratique" fait de la société colombienne une société condamnée à la répétition des conflits violents et ceci met en évidence la nécessité de nouvelles références culturelles qui rendent possible l’existence de "l’autre" et qui rompent avec la logique de l’exclusion.

Notes

Le titre original du livre est:"Espaces d’exclusion. Les stigmates des Républiques indépendantes 1955-1965".Les concepts d’"inclusion" et d’"exclusion" sont entre guillemets parce que leur signification n’est pas très claire.

Source

Livre

GONZALEZ ARIAS, Jose Jairo, CINEP, CINEP, 1992/09 (Colombie), "Société et conflit"

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